Enfant du chaos – Éva Simonin

Deuxième fiche de lecture du mois pour un autre coup de coeur : Enfant du chaos, d’Éva Simonin, paru sous le label Naos.

Les Veilleurs, tome 1 : Enfant du chaos par Simonin

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Il semble que ce soit un premier tome (la série s’intitule « Les Veilleurs« ), mais je n’ai pas encore vu d’information sur la parution de la suite. Si les éditeurs d’Éva Simonin me lisent, ouiiiiiiiii il faut publier la suite ! (ou tout autre roman qu’elle cache dans un tiroir, d’ailleurs).

J’ai en fait découvert cette auteure il y a quelques années à travers son premier roman, Les Tisseurs du temps, paru aux éditions Atria. J’étais entièrement tombée sous le charme de cette plume aux accents à la fois élégants et vibrants de vie, de son héroïne attachante parce que si humaine, et à la fois tellement à part, dotée d’un don intrigant.

Bref, je n’attendais qu’une chose, qu’Éva Simonin publie un autre roman.

 

DE QUOI ÇA PARLE ?

Depuis la mort du dieu de l’Équilibre, le chaos ne cesse d’augmenter. À Okkia, il engendre des spectres, êtres monstrueux qui se nourrissent des humains. Les pompiers régulent la menace de leur mieux, mais ils arrivent trop tard pour sauver la famille d’Anielle. Unique rescapée, la jeune femme décide de rejoindre leurs rangs pour lutter à son tour contre incendies, tempêtes surnaturelles et créatures dangereuses.

[je coupe ici la présentation trouvée sur le site de l’éditeur, je trouve qu’elle divulgâche pas mal le roman.]

À lire si vous aimez : 

  • les personnages contrastés, pas manichéens
  • les univers dotés d’une mythologie et d’une magie originaux, complexes, tout en restant accessibles
  • les intrigues de cour élaborées

Vous n’y trouverez pas :

  • de fantômes en draps blancs agitant des chaînes
  • de magiciens avec baguettes magiques

MON AVIS

Difficile, donc, de vous parler de ce roman sans le divulgâcher. Disons simplement que l’héroïne, Anielle, va vous intriguer, vous émouvoir, vous emporter dans sa quête, vous faire vibrer au rythme de sa découverte du monde qui l’entoure, mais aussi de sa propre personne et de ses capacités.

Chapeau bas également à l’univers brodé en arrière-plan, singulier tout en restant compréhensible sans avoir besoin de recourir à des annexes ou des notes de bas de page.

Bref, je n’attends qu’une chose, la suite de la série (ou n’importe quel autre roman d’Éva Simonin). (Je vous l’ai déjà dit ?)

 

Les Loups chantants – Aurélie Wellenstein

L’autre jour, je vous ai parlé de trois coups de cœur pour lesquels je projetais de rédiger une fiche de lecture séparée. Voici le premier : Les Loups chantants d’Aurélie Wellenstein, parus chez Scrineo.

 

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

J’ai entendu parler de ce roman pour la première fois dans le cadre des bêta-lectures de CoCyclics, vous savez, ce forum d’auteurs qui permet de travailler ses écrits avec des personnes de confiance.

Je n’ai pas participé à la bêta-lecture, même si j’avais très envie de découvrir ce roman, mais j’ai suivi de loin les échanges à son sujet. J’avais hâte de pouvoir le lire, mais je n’ai pu le faire que deux ans après sa sortie !

DE QUOI ÇA PARLE ?

Yuri appartient à un clan d’éleveurs de rennes. Il vit dans un village entouré par un perpétuel blizzard. Il y a un an, son amour, Asya, a disparu dans la tempête, attirée par les hurlements hypnotiques des loups chantants. Bien que tout le monde la croie morte, le garçon espère qu’elle est toujours en vie, quelque part, de l’autre côté du blizzard.

Un jour, la sœur de Yuri, Kira, contracte un mal étrange ; son corps se couvre de glace. Pour le chaman du clan, la jeune fille est maudite par le dieu de l’hiver ; elle est bannie, et condamnée à s’enfoncer seule dans le blizzard. Mais une amie, Anastasia, rejette farouchement ce verdict surnaturel. Selon elle, il s’agit d’une maladie soignable à la capitale, par la chirurgie.

Déterminés à tout tenter pour sauver Kira, Yuri et Anastasia prennent leurs traîneaux à chiens pour emmener la jeune malade à la capitale. Mais aussitôt partis à travers le blizzard, les loups les prennent en chasse.

