Empathie, identification, les ingrédients de la relation personnage-lecteur·trice

Homme, femme. Jeune, vieux. Combatif, terrifié. Amoureux, plein de rancœur. Dans un roman (ou une nouvelle), les personnages font vivre l’histoire. Si l’alchimie entre eux et la lectrice prend, elle vit au rythme des aventures de ces protagonistes.

 

Mais comment naît cette alchimie ? Qu’est-ce qui fait qu’on va s’attacher aux pas de l’héroïne ? Compatir de ses misères ? S’enthousiasmer de ses victoires ?

CE PERSONNAGE, C’EST MOI TOUT CRACHÉ !

L’identification est le mécanisme le plus évident. On s’intéresse à ceux qui nous ressemblent.

Qui nous ressemblent… physiquement ? Dans ce cas, les aventures d’un garçon à lunettes, cicatrice et cheveux en bataille (au hasard) ne m’intéresseront guère. Viser l’identification du personnage au lecteur, c’est prendre un risque pour l’auteur. Tous ceux qui auront le livre entre les mains ne peuvent pas partager forcément les caractéristiques du héros. Ne serait-ce que par la grande diversité de notre société. Garçon, fille, ou autre. Blond, brune, bleu. Vieux, jeune (et encore, là, c’est dans la tête). Grand ou petit, gros ou mince. Nous sommes tous différents et souvent, ce n’est pas notre physique qui nous rapproche les uns des autres.

Quand je lis, comme ça m’arrive en ce moment, l’histoire d’une jeune mère, je suis forcément touchée (surtout qu’on lui enlève le bébé à la naissance, dans une scène quasiment insoutenable… merci Sophie Moulay de m’arracher le cœur au passage). Ce personnage est une jeune fille de la noblesse médiévale, blonde aux yeux bleus, la tête farcie d’histoires sur l’amour courtois, avec néanmoins un intérêt naissant pour les intrigues de cour et la politique. Je ne suis pas (du tout) dans cette situation, j’ai un physique opposé. Mais la naissance de mon Petit Chat est encore fraîche dans ma mémoire, et je me révulse intérieurement à l’idée qu’on aurait pu me l’enlever à ce moment-là.

Plus qu’à leur physique, à leur situation dans la vie, on s’identifie aux personnages par les situations qu’ils vivent, leur quotidien. Pas forcément la grande quête qui va les mener d’embûche en embuscade, mais plutôt par les pique-niques partagés avec leurs compagnons de route, les cauchemars et les coups de soleil sur la nuque (ça se voit que je fais référence au Seigneur des anneaux ?).

L’identification est donc un des moyens d’attacher la lectrice au personnage. Mais ce moyen présente des limites. Il faut lui parler de ce qu’elle connaît, de situations qu’elle peut avoir vécu, ce qui pose deux problèmes :

  • nous n’expérimentons pas tous les mêmes choses (l’exemple de la maternité marchera sur une femme qui est mère, ce qui est loin d’être le cas de tous les lecteurs potentiels d’un livre)
  • on se cantonne forcément à des scènes du quotidien, parce qu’il y a peu de chances que les lecteurs soient des chevaliers chevronnés ou des astronautes en partance pour Mars

Heureusement, il existe un autre mécanisme, bien plus puissant que l’identification, pour attacher un lecteur à une héroïne.

TU GALÈRES, DONC JE TE SUIS

L’empathie. C’est la clé pour attacher la lectrice à ce héros qui ne lui ressemble aucunement. Et comment on la déclenche ? En mettant le héros en difficulté, bien sûr ! Pas forcément en le faisant souffrir, attention.

Pour reprendre un exemple tout à fait au hasard, de garçon brun à lunettes, cicatrice et cheveux en bataille, il peut lui arriver au cours de ses aventures de souffrir. Beaucoup. Des bobos au corps, des bobos à l’âme. Bras cassé, cœur brisé, décès d’un proche. Tout ça nous le rend attendrissant, bien entendu. Mais ce qui nous accrochera pour de bon à ses aventures, c’est de le voir lutter… contre ce destin qui s’obstine à lui envoyer des marrons à la figure, contre cet ennemi. Et encore mieux, contre lui-même.

La notion du conflit est à mon avis cruciale pour générer l’empathie. Si le héros ne rencontre pas de difficultés, s’il est toujours en accord avec les autres ou avec ses propres valeurs, c’est un peu facile, non ? On le regardera triompher des difficultés avec un rien d’ennui. On ne s’attachera pas. On ne voudra pas vraiment qu’il gagne à la fin.

Et c’est comme ça qu’on – lectrice, lecteur – parvient à la fin du roman sans même s’en être rendu compte. Parce qu’on veut savoir s’il s’en sort, ce brun à lunette. On veut savoir si cette mère déchirée retrouvera son enfant. Au fond, c’est une envie bien humaine. Vérifier qu’à la fin de l’histoire, tout s’arrange (ou pas).

 

Crédit photo : Annie Spratt sur Unsplash

 

La date limite

Écrire sans date limite peut conduire à la procrastination… Tant qu’on n’a pas un éditeur qui attend de pied ferme le manuscrit, ou qu’on ne s’est pas engagé d’une manière ou d’une autre, on peut repousser le mot « fin » indéfiniment. Heureusement, des solutions existent pour se motiver. Par exemple, le NaNoWriMo et les 24 heures de la nouvelle.

NANOWRIMO, QUOI QU’EST-CE ?

