Les Baleines célestes – Élodie Serrano

À l’heure où je publie cet article, le roman dont je vais vous parler n’est pas encore publié… J’ai profité d’une prévente le jour de Noël dernier pour mettre la main sur ce texte en avant-première !

Alerte, une couverture magnifique s’est échappée !

Dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone (ou PIF), j’espérais lire au moins trois livres en trois mois, avec mon quotidien un peu surchargé cette année, mais j’ai déjà dépassé mon quota et suis en passe de le doubler ! Je vais donc publier mes retours de lecture de manière plus rapprochée, pour ne pas transformer ce blog en blog de lecture d’ici au mois de juin 🙂

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Comme je vous le disais, les Baleines célestes ne sortiront vraiment qu’en fin de cette année, en novembre 2018 pour être précise. Pourtant, le roman a déjà sa fiche sur le site de la maison d’édition, Plume blanche. Il semble que la stratégie commerciale de cette maison, ainsi que son planning de parution préparé très en amont, passe par une mise en vente bien longtemps après que le roman soit fin prêt. (Je ne saisis pas trop l’avantage à procéder ainsi, personnellement, si quelqu’un a une idée, je veux bien qu’il·elle la partage en commentaire).

Tout ça pour dire que les Baleines célestes sont parties en fin d’année dernière vers quelques blogueurs chanceux pour bénéficier d’une chronique bien avant leur sortie.

DE QUOI ÇA PARLE ?

Alors que le navire spatial du Capitaine Alexandra Levisky frôle les frontières de l’univers, personne ne s’attend à ce que la maladresse d’un membre de l’équipage libère une des légendaires Baleines célestes.
Seulement, la gigantesque fuyarde se dirige droit vers le cœur historique de la galaxie, au risque de détruire plusieurs mondes sur son passage…

À lire si vous aimez :

  • les cétacés non conventionnels
  • l’humour
  • les personnages féminins qui n’ont pas les deux pieds dans le même sabot

Vous n’y trouverez pas :

  • une SF cherchant à expliquer la façon dont elle contourne les lois de la physique
  • de véritable « méchant »

MON AVIS

J’ai passé un chouette moment de lecture à bord de l’Éloïse, le vaisseau qui emmène Alexia et son équipage à travers la galaxie, à la poursuite de cette coquine de baleine échappée de sa réserve naturelle.

J’ai juste eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire au démarrage, en raison de son ton très humoristique (qui fait penser à du Terry Pratchett) et de son aspect « light SF » (je ne m’attendais pas à ce type d’histoire et j’aime bien habituellement qu’on m’explique comment on contourne la vitesse limitée de la lumière, pour les communications et voyages très longues distances, par exemple).

Une fois ce cap un peu difficile dépassé, je me suis bien amusée. Je recommande à tous ceux qui veulent se vider la tête avec une aventure rythmée et des personnages bien campés.

PRINTEMPS DE L’IMAGINAIRE FRANCOPHONE

Cette lecture me permet de valider un nouvel objectif du PIF :
9. Lire un livre d’une petite maison d’édition

Et j’enchaîne avec une nouvelle lecture : Les Aériens, de Marie-Catherine Daniel !

Les Aériens – Marie-Catherine Daniel

Deuxième retour de lecture pour cette semaine, avec un roman jeunesse qui décoiffe !

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Ce joli roman en a fait, du chemin, avant d’arriver dans ma bibliothèque… Publié par les éditions Sarbacane en fin d’année dernière, mon exemplaire faisait partie d’un lot qui est parti loin au sud, retrouver son auteure à l’occasion d’une séance de dédicaces… Séance à laquelle j’avais envoyé ma Maman, pour me ramener mon cadeau de Noël dédicacé.

Car Marie-Catherine Daniel, une de mes auteures préférées, vit encore à la Réunion pour quelques semaines avant de changer radicalement de localisation.

DE QUOI ÇA PARLE ?

Dure rentrée de 5e, pour Alexandre : tous ses amis l’ont abandonné car Romain, son grand frère, est responsable de la mort d’un lycéen dans un accident de moto. Théo et sa bande sont prêts à tout pour faire payer Romain – y compris s’en prendre à Alexandre, qu’ils harcèlent chaque jour. Heureusement, il y a Sarah, la nouvelle au collège. Elle n’aime pas les injustices et aide les deux frères. C’est justement en se réfugiant chez elle, un matin, qu’ils font la connaissance d’un être étrange : Courantd’Air.