 

À lire si vous aimez :

  • les romans au rythme haletant
  • les créatures de fantasy originales, inspirées d’un folklore différent (issu de l’est de l’Europe, pour changer)
  • une immersion totale dans un milieu hostile
  • les personnages déchirés par de forts enjeux

Vous n’y trouverez pas :

  • de violence gratuite
  • de développements très complexes chez les antagonistes

MON AVIS

Au départ, j’ai été un peu surprise de voir quelques éléments « modernes » se raccrocher à cet univers. C’est d’ailleurs ce qui fonctionne moins bien à mon goût dans ce roman, cette tentative de rationaliser les événements, de se rapprocher d’un monde guidé, comme le nôtre, par la technologie.

Heureusement, l’histoire dépasse vite cet aspect pour nous entraîner dans une course à corps perdu dans la neige, à travers les steppes. On fuit avec les trois personnages principaux ces terrifiants loups chantants, on tremble de voir Yuri, le jeune héros, subir la fascination qu’exerce sur lui l’une des louves. Tout ça en grelottant de froid, en ressentant les craquelures de ses lèvres gercées, la faim qui le tenaille…

J’ai pris une claque en lisant ce roman, je l’ai refermé en me disant : quand je serai grande, j’aimerais savoir écrire comme ça. Aurélie a une prose à la fois fluide et riche, très immersive, qui fait appel aux cinq sens. Elle écrit les scènes sans filtre, aborde les sujets les plus durs sans concession. Ses personnages souffrent, et nous avec eux, mais jamais de manière gratuite. Enfin, elle a le don de poser une ambiance, ou de donner un rythme haletant à une histoire. J’ai eu du mal à lâcher le bouquin pendant les jours (peu nombreux) que j’ai mis à le lire.

Je n’ai qu’une hâte, de lire un nouveau roman d’Aurélie ! Et j’ai de la chance, elle a pris plein d’avance sur moi depuis la sortie des Loups, il y en a trois ou quatre que je n’ai pas encore lus…

À très vite pour une autre chronique !

 

Bilan du PIF

Avec l’arrivée du mois de juin, s’achève le Printemps de l’Imaginaire Francophone ou PIF. Avant de reprendre les chroniques individuelles de certaines de mes découvertes, voici un bilan général de mes lectures.

Contrairement à ce que pourraient laisser croire les apparences, je n’ai pas disparu de la surface du globe pour m’exiler sur une planète lointaine. J’ai préféré me concentrer sur certaines activités au mois de mai (l’écriture du quatrième tome des Puissances de Nilgir et la préparation de mon concours), ce qui fait que je n’ai pas pu poser un orteil sur le blog. J’espère retrouver le rythme ce mois-ci, même si je vais devoir commencer par une grosse mise à jour en lectures.

Je vous le rappelle, je m’étais lancée au mois de mars dans le PIF, Printemps de l’Imaginaire Francophone. D’une part, pour tester les « défis de lecture » sur un temps restreint, d’autre part pour profiter du blog pour promouvoir un peu l’imaginaire français.

Avec mon concours et les autres activités qui m’occupent habituellement, mon rythme de lecture a été assez faible ces derniers temps. Raisonnablement, j’avais donc misé sur un petit défi de 6 livres à lire au printemps. J’ai… largement réussi. En fait, j’ai même pulvérisé ce chiffre.

J’en ai profité pour vider ma PAL (Pile à Lire), qui contenait beaucoup beaucoup de choses, en mettant sur le dessus des romans écrits par des auteures francophones (je voulais cocher un des défis du PIF en particulier). Mais j’ai tellement vite lu que j’ai pu continuer au-delà des lectures de romans écrits par des femmes. Au passage, certains romans me sont tombés des mains.

Petit bilan, des lectures préférées aux mal aimées.

 

COUPS DE CŒUR, CHRONIQUES À VENIR

Le but du PIF étant de faire connaître les auteurs francophones, je réserve un article complet à chacun des ouvrages qui suivent, car je les ai a-do-rés et je veux absolument vous en dire plus. Il s’agit des Loups chantants d’Aurélie Wellenstein (Scrineo), d’Enfant du chaos d’Éva Simonin (Naos) et de Piratas d’Aurélie Rodriguez (Magnard).

Couverture du livre : Les Loups chantants  Couverture du livre : Les Veilleurs, tome 1 : Enfant du Chaos  Couverture du livre : Piratas

LECTURES SYMPATHIQUES

J’ai apprécié les titres qui suivent, sans toutefois éprouver l’enthousiasme débordant des trois précédents romans :

La Tour de Cécile Duquenne (auto-édition)
Une jeune femme se réveille dans un endroit inconnu, hostile, et réalise qu’elle n’a qu’une échappatoire : la fuite vers le haut ; ses souvenirs d’abord clairsemés lui reviennent par vagues, lui faisant comprendre que la raison de sa présence ici se trouve dans son passé trouble. Une lecture haletante, avec des personnages intéressants, mais trop peu fouillés à mon goût et, en toute franchise, je n’ai pas aimé la fin, que j’ai trouvé téléphonée.