Cet événement à l’origine créé aux États-Unis, se passe au mois de novembre, son nom complet est : National Novel Writing Month (qu’on peut traduire par « mois national de l’écriture de roman »). Toute personne souhaitant écrire peut se lancer dans ce défi qui, à la base, consiste à écrire 50 000 mots pendant les trente jours de novembre.

Ce rassemblement a pris de l’ampleur, s’exportant un peu partout dans le monde. Désormais, chaque mois de novembre est l’occasion pour ceux qui écrivent de travailler de concert, d’échanger sur des forums autour de leurs avancées, de s’encourager mutuellement à coups de word wars (en gros, une course au nombre de mots écrits en un temps réduit).

Bien sûr, ça ne dispense pas ces auteurs d’écrire le reste de l’année. Disons qu’ils aiment ce mois de novembre à cause de l’atmosphère, du défi, de l’envie d’écrire vite. Tout en admettant que le roman ainsi terminé ne sera pas forcément « bien » écrit, car rédigé dans l’urgence. D’un autre côté, le premier jet aura au moins été terminé, ce qui représente déjà une grande avancée.

Bon ok, mais tout ça, c’est en novembre, pourquoi j’en parle maintenant ? Parce que le mois de novembre ne suffisait pas aux scribouillards ! Le concept s’est étendu et on parle désormais de « Camp NaNo » pour les mois d’avril et de juillet. Oui, oui, avril comme maintenant. Actuellement, de par le monde, des gens s’escriment à pondre leurs 1 667 mots par jour, vérifient leur compteur de mots à chaque séance, se lancent à cœur perdu dans l’écriture.

Certains sont des « NaNo-rebelles », ils écrivent mais pas un premier jet, ou pas un roman, ou plusieurs, ou la moitié. L’important, comme dit la sagesse populaire, c’est de participer.

Ou pas ! J’ai tenté l’expérience deux fois, mais je n’ai jamais réussi à tenir. Tout simplement parce que mon énergie d’écriture n’est pas très flexible, elle s’installe quand elle en a envie et a horreur des périodes imposées. Le bon moment d’écrire est plus important pour moi que le challenge du « un roman en un mois ». Mais pour savoir si le NaNo peut vous convenir, il faut tester, et voir ce que ça donne.

 

24 HEURES, UNE NOUVELLE

Et pour ceux qui n’ont pas un mois pour écrire ? Et pour ceux qui écrivent des nouvelles, pas des romans ?

Justement !

Ce week-end, pour la sixième année consécutive, le défi des 24 heures de la nouvelle revient. Qu’est-ce que c’est que cette autre trouvaille ?

Là encore, des auteurs se lancent un défi : écrire, suivant une contrainte tirée au sort, une nouvelle en 24 heures. Cette année, les 24 heures courent de samedi 7 avril 14 heures à dimanche 8 13h59. Il est encore temps de s’inscrire !

C’est, comme pour le NaNo, l’occasion de se lancer un défi, un peu plus simple, et tout aussi productif. J’ai participé avec grand plaisir à plusieurs éditions, mais depuis l’année dernière, je n’ai pas pu retenter. Cette année, les 24 heures tombent pour moi en plein milieu d’un marathon « salons-famille », donc je n’imagine même pas le tenter… Mais si le concept vous intéresse, pourquoi ne pas vous lancer ?

Bien sûr, on n’est pas obligé de s’inscrire à un NaNo ou aux 24 heures pour terminer un texte, mais je crois que l’aventure mérite de se tenter au moins une fois, ne serait-ce que pour voir si le fonctionnement de ces défis nous parle.

 

Il me semble que la meilleure façon de progresser en écriture, c’est de tester, ne jamais s’enfermer dans une méthode de travail unique. Se lancer dans le NaNo ou les 24 heures, c’est avant tout apprendre à mieux connaître sa propre façon d’écrire. Et qui sait, le texte qui en sortira pourrait bien vous surprendre !

 

Crédit photo : Eduardo Olszewski sur Unsplash

 

Clavier ou stylo ?

L’outil de base de tout·e auteur·e : l’objet qui lui permet d’écrire. Clavier ou stylo ? Écran ou cahier ? Tout, vous saurez tout sur… mes manies d’écriture !

A person typing on a MacBook keyboard with a book and a smartphone next to it

J’ai commencé à écrire « à l’ancienne », avec un stylo et un cahier. Normal, j’avais huit ans! À l’époque, je démarrais des tas d’histoires qui s’arrêtaient au bout de quelques pages, faute d’idées pour continuer. Mon grand-père m’a refilé une machine à écrire. J’adorais tapoter pour le vacarme qu’elle produisait, sans pour autant l’utiliser pour mes histoires.

Puis j’ai terminé un roman (bien plus tard). Je l’ai transcrit sur ordinateur. Avec ma frappe de l’époque, je vous laisse imaginer le temps que ça m’a pris (seuls deux doigts sur les dix servaient vraiment alors ^^ ).

Ensuite, le stylo et le clavier se sont souvent partagé le terrain : j’initiais l’histoire sur le papier, la terminais sur l’écran. Il ne s’agissait à chaque fois que de contes ou de nouvelles, des textes courts. Toujours, les romans m’échappaient, leur intrigue trop insaisissable pour être déposée sur un support ou un autre.

Puis j’ai décidé d’écrire « pour de vrai ». M’y mettre sérieusement, pour la première fois de ma vie (27 ans, il n’est jamais trop tard pour bien faire). Je savais que j’avais du mal à tenir sur la durée. Je voulais que mon histoire s’écoule de manière disciplinée. J’ai pris un de ces jolis carnets à spirales qu’on achète parfois à la sortie d’un musée, sans trop savoir pourquoi. Un carnet qui me suivait depuis des lustres, toujours inutilisé. Armée d’un stylo, j’ai écrit. Me suis un peu forcée. Le roman a coulé avec l’encre, jusqu’au mot « fin ».