Courantd’Air est un Aérien : un nuage de particules, invisible tant qu’il ne se charge pas de poussière. Il explique aux trois amis qu’il s’est fait piéger dans le lave-linge de Sarah alors qu’il fuyait un autre Aérien, le terrifiant Blizzard, qui vient d’arriver dans la région avec sa bande d’envahisseurs.

Leur but ? Détruire la ville !

 À lire si vous aimez :

  • les ados pas clichés et attachants
  • les créatures fantastiques peu courantes
  • les antagonistes avec de bons côtés

Vous n’y trouverez pas : 

  • de bataille dantesque
  • de personnage tout blanc ou tout noir

MON AVIS

Je suis une grande fan de cette auteure, j’ai donc été happée avec grand plaisir dans ce petit roman, et retrouvé sa plume qui sait faire parler vrai à ses personnages. Sarah, Alexandre, Romain, Théo. Et même Courantd’Air, tous ont leur voix, leur personnalité.

Et Marie-Catherine Daniel ne craint pas d’aborder des thématiques difficiles, comme le harcèlement scolaire ou le handicap (invisible), pour mieux amener le (jeune ou moins jeune) lecteur à y réfléchir.

PRINTEMPS DE L’IMAGINAIRE FRANCOPHONE

Cette lecture me permet de valider un nouvel objectif du PIF :

4. Lire un livre en rapport avec le vent ou l’air

Et voilà… La semaine prochaine, un autre retour de lecture, un coup de coeur absolu… Les Loups chantants, d’Aurélie Wellenstein.

La date limite

Écrire sans date limite peut conduire à la procrastination… Tant qu’on n’a pas un éditeur qui attend de pied ferme le manuscrit, ou qu’on ne s’est pas engagé d’une manière ou d’une autre, on peut repousser le mot « fin » indéfiniment. Heureusement, des solutions existent pour se motiver. Par exemple, le NaNoWriMo et les 24 heures de la nouvelle.

NANOWRIMO, QUOI QU’EST-CE ?

Cet événement à l’origine créé aux États-Unis, se passe au mois de novembre, son nom complet est : National Novel Writing Month (qu’on peut traduire par « mois national de l’écriture de roman »). Toute personne souhaitant écrire peut se lancer dans ce défi qui, à la base, consiste à écrire 50 000 mots pendant les trente jours de novembre.

Ce rassemblement a pris de l’ampleur, s’exportant un peu partout dans le monde. Désormais, chaque mois de novembre est l’occasion pour ceux qui écrivent de travailler de concert, d’échanger sur des forums autour de leurs avancées, de s’encourager mutuellement à coups de word wars (en gros, une course au nombre de mots écrits en un temps réduit).

Bien sûr, ça ne dispense pas ces auteurs d’écrire le reste de l’année. Disons qu’ils aiment ce mois de novembre à cause de l’atmosphère, du défi, de l’envie d’écrire vite. Tout en admettant que le roman ainsi terminé ne sera pas forcément « bien » écrit, car rédigé dans l’urgence. D’un autre côté, le premier jet aura au moins été terminé, ce qui représente déjà une grande avancée.

Bon ok, mais tout ça, c’est en novembre, pourquoi j’en parle maintenant ? Parce que le mois de novembre ne suffisait pas aux scribouillards ! Le concept s’est étendu et on parle désormais de « Camp NaNo » pour les mois d’avril et de juillet. Oui, oui, avril comme maintenant. Actuellement, de par le monde, des gens s’escriment à pondre leurs 1 667 mots par jour, vérifient leur compteur de mots à chaque séance, se lancent à cœur perdu dans l’écriture.

Certains sont des « NaNo-rebelles », ils écrivent mais pas un premier jet, ou pas un roman, ou plusieurs, ou la moitié. L’important, comme dit la sagesse populaire, c’est de participer.

Ou pas ! J’ai tenté l’expérience deux fois, mais je n’ai jamais réussi à tenir. Tout simplement parce que mon énergie d’écriture n’est pas très flexible, elle s’installe quand elle en a envie et a horreur des périodes imposées. Le bon moment d’écrire est plus important pour moi que le challenge du « un roman en un mois ». Mais pour savoir si le NaNo peut vous convenir, il faut tester, et voir ce que ça donne.