Couverture du livre : La Tour

Les Élémentaires de Nadia Coste (Castelmore)
Dans un univers médiévo-moderne assez loufoque, les gens sont doués de magie en lien avec les 4 éléments (air-terre-eau-feu). Cassandra est mage de feu, mais n’a jamais réussi à contrôler son don, ce qui pose problème au quotidien. Pour guérir, elle s’embarque dans un voyage au long cours, accompagnée notamment d’un aventurier dont l’élément est l’eau. J’ai trouvé ce roman assez chouette à lire, drôle, avec des personnages assez attachants. Ce n’est pas un coup de cœur non plus (je ne suis pas une grande fan de romans à l’humour décalé en fait, et il y avait parfois des ficelles scénaristiques un peu grosses), mais en lisant la fin, j’ai trouvé pas mal de portes ouvertes pour une suite. Si elle paraît un jour, je pense que je la lirai.

Destinations, l’anthologie des Imaginales 2017 (éditions Mnémos)
Pour ce dernier titre, j’ai commencé par ne lire que les nouvelles d’auteures ^^ Et finalement, j’ai lu la totalité. J’ai découvert au passage de très belles plumes, ce qui me donne envie de creuser et voir ce que ça donne sur des romans (Charlotte Bousquet, G.D. Arthur).

Couverture du livre : Anthologie des Imaginales 2017 : Destinations

LES LECTURES « SANS PLUS »

J’ai lu en me forçant (dommage, hein ?) deux romans, et en ai carrément abandonné deux autres :

Aussi libres qu’un rêve de Manon Fargetton (Castelmore) – une dystopie avec un univers et des personnages trop peu fouillés ou caricaturaux à mon goût

Couverture du livre : Aussi libres qu'un rêve

Les Océans stellaires de Loïc Henry (Scrineo) – malgré le titre accrocheur, je n’ai pas réussi à apprécier ce roman en dehors de quelques descriptions sous-marines : je trouve que l’auteur ne donne pas assez de clés pour comprendre l’univers, que les personnages (notamment au niveau des dialogues) sont assez mal écrits, je n’ai pas réussi à vraiment entrer dans l’histoire, et surtout, je trouve assez scandaleux de parler de sujets sensibles (clonage) sans vraiment intégrer une réflexion dessus.

Couverture du livre : Les Océans Stellaires

J’ai abandonné Bordermarge d’Emmanuelle Nuncq (Castelmore), je n’arrivais pas vraiment à rentrer dedans, et comme je m’étais un peu fait violence pour terminer Aussi libres qu’un rêve, j’ai préféré ne pas insister.

Et surtout, Le Flibustier du froid de Ludovic Rosmorduc (Le Riez) m’est tombé des mains. Je suis passée outre quelques maladresses d’écriture et clichés, mais le traitement des femmes, dans un roman français écrit dans les années 2010, m’a scandalisée : ce n’est pas possible à mon sens de créer une armurière (donc en théorie une bad-ass en puissance) qui ne pense qu’à cuisiner de bons petits plats pour que le bellâtre de service daigne lui accorder un regard.

DÉFIS REMPORTÉS

Avec cette liste, en plus des quatre précédents romans que je vous ai présentés individuellement, j’ai lu au printemps douze ouvrages, romans ou recueils de nouvelles, de l’imaginaire francophone (oui, je ne vous parle pas ici de mes lectures en dehors de cette catégorie ^^ ). Soit le double de ce que j’avais prévu (je sais, j’ai beaucoup trop lu, pas assez blogué, désolée).

Au passage, ma PAL est revenue à des proportions décentes, ça fait du bien !

J’ai coché les 9 défis suivants du PIF (sur 15 au total) :

  • Lire un livre en rapport avec le vent ou l’air (dans le titre ou le contenu) [parce que l’air est l’élément du printemps]
  • Ne lire que des romans et des nouvelles
  • Lire un recueil de nouvelles
  • Lire un livre auto-édité
  • Lire un livre d’une petite maison d’édition
  • Lire un récit avec une héroïne
  • Lire une suite de série
  • Terminer une série
  • Lire une relique de votre PAL

Et failli en cocher un dixième, en ne lisant presque que des auteures !

On arrive au terme de ce long bilan. Je vais reprendre un rythme plus lent en lectures, mais je ferai peut-être un nouveau bilan à la fin de l’été, période propice au bouquinage 🙂

À très vite !