Grâce à un stylo et un carnet, j’avais enfin surmonté mon bloquage du second acte, dépassé la peur du « et il se passe quoi après ? ». Bien sûr, j’ai ensuite retapé tout ça, opérant au passage une première phase de corrections.

Enhardie par ce succès, j’ai appliqué la même méthode au roman suivant. Mais pas à celui d’après! Le clavier, avec ses facilités, prenait la place du stylo, petit à petit. Ma pensée allait trop vite, il me fallait deux mains plutôt qu’une pour noter tous ces mots qui s’en échappaient à la volée.

Trois romans et demi plus tard…

À force de progresser, de me documenter, l’écriture est devenu une méthode, une procédure. J’ai des logiciels dans tous les sens, l’impression que ma route d’auteure est complètement balisée.

Le dernier roman de ma saga patine, pour mille et une raisons. Je regarde avec envie mon stylo et ma réserve de cahier…

Dans un tout autre pan de ma vie, je suis inscrite à un concours et dois passer un écrit en juin. Quatre heures à travailler à l’ancienne, papier et stylo pour seuls outils. Je dois remuscler ma main, réhabituer mon cerveau à travailler de cette manière : le papier n’offre pas de seconde chance, d’espace de correction, il faut ordonner son propos avant de le laisser sortir de ses mains.

Et si je m’entraînais avec ce roman noyé dans la semoule? Ni une ni deux. Je m’achète un grand cahier (oui, parce que vous comprenez, les pages A5 c’est pas pratique, et puis là j’ai de la place pour écrire, c’est plus confortable pour le poignet… ok, j’avais juste le nez accroché au rayon papeterie, même pas honte).

Le roman balisé, à l’avenir tout tracé, ennuyeux quoi, s’envole dans une grande bouffée d’air frais tout droit venue du large. Line, Léonie, Maël et Owen me regardent d’un air satisfait :

— Ben tu vois, c’était pas si compliqué !

Mon poignet s’aguerrit, ma bosse de l’écrivain, celle qui avait disparu après la fin de mes études (vous savez, ce cal qu’on attrape au majeur à force d’y poser le stylo), ma bosse de l’écrivain renaît.

Je vous laisse, mon cahier adoré m’attend…

 

Crédit photo : Juliette Leufke sur Unsplash

 

Un roman chasse l’autre

Avec beaucoup de retard, j’ai enfin terminé la réécriture du Prospecteur. J’embraye quasiment dans la foulée avec le dernier tome des Puissances de Nilgir !

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Le Prospecteur* est terminé… pour cette fois ! Ce roman de SF adulte est actuellement en cycle de bêta-lecture de CoCyclics. Il a passé la première phase (lecture et synthèse globale conjointe par deux personnes) et je termine tout juste la seconde (corrections sur la base de cette synthèse, en ce qui me concerne une réécriture totale du roman).

J’ai ouvert ma « phase 2 » comme on dit sur le forum en décembre 2016. Le travail de correction a donc duré plus d’un an, mais dans les faits, j’ai vraiment réécrit à partir d’août 2017 (oui, avant ça j’ai travaillé sur un plan de corrections et corrigé deux autres romans, dont La Cité d’argent). Ce qui donne donc une réécriture s’étalant sur six mois. Pour un roman qui « pèse » 340 ksec (le sec ou signe espaces comprises est l’équivalent du gramme pour mesurer la taille d’un écrit de fiction, roman ou nouvelle).

Habituellement, je compte plutôt trois mois pour écrire un roman ou le corriger ! Deux fois plus de temps pour arriver à la même taille de roman, pas vraiment un bon score ? Disons qu’il m’a fallu plusieurs semaines pour retrouver un rythme d’écriture (y a pas à dire, l’arrivée d’un enfant ça vous change une organisation). De plus, cette période m’a été nécessaire pour revoir ma façon de faire progresser une histoire, ce qui avait été le principal problème remonté lors de la première phase de bêta-lecture.

Enfin, j’ai dû faire face à un long blocage, en raison du syndrome de la page noire. Ce n’était pas que je n’avais plus d’idées, mais plutôt que j’en avais trop. Trop de directions possibles s’offraient à moi. Laquelle choisir ? Laquelle éviter ? Celle-ci n’était-elle pas trop « facile » ? Et celle-là me permettrait-elle de mener l’histoire à son terme ?

Mais ça y est, j’en ai terminé, pour cette phase de réécriture. Dans les prochains jours, je vais envoyer le roman à deux autres personnes, et la troisième phase du cycle de bêta-lecture s’enclenchera. Mes bêta-lectrices/lecteurs me feront une synthèse par chapitre, détricoteront l’histoire pour vérifier si les nouvelles fondations sont solides. Je pense déjà que certains aspects devront être renforcés.  Mais j’ai besoin de prendre du recul pour pouvoir m’y attaquer.

Et comment on prend du recul avec un roman ? En travaillant sur autre chose, bien sûr ! En effet, je vais m’atteller à la rédaction de la Forteresse de Gemme, le dernier tome des Puissances de Nilgir. C’est avec grand plaisir que je vais retrouver Line, Léonie, Maël et Owen pour narrer la fin de leurs aventures. Du plaisir et un petit pincement au coeur.