 

24 HEURES, UNE NOUVELLE

Et pour ceux qui n’ont pas un mois pour écrire ? Et pour ceux qui écrivent des nouvelles, pas des romans ?

Justement !

Ce week-end, pour la sixième année consécutive, le défi des 24 heures de la nouvelle revient. Qu’est-ce que c’est que cette autre trouvaille ?

Là encore, des auteurs se lancent un défi : écrire, suivant une contrainte tirée au sort, une nouvelle en 24 heures. Cette année, les 24 heures courent de samedi 7 avril 14 heures à dimanche 8 13h59. Il est encore temps de s’inscrire !

C’est, comme pour le NaNo, l’occasion de se lancer un défi, un peu plus simple, et tout aussi productif. J’ai participé avec grand plaisir à plusieurs éditions, mais depuis l’année dernière, je n’ai pas pu retenter. Cette année, les 24 heures tombent pour moi en plein milieu d’un marathon « salons-famille », donc je n’imagine même pas le tenter… Mais si le concept vous intéresse, pourquoi ne pas vous lancer ?

Bien sûr, on n’est pas obligé de s’inscrire à un NaNo ou aux 24 heures pour terminer un texte, mais je crois que l’aventure mérite de se tenter au moins une fois, ne serait-ce que pour voir si le fonctionnement de ces défis nous parle.

 

Il me semble que la meilleure façon de progresser en écriture, c’est de tester, ne jamais s’enfermer dans une méthode de travail unique. Se lancer dans le NaNo ou les 24 heures, c’est avant tout apprendre à mieux connaître sa propre façon d’écrire. Et qui sait, le texte qui en sortira pourrait bien vous surprendre !

 

Crédit photo : Eduardo Olszewski sur Unsplash

 

Les Abîmes d’Autremer – Danielle Martinigol

Dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone, voici un retour de lecture sur le roman que j’ai lu dévoré ce mois-ci : Les Abîmes d’Autremer, de Danielle Martinigol.

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Cet ouvrage, paru aux Éditions ActuSF sous le label Naos en 2017, reprend en fait l’intégrale d’une trilogie parue à l’origine aux Éditions Mango entre 2001 et 2006, et pour laquelle l’auteure a reçu de nombreux prix (notamment le Grand Prix de l’Imaginaire en 2002).

DE QUOI ÇA PARLE ?

Dans la Confédération des Cent Mondes, Sandiane Ravna, fille d’un grand reporter peu scrupuleux, marche sur les traces de son père à la recherche du scoop à tout prix. Quand elle doit la vie sauve à un Abîme d’Autremer, l’un des mystérieux vaisseaux spatiaux de la planète-océan, elle se met au défi de filmer en action un perl, un pilote d’Abîme. Mais elle se heurte à Mél Maguelonne, futur pilote lui-même et farouche adversaire des médias comme tous les Autremeriens.

Le début d’une folle aventure qui va bouleverser sa vie, comme celle des milliards d’habitants de la Confédération.

À lire si vous aimez :

  • le space-opera
  • l’océan
  • les rencontres du troisième type loin des clichés

Vous n’y trouverez pas :

  • de grandes batailles (sauf un peu dans la troisième partie)
  • des personnages très complexes
  • un style complexe

MON AVIS

Difficile de parler de cette lecture sans en divulgâcher trop…

Cette lecture m’a emportée dans un univers original, cohérent dans sa simplicité, qui laisse rêveur. Si vous savez où se trouve cette planète-océan, j’achète mon billet illico !

C’est une belle découverte, un roman qui se laisse dévorer en quelques jours, facile d’abord pour la jeunesse, mais avec une réflexion sur la relation aux autres et le pouvoir des médias, qui parlera à tous les âges.

Ce roman n’est pas un coup de cœur car il a manqué à mon goût d’un peu de profondeur dans ses personnages, qui restent assez manichéens dans leurs rapports, avec les « méchants » et les « gentils » bien identifiés, encore que la distinction s’atténue dans la dernière partie.

PRINTEMPS DE L’IMAGINAIRE FRANCOPHONE

Je vous expliquais dans cet article que je participais, avec cette lecture (et d’autres) au « PIF ». Le PIF comporte une quinzaine de défis, que cette lecture me permet de valider pour partie :

10. Lire un récit avec une héroïne

12. Lire une suite de série

13. Terminer une série

 

À bientôt pour la lecture suivante (déjà achevée en réalité, j’ai pris de l’avance) : Les Baleines célestes, d’Élodie Serrano.