Empathie, identification, les ingrédients de la relation personnage-lecteur·trice

Homme, femme. Jeune, vieux. Combatif, terrifié. Amoureux, plein de rancœur. Dans un roman (ou une nouvelle), les personnages font vivre l’histoire. Si l’alchimie entre eux et la lectrice prend, elle vit au rythme des aventures de ces protagonistes.

 

Mais comment naît cette alchimie ? Qu’est-ce qui fait qu’on va s’attacher aux pas de l’héroïne ? Compatir de ses misères ? S’enthousiasmer de ses victoires ?

CE PERSONNAGE, C’EST MOI TOUT CRACHÉ !

L’identification est le mécanisme le plus évident. On s’intéresse à ceux qui nous ressemblent.

Qui nous ressemblent… physiquement ? Dans ce cas, les aventures d’un garçon à lunettes, cicatrice et cheveux en bataille (au hasard) ne m’intéresseront guère. Viser l’identification du personnage au lecteur, c’est prendre un risque pour l’auteur. Tous ceux qui auront le livre entre les mains ne peuvent pas partager forcément les caractéristiques du héros. Ne serait-ce que par la grande diversité de notre société. Garçon, fille, ou autre. Blond, brune, bleu. Vieux, jeune (et encore, là, c’est dans la tête). Grand ou petit, gros ou mince. Nous sommes tous différents et souvent, ce n’est pas notre physique qui nous rapproche les uns des autres.

Quand je lis, comme ça m’arrive en ce moment, l’histoire d’une jeune mère, je suis forcément touchée (surtout qu’on lui enlève le bébé à la naissance, dans une scène quasiment insoutenable… merci Sophie Moulay de m’arracher le cœur au passage). Ce personnage est une jeune fille de la noblesse médiévale, blonde aux yeux bleus, la tête farcie d’histoires sur l’amour courtois, avec néanmoins un intérêt naissant pour les intrigues de cour et la politique. Je ne suis pas (du tout) dans cette situation, j’ai un physique opposé. Mais la naissance de mon Petit Chat est encore fraîche dans ma mémoire, et je me révulse intérieurement à l’idée qu’on aurait pu me l’enlever à ce moment-là.

Plus qu’à leur physique, à leur situation dans la vie, on s’identifie aux personnages par les situations qu’ils vivent, leur quotidien. Pas forcément la grande quête qui va les mener d’embûche en embuscade, mais plutôt par les pique-niques partagés avec leurs compagnons de route, les cauchemars et les coups de soleil sur la nuque (ça se voit que je fais référence au Seigneur des anneaux ?).

L’identification est donc un des moyens d’attacher la lectrice au personnage. Mais ce moyen présente des limites. Il faut lui parler de ce qu’elle connaît, de situations qu’elle peut avoir vécu, ce qui pose deux problèmes :

  • nous n’expérimentons pas tous les mêmes choses (l’exemple de la maternité marchera sur une femme qui est mère, ce qui est loin d’être le cas de tous les lecteurs potentiels d’un livre)
  • on se cantonne forcément à des scènes du quotidien, parce qu’il y a peu de chances que les lecteurs soient des chevaliers chevronnés ou des astronautes en partance pour Mars

Heureusement, il existe un autre mécanisme, bien plus puissant que l’identification, pour attacher un lecteur à une héroïne.

TU GALÈRES, DONC JE TE SUIS

L’empathie. C’est la clé pour attacher la lectrice à ce héros qui ne lui ressemble aucunement. Et comment on la déclenche ? En mettant le héros en difficulté, bien sûr ! Pas forcément en le faisant souffrir, attention.

Pour reprendre un exemple tout à fait au hasard, de garçon brun à lunettes, cicatrice et cheveux en bataille, il peut lui arriver au cours de ses aventures de souffrir. Beaucoup. Des bobos au corps, des bobos à l’âme. Bras cassé, cœur brisé, décès d’un proche. Tout ça nous le rend attendrissant, bien entendu. Mais ce qui nous accrochera pour de bon à ses aventures, c’est de le voir lutter… contre ce destin qui s’obstine à lui envoyer des marrons à la figure, contre cet ennemi. Et encore mieux, contre lui-même.

La notion du conflit est à mon avis cruciale pour générer l’empathie. Si le héros ne rencontre pas de difficultés, s’il est toujours en accord avec les autres ou avec ses propres valeurs, c’est un peu facile, non ? On le regardera triompher des difficultés avec un rien d’ennui. On ne s’attachera pas. On ne voudra pas vraiment qu’il gagne à la fin.