Car ce n’est pas anodin de commencer le roman qui clôture une saga. De mettre un point final à une histoire qui vit dans ma tête depuis des décennies. J’angoisse un peu, je l’avoue : vais-je être à la hauteur ? Je dois progresser avec précaution, trouver le juste équilibre entre l’histoire déjà parue (ne pas oublier de porte ouverte dans l’intrigue), la conclusion que je veux donner à cette aventure (des éléments sont en place et n’attendent plus que de prendre vie) et ma façon d’écrire qui a forcément évolué depuis que L’oeil de Tolmuk est sorti.

Rien que d’en parler, je salive d’avance… Allez, je vous laisse, il faut que j’aille écrire !

 

Crédit photo : HiRISE, MRO, LPL (U. Arizona), NASA

*Pour ceux qui se le demanderaient, la photo illustrant cet article m’a inspiré l’un des moments clés du Prospecteur. Elle est restée en fond d’écran de mon ordinateur pendant très longtemps, elle me permettait de me mettre dans le bain dès que je l’allumais.

 

Pourquoi j’écris de la SFF ?

Non, il n’y a pas de F en trop : on désigne habituellement par l’acronyme « SFFF » les littératures dites de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, fantastique), mais comme je n’écris pas de fantastique, je l’ai un peu adapté.

Pour commencer, je voudrais vous souhaiter une très bonne année 2018, avec la santé pour vous et vos proches, plein de projets, et bien sûr, des livres, des livres !

Le week-end dernier, j’ai participé à un atelier d’écriture très intéressant, animé par l’auteur Lionel Davoust (son site), au sein de l’école d’écriture Les Mots, située à côté du quartier latin à Paris.

Au cours de cet atelier, quelqu’un a demandé à Lionel pourquoi il écrivait de la SFFF. Sa réponse faisait écho à celle que j’aurais donnée si on me l’avait posée à cet instant. En résumé, il apprécie les possibilités qu’offre ce changement de cadre, pour au final dépeindre notre société sous un autre angle.

Voilà pourquoi j’écris de la SF, de la fantasy. Enfin, c’est ce que je croyais.

Au cours de l’atelier, nous avions plusieurs exercices d’écriture, autour de contraintes tirées au sort. Compte tenu du temps réduit à ma disposition, j’ai décidé au départ de me concentrer sur le côté technique (dans le cas présent, réfléchir au conflit), sans me soucier du décor. Les personnages, comme initiateurs et/ou moteurs du conflit, devaient forcément être travaillés un minimum, mais je n’avais pas le temps d’aller leur inventer des pouvoirs psychiques improbables ou des planètes exotiques comme arène de leur combat (au sens propre pour le premier exercice).

Au bout du troisième exercice, j’avais le moral dans les chaussettes. Je m’ennuyais en écrivant. Je sortais de chaque séance d’écriture un peu plus morose, parce que les scènes que je pondais étaient un concentré de ce que je vis au quotidien de plus… conflictuel, ha ha, forcément !

J’avais aussi l’impression d’être une espèce de photocopieuse de réalité. Peut-être tout ça n’est-il dû qu’à la première contrainte que j’ai tirée au sort : une piscine… la natation est le seul sport que je pratique, mais j’y suis accro. Donc forcément, ce déclencheur m’a gardée dans le monde réel au lieu de me permettre de m’évader.

Ah, l’évasion, fort beau concept, vous ne trouvez pas ? Eh bien voilà pourquoi j’écris de la SFF : quand j’écris, plus je m’éloigne de mon quotidien, plus je m’éclate. Et plus je m’éclate, plus j’ai envie d’écrire.

La preuve : à la fin de la première journée de cet atelier, j’ai jeté à la poubelle ce que j’avais péniblement écrit et j’ai sorti des cartons un petit projet qui me trotte dans la tête depuis deux ans. Que je ne pourrai écrire que l’année prochaine si tout se passe bien. Ça parle d’un dieu hindou à la retraite. Il a eu son début d’histoire, et je me suis régalée à l’écrire !

 

Crédit photo : David Hieb sur Unsplash

 

Bilan 2017 et objectifs 2018

2017 touche à sa fin, déjà… Le blog n’a que quatre mois, mais je voudrais quand même faire un petit bilan de 2017 et esquisser ce qui se produira en 2018… Ou en tout cas, je l’espère !

Je sais, je suis en avance : le 20 décembre, c’est encore un peu tôt pour faire le bilan de fin d’année, mais j’ai prévu de passer les dix prochains jours loin du Net et même de l’écriture… dans une certaine mesure : je vais relire les trois tomes de Nilgir, ça compte ?

Alors, il s’est passé quoi en 2017 ?

Déjà, je suis devenue maman. Si si, ça a un lien avec l’écriture : le temps que je peux y consacrer est forcément diminué (à écrire mais aussi à promouvoir en participant à des salons ou des dédicaces) ; mais aussi ma manière d’envisager mes histoires. Petit exemple : j’ai longtemps ramé sur un roman cette année, et l’une des révélations qui m’ont enfin débloquée et permis de terminer, c’est que deux de mes personnages ne formaient pas seulement un couple… ils avaient aussi une petite fille. C’est quand j’ai compris ça qu’ils ont pu prendre toute leur profondeur, toute leur complexité. Comme quoi, notre vie personnelle impacte forcément notre sensibilité d’écrivain. Ce qui est une bonne chose, pas vrai ?

Par ailleurs, le troisième tome de Nilgir est paru. Entre l’accouchement (jour où les corrections éditoriales sont tombées ^^ ) et les changements de couches, on a réussi avec Yucca Éditions et Ophélie à sortir un beau roman, je trouve (mais je ne suis peut-être pas la plus objective sur ce sujet…)

Et surtout, j’ai réécrit entièrement le Prospecteur. De la SF pour adultes, qui chemine à travers le cycle de bêta-lecture de CoCyclics. Cette réécriture a eu lieu grâce à la synthèse détaillée qui m’avait été faite en 2016, qui consistait en un commentaire des fondations du roman. Comme j’ai choisi de le réécrire, vous vous doutez du niveau de stabilité de la chose à l’époque.