Clavier ou stylo ?

L’outil de base de tout·e auteur·e : l’objet qui lui permet d’écrire. Clavier ou stylo ? Écran ou cahier ? Tout, vous saurez tout sur… mes manies d’écriture !

A person typing on a MacBook keyboard with a book and a smartphone next to it

J’ai commencé à écrire « à l’ancienne », avec un stylo et un cahier. Normal, j’avais huit ans! À l’époque, je démarrais des tas d’histoires qui s’arrêtaient au bout de quelques pages, faute d’idées pour continuer. Mon grand-père m’a refilé une machine à écrire. J’adorais tapoter pour le vacarme qu’elle produisait, sans pour autant l’utiliser pour mes histoires.

Puis j’ai terminé un roman (bien plus tard). Je l’ai transcrit sur ordinateur. Avec ma frappe de l’époque, je vous laisse imaginer le temps que ça m’a pris (seuls deux doigts sur les dix servaient vraiment alors ^^ ).

Ensuite, le stylo et le clavier se sont souvent partagé le terrain : j’initiais l’histoire sur le papier, la terminais sur l’écran. Il ne s’agissait à chaque fois que de contes ou de nouvelles, des textes courts. Toujours, les romans m’échappaient, leur intrigue trop insaisissable pour être déposée sur un support ou un autre.

Puis j’ai décidé d’écrire « pour de vrai ». M’y mettre sérieusement, pour la première fois de ma vie (27 ans, il n’est jamais trop tard pour bien faire). Je savais que j’avais du mal à tenir sur la durée. Je voulais que mon histoire s’écoule de manière disciplinée. J’ai pris un de ces jolis carnets à spirales qu’on achète parfois à la sortie d’un musée, sans trop savoir pourquoi. Un carnet qui me suivait depuis des lustres, toujours inutilisé. Armée d’un stylo, j’ai écrit. Me suis un peu forcée. Le roman a coulé avec l’encre, jusqu’au mot « fin ».

Grâce à un stylo et un carnet, j’avais enfin surmonté mon bloquage du second acte, dépassé la peur du « et il se passe quoi après ? ». Bien sûr, j’ai ensuite retapé tout ça, opérant au passage une première phase de corrections.

Enhardie par ce succès, j’ai appliqué la même méthode au roman suivant. Mais pas à celui d’après! Le clavier, avec ses facilités, prenait la place du stylo, petit à petit. Ma pensée allait trop vite, il me fallait deux mains plutôt qu’une pour noter tous ces mots qui s’en échappaient à la volée.

Trois romans et demi plus tard…

À force de progresser, de me documenter, l’écriture est devenu une méthode, une procédure. J’ai des logiciels dans tous les sens, l’impression que ma route d’auteure est complètement balisée.

Le dernier roman de ma saga patine, pour mille et une raisons. Je regarde avec envie mon stylo et ma réserve de cahier…

Dans un tout autre pan de ma vie, je suis inscrite à un concours et dois passer un écrit en juin. Quatre heures à travailler à l’ancienne, papier et stylo pour seuls outils. Je dois remuscler ma main, réhabituer mon cerveau à travailler de cette manière : le papier n’offre pas de seconde chance, d’espace de correction, il faut ordonner son propos avant de le laisser sortir de ses mains.

Et si je m’entraînais avec ce roman noyé dans la semoule? Ni une ni deux. Je m’achète un grand cahier (oui, parce que vous comprenez, les pages A5 c’est pas pratique, et puis là j’ai de la place pour écrire, c’est plus confortable pour le poignet… ok, j’avais juste le nez accroché au rayon papeterie, même pas honte).

Le roman balisé, à l’avenir tout tracé, ennuyeux quoi, s’envole dans une grande bouffée d’air frais tout droit venue du large. Line, Léonie, Maël et Owen me regardent d’un air satisfait :

— Ben tu vois, c’était pas si compliqué !

Mon poignet s’aguerrit, ma bosse de l’écrivain, celle qui avait disparu après la fin de mes études (vous savez, ce cal qu’on attrape au majeur à force d’y poser le stylo), ma bosse de l’écrivain renaît.