Et c’est comme ça qu’on – lectrice, lecteur – parvient à la fin du roman sans même s’en être rendu compte. Parce qu’on veut savoir s’il s’en sort, ce brun à lunette. On veut savoir si cette mère déchirée retrouvera son enfant. Au fond, c’est une envie bien humaine. Vérifier qu’à la fin de l’histoire, tout s’arrange (ou pas).

 

Crédit photo : Annie Spratt sur Unsplash

 

Les Baleines célestes – Élodie Serrano

À l’heure où je publie cet article, le roman dont je vais vous parler n’est pas encore publié… J’ai profité d’une prévente le jour de Noël dernier pour mettre la main sur ce texte en avant-première !

Alerte, une couverture magnifique s’est échappée !

Dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone (ou PIF), j’espérais lire au moins trois livres en trois mois, avec mon quotidien un peu surchargé cette année, mais j’ai déjà dépassé mon quota et suis en passe de le doubler ! Je vais donc publier mes retours de lecture de manière plus rapprochée, pour ne pas transformer ce blog en blog de lecture d’ici au mois de juin 🙂

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Comme je vous le disais, les Baleines célestes ne sortiront vraiment qu’en fin de cette année, en novembre 2018 pour être précise. Pourtant, le roman a déjà sa fiche sur le site de la maison d’édition, Plume blanche. Il semble que la stratégie commerciale de cette maison, ainsi que son planning de parution préparé très en amont, passe par une mise en vente bien longtemps après que le roman soit fin prêt. (Je ne saisis pas trop l’avantage à procéder ainsi, personnellement, si quelqu’un a une idée, je veux bien qu’il·elle la partage en commentaire).

Tout ça pour dire que les Baleines célestes sont parties en fin d’année dernière vers quelques blogueurs chanceux pour bénéficier d’une chronique bien avant leur sortie.

DE QUOI ÇA PARLE ?

Alors que le navire spatial du Capitaine Alexandra Levisky frôle les frontières de l’univers, personne ne s’attend à ce que la maladresse d’un membre de l’équipage libère une des légendaires Baleines célestes.
Seulement, la gigantesque fuyarde se dirige droit vers le cœur historique de la galaxie, au risque de détruire plusieurs mondes sur son passage…

À lire si vous aimez :

  • les cétacés non conventionnels
  • l’humour
  • les personnages féminins qui n’ont pas les deux pieds dans le même sabot

Vous n’y trouverez pas :

  • une SF cherchant à expliquer la façon dont elle contourne les lois de la physique
  • de véritable « méchant »

MON AVIS

J’ai passé un chouette moment de lecture à bord de l’Éloïse, le vaisseau qui emmène Alexia et son équipage à travers la galaxie, à la poursuite de cette coquine de baleine échappée de sa réserve naturelle.

J’ai juste eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire au démarrage, en raison de son ton très humoristique (qui fait penser à du Terry Pratchett) et de son aspect « light SF » (je ne m’attendais pas à ce type d’histoire et j’aime bien habituellement qu’on m’explique comment on contourne la vitesse limitée de la lumière, pour les communications et voyages très longues distances, par exemple).

Une fois ce cap un peu difficile dépassé, je me suis bien amusée. Je recommande à tous ceux qui veulent se vider la tête avec une aventure rythmée et des personnages bien campés.

PRINTEMPS DE L’IMAGINAIRE FRANCOPHONE

Cette lecture me permet de valider un nouvel objectif du PIF :
9. Lire un livre d’une petite maison d’édition

Et j’enchaîne avec une nouvelle lecture : Les Aériens, de Marie-Catherine Daniel !

 

Les Aériens – Marie-Catherine Daniel

Deuxième retour de lecture pour cette semaine, avec un roman jeunesse qui décoiffe !

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Ce joli roman en a fait, du chemin, avant d’arriver dans ma bibliothèque… Publié par les éditions Sarbacane en fin d’année dernière, mon exemplaire faisait partie d’un lot qui est parti loin au sud, retrouver son auteure à l’occasion d’une séance de dédicaces… Séance à laquelle j’avais envoyé ma Maman, pour me ramener mon cadeau de Noël dédicacé.

Car Marie-Catherine Daniel, une de mes auteures préférées, vit encore à la Réunion pour quelques semaines avant de changer radicalement de localisation.

DE QUOI ÇA PARLE ?

Dure rentrée de 5e, pour Alexandre : tous ses amis l’ont abandonné car Romain, son grand frère, est responsable de la mort d’un lycéen dans un accident de moto. Théo et sa bande sont prêts à tout pour faire payer Romain – y compris s’en prendre à Alexandre, qu’ils harcèlent chaque jour. Heureusement, il y a Sarah, la nouvelle au collège. Elle n’aime pas les injustices et aide les deux frères. C’est justement en se réfugiant chez elle, un matin, qu’ils font la connaissance d’un être étrange : Courantd’Air.