Pour finir, je ne peux pas faire de bilan sans mentionner le blog (et le site). Tout cela prend du temps, mais j’aime beaucoup l’exercice. Il me permet aussi de garder un rythme d’écriture, puisqu’il s’agit là aussi d’aligner des mots.

Tout ça, c’est ce qui s’est passé niveau écriture, « dans les coulisses », en 2017. Côté public, il y a eu aussi de chouettes moments. Par exemple, cette petite fille qui a voulu commencer à lire la saga par son deuxième tome (pour ensuite acheter le premier). Ou cette prof qui a voulu offrir L’Oeil de Tolmuk à un de ses élèves pour l’encourager dans son goût de la lecture. Je suis heureuse d’avoir ce blog et surtout ces brèves de salons, qui me permettent de conserver un souvenir plus durable de ces rencontres, de ces instants de lecture, en même temps que les noms de ceux pour qui je dédicace mes livres (j’en garde une trace dans un carnet spécial).

Donc, 2017 a été un bon cru. Et 2018 ?

En 2018, il y a un moment très important pour moi : celui où je vais apposer le mot « fin » à ma saga. Les Puissances de Nilgir m’accompagnent depuis plusieurs années (2011 dans la version actuelle), j’ai hâte de raconter la fin de l’histoire, tout en redoutant l’adieu à des personnages et des lieux que je connais si bien. Mais il faut bien s’arrêter un jour, pas vrai ? Quoi qu’il en soit, le premier jet de ce tome 4 va occuper le premier trimestre (et sans doute déborder un peu sur le second).

En parallèle, mon Prospecteur passera en troisième phase de bêta-lecture sur CoCyclics : deux personnes vont se pencher dessus et le décortiquer, pour me dire si cette réécriture fonctionne bien. Je suivrai leur progression avec curiosité (et un peu d’angoisse, je l’avoue), et m’efforcerai d’attendre un peu avant de recommencer à travailler dessus (c’est-à-dire entamer la quatrième phase).

Et pendant les « temps morts », entre deux phases de travail sur l’un ou l’autre, je trouverai bien de quoi m’occuper… J’ai plein d’histoires dans les cartons. Ces temps-ci, deux d’entre elles me démangent particulièrement : un roman jeunesse sur un éléphant mythologique ; et un petit space-opera sur un vaisseau qui a quitté la Terre avec à son bord des colons très très organisés, probablement plus tourné vers les ados/jeunes adultes. Et qui sait, peut-être qu’une nouvelle ou deux arriveront à boucher les trous. On verra bien ce qui arrive, sachant que ma priorité est de terminer Nilgir.

Niveau blog, je compte bien continuer sur ma lancée, partager mon quotidien, mais aussi vous offrir une fenêtre, à vous lecteurs, pour qu’on vous voie un peu, à votre tour 😉

Quoi qu’il arrive, je vous souhaite à tous de très belles fêtes de fin d’année et une année 2018 pleine de découvertes, de lectures et peut-être, d’écriture.

 

Crédit photo : Ian Schneider et Joanna Kosinska sur Unsplash

Six choses que l’écriture a changé dans mon quotidien

L’écriture, ça vous change la vie… et pas que par la place qu’elle occupe dans un emploi du temps ! Florilège de choses que je ne faisais pas avant d’écrire, mais qui sont devenues mon quotidien…

1) Je me lève plus tôt

C’est la seule méthode qui marche pour moi, pour écrire dans la durée. Attendre la fin de la soirée, quand les tâches ménagères sont terminées, que le travail de la journée est loin derrière moi… Non, désolée, je n’ai plus de temps de cerveau disponible, je veux me prélasser dans mon canapé, regarder une série ou un film, me plonger dans un bouquin ou faire des chatouilles à Petitchat ou Grandchat, s’il y en a encore un réveillé.

2) Je regarde le nom des maisons d’édition sur les livres

Ça ne m’arrivait jamais, avant. Et même, je ne connaissais pas toujours le nom de l’auteur, quand je cherchais un livre pour une raison ou pour une autre. Alors que maintenant, TOUJOURS. Je crois qu’on appelle ça de la déformation professionnelle 😉

3) J’ai enfin un prétexte pour accumuler la papeterie

Ceci n’est PAS un message subliminal en rapport avec cette période de l’année. Je ne suis PAS DU TOUT friande de carnets, de toutes les tailles, de toutes les formes, de stylos de couleurs improbables, de crayons à la mine toute soyeuse. D’ailleurs, je n’ai rien de tout ça à la maison. Et JAMAIS ça ne m’arrive de scruter le rayon des cahiers pendant mes courses, en pensant à mon nouveau projet sur le point d’éclore.

4) On me prend pour La référence en langue française

« Dis, c’est quoi la définition d’une prétérition ? »

« Compte-rendu au pluriel, tu l’écris comment ? »

5) J’ai une pile à lire toujours plus monumentale

La pile à lire ou PAL, ça dit bien ce que ça veut dire, je crois. C’est un terme de plus en plus en vogue chez les rats de bibliothèque.