Je vous laisse, mon cahier adoré m’attend…

 

Crédit photo : Juliette Leufke sur Unsplash

 

Ma part du gâteau

En écho à la polémique des dernières semaines sur Livre Paris, un petit retour sur la façon dont est réparti le prix de chaque livre que vous achetez, et comment les auteur·e·s en (sur)vivent.

Cette semaine, une personne m’a demandé, avec candeur :

— Mais au fait, combien tu gagnes en tant qu’auteur ?

1 euro 50 par livre (prix de vente 15 euros). Et encore, en tant qu’auteure jeunesse, j’ai un éditeur qui m’a accordé des droits d’auteur importants par rapport à ce qui se pratique dans le milieu, ça peut descendre à 70 centimes.

Grands yeux effarés de mon interlocutrice.

Eh oui, si on veut gagner sa vie en écrivant, être auteur·e de fiction, jeunesse qui plus est, dans les littératures de l’imaginaire (moins diffusées et donc moins vendues que la littérature générale), c’est compliqué.

J’ai trouvé sur un site du ministère de la Culture une infographie qui donne une bonne idée de la répartition du prix d’un livre entre les différents acteurs de la chaîne :

Prix d'un livre

EDIT : mon éditeur me fait remarquer que le graphique ne précise pas la part de cotisations sociales (eh oui, l’auteur aussi paie ses impôts), la TVA n’est pas non plus indiquée ; par ailleurs, la répartition sur les postes après travail éditorial (fabrication, diffusion, etc.) est probablement basée sur les chiffres des (très) grandes maisons d’édition… le gâteau est partagé un peu différemment pour les petites maisons, mais le principe reste le même ! (et comme quoi, même une source sérieuse comme un ministère n’est pas exempte d’erreurs)

C’est terrible, hein ? L’auteur·e, qui est à la base de toute la chaîne du livre, sans qui il n’existerait juste pas, est aussi le·la moins rémunéré·e. Encore une fois, les droits d’auteur·e annoncés sur cette infographie sont une moyenne, certain·e·s touchent plus (comme moi, à 10% sur le premier tirage, 12 % sur le second – les auteurs de best-seller gagnent plus, s’ils savent tirer leur épingle du jeu), d’autres moins.

Les auteur·e·s jeunesse, notamment, peuvent être rémunérés beaucoup moins (ça descend jusqu’à 4%), en raison d’une tradition qui voulait qu’on répartisse les frais entre auteur et illustrateur. Ce qui paraît logique, à défaut d’être normal… sauf quand il n’y a plus d’illustrateur à rémunérer pour la bonne raison qu’il s’agit d’un roman non illustré (hors illustration de couverture : dans ce cas précis, l’éditeur rémunère généralement l’illustrateur sous forme de forfait).

Mais alors comment un·e auteur·e peut-il·elle vivre de sa plume ?

Soit il·elle vend beaucoup (beaucoup (beaucoup)) de livres chaque année. Je ne vais pas vous mentir, à moins d’être publié chez un des grands éditeurs français, ça ne peut matériellement pas arriver : il faut être distribué un peu partout, avoir accès aux têtes de gondoles, ou aux grands prix littéraires, sans parler d’un succès public.

Les auteurs qui ne font pas des best-sellers tout en ayant des succès honnêtes ne vivent pas uniquement de leur plume, ils survivent en multipliant les activités annexes : interventions en milieu scolaire pour les auteurs jeunesse, ateliers d’écriture, conférences, etc.

Heureusement que cette possibilité existe. Sauf qu’il s’agit d’un travail à part entière, qui nécessite une préparation en amont, sans parler de la prestation en elle-même. Du temps pendant lequel l’auteur·e… n’écrit pas (ou ne corrige pas, ou n’assure pas la promotion du livre publié).

Tout travail mérite salaire, pas vrai ? Ce postulat n’est pas évident pour tout le monde, cf. la polémique sur Livre Paris. Fort heureusement, les auteur·e·s ont compris que l’union fait la force. Plusieurs organisations défendant les auteur·e·s, dont le mouvement #Payetonauteur et surtout, l’association de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, dont c’est un combat depuis plusieurs années, ont obtenu gain de cause, à savoir, tout simplement, que les auteur·e·s intervenant pour l’animation de Livre Paris soient rémunéré·e·s pour ce travail, au même titre que les équipes de logistique ou… les plantes vertes.