Courantd’Air est un Aérien : un nuage de particules, invisible tant qu’il ne se charge pas de poussière. Il explique aux trois amis qu’il s’est fait piéger dans le lave-linge de Sarah alors qu’il fuyait un autre Aérien, le terrifiant Blizzard, qui vient d’arriver dans la région avec sa bande d’envahisseurs.

Leur but ? Détruire la ville !

 À lire si vous aimez :

  • les ados pas clichés et attachants
  • les créatures fantastiques peu courantes
  • les antagonistes avec de bons côtés

Vous n’y trouverez pas : 

  • de bataille dantesque
  • de personnage tout blanc ou tout noir

MON AVIS

Je suis une grande fan de cette auteure, j’ai donc été happée avec grand plaisir dans ce petit roman, et retrouvé sa plume qui sait faire parler vrai à ses personnages. Sarah, Alexandre, Romain, Théo. Et même Courantd’Air, tous ont leur voix, leur personnalité.

Et Marie-Catherine Daniel ne craint pas d’aborder des thématiques difficiles, comme le harcèlement scolaire ou le handicap (invisible), pour mieux amener le (jeune ou moins jeune) lecteur à y réfléchir.

PRINTEMPS DE L’IMAGINAIRE FRANCOPHONE

Cette lecture me permet de valider un nouvel objectif du PIF :

4. Lire un livre en rapport avec le vent ou l’air

Et voilà… La prochaine fiche de lecture portera sur un coup de coeur absolu… Les Loups chantants, d’Aurélie Wellenstein.

 

La date limite

Écrire sans date limite peut conduire à la procrastination… Tant qu’on n’a pas un éditeur qui attend de pied ferme le manuscrit, ou qu’on ne s’est pas engagé d’une manière ou d’une autre, on peut repousser le mot « fin » indéfiniment. Heureusement, des solutions existent pour se motiver. Par exemple, le NaNoWriMo et les 24 heures de la nouvelle.

NANOWRIMO, QUOI QU’EST-CE ?

Cet événement à l’origine créé aux États-Unis, se passe au mois de novembre, son nom complet est : National Novel Writing Month (qu’on peut traduire par « mois national de l’écriture de roman »). Toute personne souhaitant écrire peut se lancer dans ce défi qui, à la base, consiste à écrire 50 000 mots pendant les trente jours de novembre.

Ce rassemblement a pris de l’ampleur, s’exportant un peu partout dans le monde. Désormais, chaque mois de novembre est l’occasion pour ceux qui écrivent de travailler de concert, d’échanger sur des forums autour de leurs avancées, de s’encourager mutuellement à coups de word wars (en gros, une course au nombre de mots écrits en un temps réduit).

Bien sûr, ça ne dispense pas ces auteurs d’écrire le reste de l’année. Disons qu’ils aiment ce mois de novembre à cause de l’atmosphère, du défi, de l’envie d’écrire vite. Tout en admettant que le roman ainsi terminé ne sera pas forcément « bien » écrit, car rédigé dans l’urgence. D’un autre côté, le premier jet aura au moins été terminé, ce qui représente déjà une grande avancée.

Bon ok, mais tout ça, c’est en novembre, pourquoi j’en parle maintenant ? Parce que le mois de novembre ne suffisait pas aux scribouillards ! Le concept s’est étendu et on parle désormais de « Camp NaNo » pour les mois d’avril et de juillet. Oui, oui, avril comme maintenant. Actuellement, de par le monde, des gens s’escriment à pondre leurs 1 667 mots par jour, vérifient leur compteur de mots à chaque séance, se lancent à cœur perdu dans l’écriture.

Certains sont des « NaNo-rebelles », ils écrivent mais pas un premier jet, ou pas un roman, ou plusieurs, ou la moitié. L’important, comme dit la sagesse populaire, c’est de participer.

Ou pas ! J’ai tenté l’expérience deux fois, mais je n’ai jamais réussi à tenir. Tout simplement parce que mon énergie d’écriture n’est pas très flexible, elle s’installe quand elle en a envie et a horreur des périodes imposées. Le bon moment d’écrire est plus important pour moi que le challenge du « un roman en un mois ». Mais pour savoir si le NaNo peut vous convenir, il faut tester, et voir ce que ça donne.

 

24 HEURES, UNE NOUVELLE

Et pour ceux qui n’ont pas un mois pour écrire ? Et pour ceux qui écrivent des nouvelles, pas des romans ?

Justement !