Depuis que j’écris, je me documente. Donc je lis beaucoup plus de « non-fiction ». Et je connais de plus en plus d’auteurs, certains sont des amis. Et en plus, je cherche à mieux connaître les différents éditeurs des genres dans lesquels j’écris. Ce qui fait que j’ai actuellement dans ma PAL vingt-et-uns livres, sans compter la liste de ce que j’aimerais emprunter à la bibliothèque ou m’acheter quand ce n’y est pas.

De temps en temps, j’ai l’occasion de faire baisser le niveau, les vacances qui approchent vont m’aider (youpiiiii).

6) Je choisirai bien plus de prénoms que vous (sauf si vous êtes auteur aussi)

À la louche, je dirais que j’ai dû nommer plus d’une vingtaine de personnages dans L’oeil de Tolmuk. Chaque nouveau texte, roman ou nouvelle, est l’occasion d’en rajouter, je ne dois pas être loin de la centaine au total (en comptant les écrits non publiés à ce jour).

À la semaine prochaine pour le dernier article de l’année.

 

Crédit photo : Brandi Redd sur Unsplash

La bêta-lecture, un catalyseur

Où je vous parle de ma rencontre avec un forum, une communauté d’auteur·e·s, la bêta-lecture et leur impact sur mon écriture…

Si vous lisez ce blog régulièrement, je pense que vous avez compris que les textes que j’écris ne « sortent » pas tous beaux, tous lisibles, du premier coup. Qu’il me faut plusieurs étapes d’écriture, correction, réécriture, pour tendre vers l’idée que je me faisais de l’histoire (« tendre », parce que je n’atteins jamais la perfection).

Quand j’ai repris l’écriture en 2011, j’ai commencé par travailler dans mon coin. C’était parfois difficile, parce que je passais (comme tout·e auteur·e je crois) par des phases de découragement, qui succédaient à des phases de « je suis géniale » (sauf que non). Chaque étape d’amélioration d’un manuscrit me permettait de progresser, mais c’étaient des progrès de fourmi. De plus, je n’avais pas forcément conscience des mécanismes que je manipulais, de l’horlogerie que je réglais.

En 2013, tout a changé. J’ai découvert un forum de bêta-lecture. Moi qui ne m’étais jamais approchée de ce type de plateforme, je me suis inscrite et, en quelques mois, immergée entièrement dans une communauté. Une communauté d’auteur·e·s.

Je savais bien, avant cette inscription, que nous étions nombreux à peiner sur nos écrits, à chercher à progresser sans passer par un (très) coûteux atelier d’écriture, ou par une correction professionnelle.

Mais quelle surprise quand j’ai vu que non seulement, des personnes pouvaient se « corriger » mutuellement de manière bénévole (et efficace), mais qu’en plus, on pouvait s’encourager pendant les différentes phases de travail, partager trucs et astuces, se conseiller des livres techniques, etc.

Sans parler de nouer des amitiés avec des gens qui partagent votre délire, car après tout, qui d’autre qu’un auteur pour se poser des questions du type : « S’il y avait eu de la vie intelligente sur Mars il y a trois milliards d’années et qu’elle avait voulu émigrer sur une autre planète, est-ce qu’elle aurait préféré la Terre ou Vénus ? Quelles étaient les conditions de vie à l’époque  ? » (si si, je me pose ce genre de question en ce moment).

Ils sont nombreux, ces forums où les auteurs en devenir s’entraident. Celui où je vais régulièrement prendre ma dose de motivation s’appelle CoCyclics et est spécialisé dans les littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantastique, fantasy). La bienveillance y est de rigueur (ce qui devrait aller sans dire partout sur Internet et en dehors, mais…).

Il comporte de multiples espaces de travail pour :

  • s’entraider pendant l’écriture, en maintenant la motivation grâce à des doses élevées de chocolat virtuel :chocolat:
  • corriger son texte grâce à des bêta-lectures, avec des sous-forums spécifiques : nouvelles, extraits de romans, synopsis, romans entiers
  • échanger sur nos aventures dans l’océan des envois éditoriaux

Les sections sont d’un accès plus ou moins restreint, en fonction de la sensibilité du sujet (n’importe qui ne peut pas par exemple accéder aux romans complets), mais aussi de l’intégration du membre dans la communauté. Car une relation de confiance est nécessaire, que dis-je, indispensable pour échanger sur son texte, objet intime et pourtant voué à être partagé, lu par d’autres (en tout cas, si on recherche la publication).

Two people in elegant shirts brainstorming over a sheet of paper near two laptops

D’accord, mais c’est quoi la bêta-lecture ? Simplement, une lecture critique et argumentée d’un texte. Il ne s’agit pas de corriger les fautes d’orthographe : on peut signaler les coquilles au passage, mais ce type de correction reste le boulot de l’auteur·e. À elle·lui de faire en sorte que son roman ou sa nouvelle soit propre. La bêta-lecture (BL pour les intimes) n’est pas non plus un simple relevé de « j’aime/j’aime pas ». C’est déjà un pas de plus dans la méthode, mais il ne sera guère utile à l’auteur·e s’il n’est pas complété par un décortiquage des sensations de lecture.

En d’autres termes, un bon bêta-lecteur saura signaler que tel passage l’a ennuyé et pourquoi. Ou qu’il a été complètement emporté par tel chapitre, parce que le rythme est intense, soutenu, les personnages émouvants (quand on a ce genre de retour, on sent qu’on touche au but 🙂 ).

Il ne s’agit pas de dire à un·e auteur·e, de manière objective et impartiale, ce que « vaut » son texte (c’est impossible), mais simplement de lui livrer son ressenti. Ce qui est super avec cette méthode, c’est que plus on bêta-lit les autres ou se fait bêta-lire, plus on prend conscience de la mécanique des textes. De ce qui fonctionne ou pas. Des raisons qui se cachent derrière certains choix d’écriture, comme quand on fait souffrir un personnage pour amener de la tension narrative et le pousser à se dépasser.