Chapeau à tou·te·s ceux·elles qui se sont mobilisé·e·s pour rendre cela possible et surtout, visible. Et, je l’espère, ce n’est qu’un début !

Pour plus d’informations sur ce combat et sur le problème de la rémunération des auteurs, je vous invite à consulter les liens suivants :

  • L’article d’Actualitté sur le dénouement de cette semaine (de nombreux articles un peu plus anciens sur le sujet, toujours très instructifs)
  • Le mot de Samantha Bailly, auteure jeunesse et présidente de la Charte, une association dont je vous reparlerai un peu plus tard (soit dit en passant, cette jeune femme fait un boulot de dingue pour améliorer les conditions des auteurs, je l’admire beaucoup)
  • Une interview de Françoise Nyssen, ministre de la Culture, sur le sujet
  • Le communiqué de la SNAC BD (groupement des auteurs de BD) suite au dénouement

 

Illustration : Sandrine Bonini

Infographie : Site du Ministère de la Culture

 

Le Printemps de l’Imaginaire Francophone 2018

Vous l’avez peut-être compris, je suis un rat de bibliothèque. Et c’est peu dire. D’ailleurs, dès que ma PAL (Pile À Lire) diminue trop, j’angoisse, je dors mal, il me FAUT la remplir à nouveau… Et depuis que j’ai une liseuse, j’ai deux endroits dans ma maison où piocher un bouquin, voire admirer une pile de livres (même virtuels, que c’est beau !).

Ça ne m’arrive pas (ou très peu) de ne rien avoir à lire. Et j’aime beaucoup partager mon ressenti sur ce que je (re)découvre, sauf que je n’ai jamais pris le temps de le faire depuis bientôt six mois que j’ai ouvert ce blog, la honte !

Pour me discipliner et parler de mes lectures, tout en ajoutant un côté ludique, je me suis inscrite à un défi de lecture : le Printemps de l’Imaginaire Francophone., que j’ai découvert grâce aux blogs de Colcoriane et Nathalie Bagadey, dont je lis les articles avec assiduité 🙂

Il s’agit de l’initiative d’un blog, Monde Fantasy, dans le but de parler et promouvoir la littérature de l’imaginaire francophone. Celle qu’on ne trouve pas (ou rarement) mise en avant dans les rayons des grandes librairies. Celle que les grands éditeurs français rechignent à publier, non pas en raison d’une qualité médiocre, mais parce qu’elle n’a pas « fait ses preuves » sur un marché à grande diffusion comme le marché anglo-saxon (globalisation, nous voilà !).

L’idée est donc de lire, entre le 1er mars et le 1er juin, un maximum de livres dans les genres de l’imaginaire (science-fiction, fantastique, fantasy) écrits en français à l’origine, et d’en parler, que ce soit sur les réseaux sociaux, sur son blog, dans la vraie vie, etc.

On s’inscrit sur le blog qui a lancé l’événement, en choisissant un niveau de défi, en fonction du nombre de livres qu’on compte lire pendant la période du défi. En ce qui me concerne, sachant que je vais avoir un printemps très studieux (préparation d’un concours), je ne pourrai pas dévorer autant de romans que je le voudrais; Je m’inscris donc avec un objectif raisonnable : trois livres (je suis une Sorcière vagabonde ! Car oui, le petit plus, ce sont les noms des niveaux, imagés et rigolos).

Les trois livres que je pense terminer pendant ces trois mois sont :

  • Les Abîmes d’Autremer, de Danielle Martinigol, aux Éditions ActuSF

Couverture du livre : Les Abîmes d'Autremer, Intégrale

  • Les Baleines célestes, d’Élodie Serrano, aux Éditions Plume Blanche

  • Les Aériens, de Marie-Catherine Daniel, aux Éditions Sarbacane

Couverture du livre : Les Aériens

Pour renforcer le côté ludique, il faut tenter de respecter 15 contraintes lors du choix des romans. Personnellement, j’ai simplement pioché celles correspondant à des romans de ma PAL. Ce que je vais cocher avec ces trois livres sont :

4) Lire un livre en rapport avec le vent ou l’air (dans le titre ou le contenu) [parce que l’air est l’élément du printemps] : les Aériens

9) Lire un livre d’une petite maison d’édition : les Baleines et les Abîmes

11) Ne lire que des récits écrits par des autrices

12 et 13) Lire une suite de série et Terminer une série : les Abîmes rassemblent en fait une trilogie

Si j’arrive à terminer ces trois livres, j’en ai encore pas mal en réserve respectant mes « conditions de base » : SFFF, francophone, autrice.