Ce week-end, pour la sixième année consécutive, le défi des 24 heures de la nouvelle revient. Qu’est-ce que c’est que cette autre trouvaille ?

Là encore, des auteurs se lancent un défi : écrire, suivant une contrainte tirée au sort, une nouvelle en 24 heures. Cette année, les 24 heures courent de samedi 7 avril 14 heures à dimanche 8 13h59. Il est encore temps de s’inscrire !

C’est, comme pour le NaNo, l’occasion de se lancer un défi, un peu plus simple, et tout aussi productif. J’ai participé avec grand plaisir à plusieurs éditions, mais depuis l’année dernière, je n’ai pas pu retenter. Cette année, les 24 heures tombent pour moi en plein milieu d’un marathon « salons-famille », donc je n’imagine même pas le tenter… Mais si le concept vous intéresse, pourquoi ne pas vous lancer ?

Bien sûr, on n’est pas obligé de s’inscrire à un NaNo ou aux 24 heures pour terminer un texte, mais je crois que l’aventure mérite de se tenter au moins une fois, ne serait-ce que pour voir si le fonctionnement de ces défis nous parle.

 

Il me semble que la meilleure façon de progresser en écriture, c’est de tester, ne jamais s’enfermer dans une méthode de travail unique. Se lancer dans le NaNo ou les 24 heures, c’est avant tout apprendre à mieux connaître sa propre façon d’écrire. Et qui sait, le texte qui en sortira pourrait bien vous surprendre !

 

Crédit photo : Eduardo Olszewski sur Unsplash

 

Les Abîmes d’Autremer – Danielle Martinigol

Dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone, voici un retour de lecture sur le roman que j’ai lu dévoré ce mois-ci : Les Abîmes d’Autremer, de Danielle Martinigol.

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Cet ouvrage, paru aux Éditions ActuSF sous le label Naos en 2017, reprend en fait l’intégrale d’une trilogie parue à l’origine aux Éditions Mango entre 2001 et 2006, et pour laquelle l’auteure a reçu de nombreux prix (notamment le Grand Prix de l’Imaginaire en 2002).

DE QUOI ÇA PARLE ?

Dans la Confédération des Cent Mondes, Sandiane Ravna, fille d’un grand reporter peu scrupuleux, marche sur les traces de son père à la recherche du scoop à tout prix. Quand elle doit la vie sauve à un Abîme d’Autremer, l’un des mystérieux vaisseaux spatiaux de la planète-océan, elle se met au défi de filmer en action un perl, un pilote d’Abîme. Mais elle se heurte à Mél Maguelonne, futur pilote lui-même et farouche adversaire des médias comme tous les Autremeriens.

Le début d’une folle aventure qui va bouleverser sa vie, comme celle des milliards d’habitants de la Confédération.

À lire si vous aimez :

  • le space-opera
  • l’océan
  • les rencontres du troisième type loin des clichés

Vous n’y trouverez pas :

  • de grandes batailles (sauf un peu dans la troisième partie)
  • des personnages très complexes
  • un style complexe

MON AVIS

Difficile de parler de cette lecture sans en divulgâcher trop…

Cette lecture m’a emportée dans un univers original, cohérent dans sa simplicité, qui laisse rêveur. Si vous savez où se trouve cette planète-océan, j’achète mon billet illico !

C’est une belle découverte, un roman qui se laisse dévorer en quelques jours, facile d’abord pour la jeunesse, mais avec une réflexion sur la relation aux autres et le pouvoir des médias, qui parlera à tous les âges.

Ce roman n’est pas un coup de cœur car il a manqué à mon goût d’un peu de profondeur dans ses personnages, qui restent assez manichéens dans leurs rapports, avec les « méchants » et les « gentils » bien identifiés, encore que la distinction s’atténue dans la dernière partie.

PRINTEMPS DE L’IMAGINAIRE FRANCOPHONE

Je vous expliquais dans cet article que je participais, avec cette lecture (et d’autres) au « PIF ». Le PIF comporte une quinzaine de défis, que cette lecture me permet de valider pour partie :

10. Lire un récit avec une héroïne

12. Lire une suite de série

13. Terminer une série

 

À bientôt pour la lecture suivante (déjà achevée en réalité, j’ai pris de l’avance) : Les Baleines célestes, d’Élodie Serrano.

Clavier ou stylo ?

L’outil de base de tout·e auteur·e : l’objet qui lui permet d’écrire. Clavier ou stylo ? Écran ou cahier ? Tout, vous saurez tout sur… mes manies d’écriture !