Et c’est un formidable catalyseur de progrès. Peut-être aurais-je réussi, à force de travail, à hisser mes textes à leur niveau actuel sans CoCy, mais je pense que ça m’aurait pris un temps… infini. Attention, je ne me prends pas pour une grande auteure, mais force m’est de constater que quelques années-lumières séparent mes écrits (nouvelles comme romans) d’avant 2013 et d’après.

A large number of books covering the walls of a room with an old double door

Actuellement, je travaille sur un roman qui a subi une bêta-lecture complète. Ou plutôt, qui est passé par une première phase (appelée « alpha-lecture »). Celle-ci a permis de déceler les problèmes structurels et les principaux défauts de forme de ce roman. Grâce à cette « alpha » (et merci au passage à mes « alphettes » pour leur travail de titan <3), j’ai pu identifier des problèmes récurrents dans mes écrits (le manque de tension, mais aussi quelques autres) et surtout la façon dont se matérialisaient ces problèmes. Après une longue phase de digestion de cette information, j’ai repris l’écriture en m’efforçant de corriger les principaux défauts de ce roman.

La réécriture est presque terminée et il sera bientôt temps pour le bestiau de repasser par les mains de bêta-lectrices·teurs pour une nouvelle lecture critique, qui doit cette fois s’attacher à des problèmes plus locaux (si les nouvelles fondations de l’histoire sont assez solides). Je reprendrais ensuite le roman pour une ultime correction, avec plus de recul puisque plusieurs mois se seront écoulés, mais surtout avec l’accélérateur qu’est la bêta-lecture pour m’accompagner dans l’amélioration, le polissage de mon histoire.

À bientôt pour un nouvel article…

 

Crédits photos : Patrick TomassoHelloquence et Eugenio Mazzone sur Unsplash

Comment je suis devenue une auteure impitoyable…

Le parcours d’un·e auteur·e est émaillé de petites révélations, qui la·le font grandir dans sa manière d’écrire. J’en ai vécu une, l’année dernière, mais je viens enfin de faire le tour de ses implications en terminant la réécriture d’un roman.

One person standing close to the edge of a cliff alone in Sedona

Quand j’ai commencé à écrire, j’étais une auteure-doudou. Je chouchoutais mes personnages. Il ne leur arrivait rien de très grave. Les difficultés sur leur route n’étaient jamais bien compliquées à surmonter. Leur voyage se déroulait en une ligne bien droite et les éléments dont ils·elles avaient besoin pour continuer leur route arrivaient au bon moment.

Pour alimenter le récit et susciter l’envie de continuer chez les lecteurs·trices, je travaillais sur l’univers et les personnages. Et puis… j’ai reçu des bêta-lectures (pour en savoir plus sur la bêta-lecture, rendez-vous la semaine prochaine). Le verdict est tombé, à quelques semaines d’écart, sur deux romans très différents : manque de tension ; parcours un peu trop prévisible ; et parfois, horreur, des deus ex machina !

Un terme très en vogue chez les apprentis auteurs… Si le procédé du deus ex machina (comprendre l’aide inespérée qui tombe pile au bon moment) était accepté sur les scènes antiques, ça a bien changé aujourd’hui ! Ne vous est-il jamais arrivé, au cours d’une lecture, de vous sentir floué, parce que le héros est dans une situation impossible et que l’auteur l’en sort en lui envoyant du secours de manière artificielle ?

Par exemple (mauvais, j’en conviens), l’héroïne est suspendue par le bout des doigts à la falaise. Elle est sur le point de tomber, ses doigts glissent, horreur… et elle s’aperçoit qu’il y a une corniche juste sous ses pieds. Et pourquoi pas une échelle ou un funiculaire, tant qu’on y est ?

Encore pire que cette impression de facilité invraisemblable, l’ennui. On tourne les pages, les personnages sont intéressants, attachants mais… il ne se passe RIEN. Ils vivent leur petite vie, sans objectif, sans but.

Une histoire, c’est une voiture. La carrosserie (l’univers) peut être d’une belle couleur bien lustrée ; les sièges (les personnages ? ) peuvent être confortables (ok, elle est nulle ma comparaison), mais s’il n’y a pas de moteur (enjeu, tension, conflit…), on ne va pas bien loin.

Il m’a fallu du temps pour comprendre ça. Et du temps pour accepter qu’il fallait sortir mes loulous de leur zone de confort. Résultat : j’ai encore moins respecté mon plan que d’habitude, parce qu’à chaque difficulté, je trouvais que mon héros se débrouillait trop vite, trop bien. Il est sorti de l’expérience bien plus cabossé que dans la première version, il a atteint son but avec beaucoup moins de moyens que je ne l’aurais cru au départ, mais il y est arrivé ! Je suis fière de lui (et contente de moi). Moins égal plus, c’est encore plus vrai en écriture !

Bien entendu, il y a plein d’exceptions possibles à ce que je vous raconte là : par exemple, un deus ex machina peut être transformé en simple circonstance de l’histoire si on implante la petite corniche bien avant que l’héroïne ne s’y retrouve. Ou si on la change en un morceau de roche friable qui menace de s’effondrer sous son poids…

Et vous savez le pire ? En tant que lectrice, j’adore voir un personnage triompher de l’adversité. Mais pour cela, il faut bien qu’il ait souffert avant, non ? Donc, si on y réfléchit, j’aime bien le voir souffrir, tant que je garde l’espoir qu’il va s’en sortir (sinon je crie au scandale… je reste une lectrice/auteure doudou ^^ et je suis contre l’acharnement scénaristique).