Voilà, je suis dans les startings blocks… En vrai, j’ai un peu déjà commencé le premier, mais je l’ai remis à plus tard en découvrant ce challenge. En attendant, je termine une énième relecture des Deux tours de J.R.R. Tolkien.

Je ferai un bilan à la fin de chaque mois de mes avancées, avec au passage un petit retour de lecture.

Et vous, que diriez-vous de vous lancer dans ce défi ?

 

Non, je n’ai pas de retourneur de temps (et j’en veux bien un) !

Cette semaine, quelqu’un dans mon entourage m’a dit la phrase que nombre d’auteurs entendent un jour ou l’autre (ou plusieurs) : comment tu arrives à faire tout ça ? La réponse est simple : non, je n’arrive pas à faire « tout » ça !

 

 

En réalité, ma routine est basée sur une mécanique huilée, certains choix, des coups de chance et aussi un gros travail sur moi-même pour ne pas me mettre la pression.

En effet, je jongle tout le temps. Entre le travail-qui-me-paye-les-factures, qui prend quand même du temps et des neurones (surtout cette année, avec un concours à préparer) ; le foyer, soit un bout de chou, un mari qui ont besoin de moi (et j’ai aussi besoin d’eux), un appartement pas bien grand mais suffisamment pour nécessiter un certain entretien, des choix de vie (cuisiner (presque) tout ce que nous mangeons, grands comme petit, s’approvisionner en essayant de ne pas uniquement faire appel à la grande distribution…), un besoin de contacts (les amis et la famille dans la vie réelle, les réseaux sociaux)…

Alors comment je fais pour gérer tout ça sans oublier personne sur le bord de la route? J’organise. Je trie les trucs à faire. Je cherche toujours des gains de productivité et/ou de temps. J’essaie de déléguer (le plus dur, sans aucun doute).

Et depuis que j’ai un enfant, je ne me mets pas la pression si j’échoue et je me garde des plages horaires pour souffler. Parce que je porte pas mal de choses sur mes petites épaules, en dehors de mon rêve de vivre de ma plume, et que ça ne va pas du tout le faire si je m’effondre sous le nombre de tâches à effectuer.

Un jour, mon fromager m’a dit (on a les références qu’on peut) : « vous avez une petite mine. Vous êtes comme ma femme, vous essayez de faire tenir deux litres dans un litre« .
Deux enseignements à tirer de cette remarque très éclairante :
1) c’est vrai qu’il faut accepter qu’on n’a que 24 heures dans une journée, dont une part non négligeable est dédiée à des tâches incompressibles (repos, hygiène, alimentation, par exemple) ; une fois qu’on l’a compris, on gère mieux son temps !
2) pourquoi ce sont (presque) toujours les femmes qui veulent faire tenir deux litres dans un litre ? Les hommes n’ont-ils pas besoin de lutter contre ce penchant ? Là, on aborde un autre point, celui de la charge mentale.

La charge mentale, on en parle beaucoup ces temps-ci (je vous conseille vivement cette excellente BD si vous ne l’avez pas encore lue). Depuis que j’ai découvert le concept, que j’ai pris conscience de ce truc qui est suspendu sur ma tête en permanence, je travaille beaucoup à faire changer les choses dans mon quotidien, pour ne plus être la seule destinataire… Mais c’est un travail sur soi, sur les autres, qui prend du temps.

Je digresse ! Ce que j’essaie de dire, avec cet article, c’est que oui, je fais plein de trucs. Mais c’est sans doute aussi au prix d’autres choses, que vous faites de votre côté (regarder la télé ? buller ? voire passer deux heures dans les transports chaque jour, ce dont j’espère bien me passer encore longtemps).

En fait, pour arriver à faire ce qu’on aime, écrire par exemple, il faut se poser et décider de la manière dont on va organiser le quotidien pour que ça soit possible. Et pas l’inverse.

C’est en définissant ses priorités qu’on peut espérer donner toute la place qu’il faut à certains pans de notre vie. Parce que si on ne le fait pas, la montagne de linge, la vaisselle, ou même la nouvelle série dont tout le monde parle prendront cette place, sans vous demander votre avis, et parfois sans même que vous vous en rendiez compte.

