La bêta-lecture, un catalyseur

Où je vous parle de ma rencontre avec un forum, une communauté d’auteur·e·s, la bêta-lecture et leur impact sur mon écriture…

Si vous lisez ce blog régulièrement, je pense que vous avez compris que les textes que j’écris ne « sortent » pas tous beaux, tous lisibles, du premier coup. Qu’il me faut plusieurs étapes d’écriture, correction, réécriture, pour tendre vers l’idée que je me faisais de l’histoire (« tendre », parce que je n’atteins jamais la perfection).

Quand j’ai repris l’écriture en 2011, j’ai commencé par travailler dans mon coin. C’était parfois difficile, parce que je passais (comme tout·e auteur·e je crois) par des phases de découragement, qui succédaient à des phases de « je suis géniale » (sauf que non). Chaque étape d’amélioration d’un manuscrit me permettait de progresser, mais c’étaient des progrès de fourmi. De plus, je n’avais pas forcément conscience des mécanismes que je manipulais, de l’horlogerie que je réglais.

En 2013, tout a changé. J’ai découvert un forum de bêta-lecture. Moi qui ne m’étais jamais approchée de ce type de plateforme, je me suis inscrite et, en quelques mois, immergée entièrement dans une communauté. Une communauté d’auteur·e·s.

Je savais bien, avant cette inscription, que nous étions nombreux à peiner sur nos écrits, à chercher à progresser sans passer par un (très) coûteux atelier d’écriture, ou par une correction professionnelle.

Mais quelle surprise quand j’ai vu que non seulement, des personnes pouvaient se « corriger » mutuellement de manière bénévole (et efficace), mais qu’en plus, on pouvait s’encourager pendant les différentes phases de travail, partager trucs et astuces, se conseiller des livres techniques, etc.

Sans parler de nouer des amitiés avec des gens qui partagent votre délire, car après tout, qui d’autre qu’un auteur pour se poser des questions du type : « S’il y avait eu de la vie intelligente sur Mars il y a trois milliards d’années et qu’elle avait voulu émigrer sur une autre planète, est-ce qu’elle aurait préféré la Terre ou Vénus ? Quelles étaient les conditions de vie à l’époque  ? » (si si, je me pose ce genre de question en ce moment).

Ils sont nombreux, ces forums où les auteurs en devenir s’entraident. Celui où je vais régulièrement prendre ma dose de motivation s’appelle CoCyclics et est spécialisé dans les littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantastique, fantasy). La bienveillance y est de rigueur (ce qui devrait aller sans dire partout sur Internet et en dehors, mais…).

Il comporte de multiples espaces de travail pour :

  • s’entraider pendant l’écriture, en maintenant la motivation grâce à des doses élevées de chocolat virtuel :chocolat:
  • corriger son texte grâce à des bêta-lectures, avec des sous-forums spécifiques : nouvelles, extraits de romans, synopsis, romans entiers
  • échanger sur nos aventures dans l’océan des envois éditoriaux

Les sections sont d’un accès plus ou moins restreint, en fonction de la sensibilité du sujet (n’importe qui ne peut pas par exemple accéder aux romans complets), mais aussi de l’intégration du membre dans la communauté. Car une relation de confiance est nécessaire, que dis-je, indispensable pour échanger sur son texte, objet intime et pourtant voué à être partagé, lu par d’autres (en tout cas, si on recherche la publication).

Two people in elegant shirts brainstorming over a sheet of paper near two laptops

D’accord, mais c’est quoi la bêta-lecture ? Simplement, une lecture critique et argumentée d’un texte. Il ne s’agit pas de corriger les fautes d’orthographe : on peut signaler les coquilles au passage, mais ce type de correction reste le boulot de l’auteur·e. À elle·lui de faire en sorte que son roman ou sa nouvelle soit propre. La bêta-lecture (BL pour les intimes) n’est pas non plus un simple relevé de « j’aime/j’aime pas ». C’est déjà un pas de plus dans la méthode, mais il ne sera guère utile à l’auteur·e s’il n’est pas complété par un décortiquage des sensations de lecture.

En d’autres termes, un bon bêta-lecteur saura signaler que tel passage l’a ennuyé et pourquoi. Ou qu’il a été complètement emporté par tel chapitre, parce que le rythme est intense, soutenu, les personnages émouvants (quand on a ce genre de retour, on sent qu’on touche au but 🙂 ).

Il ne s’agit pas de dire à un·e auteur·e, de manière objective et impartiale, ce que « vaut » son texte (c’est impossible), mais simplement de lui livrer son ressenti. Ce qui est super avec cette méthode, c’est que plus on bêta-lit les autres ou se fait bêta-lire, plus on prend conscience de la mécanique des textes. De ce qui fonctionne ou pas. Des raisons qui se cachent derrière certains choix d’écriture, comme quand on fait souffrir un personnage pour amener de la tension narrative et le pousser à se dépasser.

Et c’est un formidable catalyseur de progrès. Peut-être aurais-je réussi, à force de travail, à hisser mes textes à leur niveau actuel sans CoCy, mais je pense que ça m’aurait pris un temps… infini. Attention, je ne me prends pas pour une grande auteure, mais force m’est de constater que quelques années-lumières séparent mes écrits (nouvelles comme romans) d’avant 2013 et d’après.

A large number of books covering the walls of a room with an old double door

Actuellement, je travaille sur un roman qui a subi une bêta-lecture complète. Ou plutôt, qui est passé par une première phase (appelée « alpha-lecture »). Celle-ci a permis de déceler les problèmes structurels et les principaux défauts de forme de ce roman. Grâce à cette « alpha » (et merci au passage à mes « alphettes » pour leur travail de titan <3), j’ai pu identifier des problèmes récurrents dans mes écrits (le manque de tension, mais aussi quelques autres) et surtout la façon dont se matérialisaient ces problèmes. Après une longue phase de digestion de cette information, j’ai repris l’écriture en m’efforçant de corriger les principaux défauts de ce roman.

La réécriture est presque terminée et il sera bientôt temps pour le bestiau de repasser par les mains de bêta-lectrices·teurs pour une nouvelle lecture critique, qui doit cette fois s’attacher à des problèmes plus locaux (si les nouvelles fondations de l’histoire sont assez solides). Je reprendrais ensuite le roman pour une ultime correction, avec plus de recul puisque plusieurs mois se seront écoulés, mais surtout avec l’accélérateur qu’est la bêta-lecture pour m’accompagner dans l’amélioration, le polissage de mon histoire.

À bientôt pour un nouvel article…

 

Crédits photos : Patrick TomassoHelloquence et Eugenio Mazzone sur Unsplash

6 réflexions sur “La bêta-lecture, un catalyseur

  1. C’est clair que la bêta-lecture fait gagner des années d’expérience en écriture – surtout le cycle sur un roman complet. Pour moi aussi, Cocy a été un tournant 🙂
    Du coup, tu te lances bientôt dans la P3 ?

    J'aime

  2. Effectivement un oeil extérieur à l’histoire que l’on écrit est toujours précieux. Une aide à chouchouter pour avancer sur le dur sentier de conteur. 😛
    Bel article en tout cas. En te souhaitant courage pour la fin de réécriture et les corrections o/

    Aimé par 1 personne

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