Au fond, ce n’est pas si étonnant. Plus j’avance dans la vie, plus je constate que les difficultés donnent de la valeur à nos réussites. Ce ne serait donc pas par pitié que nous aimons nos héroïnes et nos héros quand ils souffrent, mais parce que nous savons à quel point est appréciée une victoire méritée…

 

À la semaine prochaine pour une explication sur la bêta-lecture !

 

Crédit photo : Greg Arment sur Unsplash

Autour du livre 1 – l’auteur·e

Ce mois-ci, je voudrais vous parler de tout ce qui se passe avant que vous ne teniez un roman entre vos mains. Nous allons faire un tour de la chaîne du livre. Ou plutôt, d’une chaîne du livre, car il existe plusieurs circuits. 

Close-up of typebars in a typewriter

On commence avec la naissance du livre, sous mes doigts qui font crépiter le clavier. J’aurai sans doute l’occasion de développer un peu plus certains thèmes de cet article, puisque c’est la ligne éditoriale de ce blog.

Silence, ça pousse…

Souvent, on a une vision un peu fantasmée, on a tendance à s’imaginer qu’une Muse divine dicte à l’Auteur chaque phrase, qu’un Éditeur bienveillant les reçoit et, pffuit, d’un coup de baguette magique, produit un roman broché ou relié en format poche, avec une couverture magnifique, prêt à être empilé en tête de gondole de votre librairie de gare préférée. Eh non, petit·e plaisantin·e, c’est plus compliqué que cela. À l’origine de l’objet-livre se trouve le texte.

Et derrière ce texte, il y a moi (ou un·e autre).

Je ne crois pas trop au mythe de l’écrivain doué d’un talent automatique, qui commence l’écriture de son roman et ne lève plus le nez avant d’avoir terminé. Il y a souvent de nombreuses étapes entre l’embryon d’idée et le mot « Fin ». Et ce dernier n’est pas toujours (voire jamais) la dernière action qu’accomplit l’auteur·e sur le texte.

L’écriture, c’est un peu comme la préparation du pain : on mélange, on pétrit, on laisse reposer, les levures poussent, on malae à nouveau et ainsi de suite, jusqu’à être satisfait du résultat.

Toutes ces étapes sont nécessaires : si on ne prend pas bien le temps de travailler son texte, on peut le laisser truffé de défauts, et je ne parle pas seulement d’orthographe ou de grammaire. Et si on ne le laisse pas reposer, on n’arrive pas à prendre le recul suffisant pour en voir les incohérences. Ce travail de pétrissage est différent suivant chaque auteur (parfois chaque roman).

 

Le saut de l’ange

Et après ? Après… une fois qu’on y a mis tout son cœur, toute son âme, vient le moment de le laisser voler de ses propres ailes. Si on l’a écrit dans le but qu’il soit lu par d’autres que le cercle des proches s’entend.

De nos jours, plusieurs choix d’édition s’offrent à celui·celle qui écrit. Il y a la voie « classique » d’édition à compte d’éditeur. En d’autres termes, on trouve un éditeur qui veuille bien publier le roman et qui prend l’ensemble des frais à sa charge, y compris de correction, de diffusion, de promotion, etc.

Attention : il existe dans le milieu de l’édition une catégorie bien particulière d’entreprises (il ne s’agit pas pour moi de maisons d’édition, malgré ce qu’elles affichent), qui pratiquent ce qu’on appelle l’édition à compte d’auteur. Cela consiste en une prestation, où l’auteur candide se voit demander une « participation » à divers frais (très variables, selon les entreprises), tout en cédant ses droits, sans avoir derrière la diffusion que peut assurer un éditeur traditionnel. Aussi, soyez très vigilants sur les contrats que l’on vous propose. Tout particulièrement si la maison qui vous accepte met en avant la recherche de nouveaux talents et répond positivement dans un temps très court…

 

Internet aidant, de plus en plus d’auteurs font également le choix désormais de s’auto-éditer. Ils gèrent alors la production et la vente du livre de A à Z. Pour l’auteur, c’est un investissement  de temps bien plus conséquent que celui de l’édition classique. De plus, l’auteur auto-édité doit mobiliser de multiples compétences (n’est pas illustrateur qui veut, par exemple).

Toutefois, les auteurs qui se lancent sous-traitent souvent une partie du travail. Mais encore une fois, c’est un choix très (très très) chronophage et énergivore. À ce sujet, de nombreux auteurs qui ont fait ce choix en parlent sur leur site ou leur blog.

Pour en savoir plus, vous pouvez par exemple consulter le blog de Nathalie Bagadey, auteure auto-éditée très bien organisée et généreuse en retours d’expérience (sans parler de sa plume délicieuse 😉 ).

 

En ce qui me concerne, une fois les Puissances de Nilgir terminées (pour ce qui est du premier tome en tout cas), j’ai cherché un éditeur « classique ». L’Ametlièr (désormais Yucca) avait lancé un appel à textes sur son site, j’ai donc proposé mon manuscrit. La suite, c’est de l’histoire ancienne…

 

La semaine prochaine, Ophélie, l’illustratrice des Puissances de Nilgir, interviendra sur le blog pour parler de son travail sur la saga.

 

Crédit photo : Csabi Elter sur Unsplash

Retrouvez le reste de la série :
Autour du livre 2 – l’illustratrice
Autour du livre 3 – la maison d’édition
Autour du livre 4 – le salon du livre