Je vous laisse, j’ai des courses à faire ^^

 

Crédit photo : Bryce Barker sur Unsplash

 

Brève de salon 03/02/18

Parfois, au cours d’une dédicace en librairie ou d’un salon, je saisis au vol des échanges, petites répliques bien senties ou phrases mémorables.

Clara des tempêtes

Mon voisin de table, Daniel Pagès, tend un de ses romans, Clara des Tempêtes, à une lectrice potentielle :

– Ah mais celui-là, on l’a déjà en deux exemplaires à la maison !

Daniel, étonné :

– Comment ça, en deux exemplaires ?

– Ben oui, j’étais en pleine lecture et ma sœur mourait d’envie de le lire en même temps, alors on en a racheté un.

Apparemment, la troisième petite sœur a lu l’exemplaire de l’aînée. Quand même ^^

Illustration d’Auriane Laïly

 

Trois œuvres qui ont inspiré Les Puissances de Nilgir

Alors que je replonge dans les Puissances de Nilgir et que je concocte les dernières aventures de Line et compagnie, je voulais vous parler de trois œuvres (un roman, un film et un album de musique) qui, par leur esthétique, leur ambiance, ont semé les graines de cet univers dans mon esprit.

Le Plus délicieux des délices, Natalie Babitt

Couverture du livre : Le Plus délicieux des délices

Quatrième de couverture

Dans cet étrange royaume, le messager du roi a douze ans. Et sa mission est plus étrange encore. Il s’agit d’enquêter, auprès des sujets de sa majesté, pour connaître leur opinion sur une question de la plus haute importance : quel est, à leur avis, le suprême délice ? Le mets choisi doit figurer au mot « délice » dans le nouveau dictionnaire. L’affaire est grave.
L’enquête que mène Gaylen, le jeune garçon, l’entraîne dans un monde mystérieux, peuplé de créatures de légende…

J’ai découvert ce roman dans la bibliothèque près de ma maison d’enfance. Je devais être en primaire ou au début du collège. Je suis à peu près sûre que c’est le premier roman de fantasy que j’aie jamais lu, et je l’ai dévoré. Cet univers avec ses créatures fantastiques m’a marquée, et les nains de ma propre saga lui doivent beaucoup.

L’autre jour, prise de nostalgie, j’ai déniché une version d’occasion sur le Net, que j’ai dévorée. Le plaisir est intact, même si j’ai quelques années de plus…

Princess bride, Rob Reiner

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Résumé

Cloué au lit par la grippe, un petit garçon accepte à contrecoeur que son grand-père lui raconte une histoire de princesse… Il était une fois, au pays de Florin, la Princesse Bouton d’Or, qui réalisa un beau jour que Wesley, son palefrenier, était amoureux d’elle, et qu’elle éprouvait le même sentiment à son égard. Hélas, Wesley s’embarqua pour aller faire fortune. Au bout de cinq ans, sans nouvelle de son amour, Bouton d’Or accepta d’épouser le redoutable prince Humperdick…

Bonjour. Je m’appelle Inigo Montoya. Tu as tué mon père. Prépare-toi à mourir !

Ah là là, rien que de citer cette réplique-culte, j’en ai des frissons. Je sais, c’est un film au format conte de fées, avec une histoire d’amour un peu cucul (encore que…), mais tout ce qu’il y a autour m’emporte à chaque visionnage : les personnages bien campés, pas pour autant clichés, la géographie (les Falaises de la démence, quoi !), les rebondissements, la cape ignifuge…

(Tiens, je sais ce que je vais me regarder ce week-end !)

Aventine, Agnes Obel

Aventine

Cette fois, il ne s’agit pas d’une découverte faite avant l’écriture de la saga, mais plutôt d’un album qui a accompagné le premier jet (et les corrections) du troisième tome des Puissances de Nilgir.

J’aime écrire en musique. Souvent, j’ai une playlist dédiée au projet en cours. Pour La Cité d’argent, j’écoutais Aventine en boucle (tout particulièrement pour le passage dans le Manoir d’Aube et la Forêt de Millefeuilles). Le fait de connaître la musique par coeur me permet de me concentrer sur les mots, tout en me laissant porter par les notes.

Je n’ai pas encore trouvé « l’identité musicale » de la Forteresse de Gemme (mon tome 4, donc), mais j’y travaille…