A person typing on a MacBook keyboard with a book and a smartphone next to it

J’ai commencé à écrire « à l’ancienne », avec un stylo et un cahier. Normal, j’avais huit ans! À l’époque, je démarrais des tas d’histoires qui s’arrêtaient au bout de quelques pages, faute d’idées pour continuer. Mon grand-père m’a refilé une machine à écrire. J’adorais tapoter pour le vacarme qu’elle produisait, sans pour autant l’utiliser pour mes histoires.

Puis j’ai terminé un roman (bien plus tard). Je l’ai transcrit sur ordinateur. Avec ma frappe de l’époque, je vous laisse imaginer le temps que ça m’a pris (seuls deux doigts sur les dix servaient vraiment alors ^^ ).

Ensuite, le stylo et le clavier se sont souvent partagé le terrain : j’initiais l’histoire sur le papier, la terminais sur l’écran. Il ne s’agissait à chaque fois que de contes ou de nouvelles, des textes courts. Toujours, les romans m’échappaient, leur intrigue trop insaisissable pour être déposée sur un support ou un autre.

Puis j’ai décidé d’écrire « pour de vrai ». M’y mettre sérieusement, pour la première fois de ma vie (27 ans, il n’est jamais trop tard pour bien faire). Je savais que j’avais du mal à tenir sur la durée. Je voulais que mon histoire s’écoule de manière disciplinée. J’ai pris un de ces jolis carnets à spirales qu’on achète parfois à la sortie d’un musée, sans trop savoir pourquoi. Un carnet qui me suivait depuis des lustres, toujours inutilisé. Armée d’un stylo, j’ai écrit. Me suis un peu forcée. Le roman a coulé avec l’encre, jusqu’au mot « fin ».

Grâce à un stylo et un carnet, j’avais enfin surmonté mon bloquage du second acte, dépassé la peur du « et il se passe quoi après ? ». Bien sûr, j’ai ensuite retapé tout ça, opérant au passage une première phase de corrections.

Enhardie par ce succès, j’ai appliqué la même méthode au roman suivant. Mais pas à celui d’après! Le clavier, avec ses facilités, prenait la place du stylo, petit à petit. Ma pensée allait trop vite, il me fallait deux mains plutôt qu’une pour noter tous ces mots qui s’en échappaient à la volée.

Trois romans et demi plus tard…

À force de progresser, de me documenter, l’écriture est devenu une méthode, une procédure. J’ai des logiciels dans tous les sens, l’impression que ma route d’auteure est complètement balisée.

Le dernier roman de ma saga patine, pour mille et une raisons. Je regarde avec envie mon stylo et ma réserve de cahier…

Dans un tout autre pan de ma vie, je suis inscrite à un concours et dois passer un écrit en juin. Quatre heures à travailler à l’ancienne, papier et stylo pour seuls outils. Je dois remuscler ma main, réhabituer mon cerveau à travailler de cette manière : le papier n’offre pas de seconde chance, d’espace de correction, il faut ordonner son propos avant de le laisser sortir de ses mains.

Et si je m’entraînais avec ce roman noyé dans la semoule? Ni une ni deux. Je m’achète un grand cahier (oui, parce que vous comprenez, les pages A5 c’est pas pratique, et puis là j’ai de la place pour écrire, c’est plus confortable pour le poignet… ok, j’avais juste le nez accroché au rayon papeterie, même pas honte).

Le roman balisé, à l’avenir tout tracé, ennuyeux quoi, s’envole dans une grande bouffée d’air frais tout droit venue du large. Line, Léonie, Maël et Owen me regardent d’un air satisfait :

— Ben tu vois, c’était pas si compliqué !

Mon poignet s’aguerrit, ma bosse de l’écrivain, celle qui avait disparu après la fin de mes études (vous savez, ce cal qu’on attrape au majeur à force d’y poser le stylo), ma bosse de l’écrivain renaît.

Je vous laisse, mon cahier adoré m’attend…

 

Crédit photo : Juliette Leufke sur Unsplash

 

Ma part du gâteau

En écho à la polémique des dernières semaines sur Livre Paris, un petit retour sur la façon dont est réparti le prix de chaque livre que vous achetez, et comment les auteur·e·s en (sur)vivent.

Cette semaine, une personne m’a demandé, avec candeur :

— Mais au fait, combien tu gagnes en tant qu’auteur ?

1 euro 50 par livre (prix de vente 15 euros). Et encore, en tant qu’auteure jeunesse, j’ai un éditeur qui m’a accordé des droits d’auteur importants par rapport à ce qui se pratique dans le milieu, ça peut descendre à 70 centimes.

Grands yeux effarés de mon interlocutrice.

Eh oui, si on veut gagner sa vie en écrivant, être auteur·e de fiction, jeunesse qui plus est, dans les littératures de l’imaginaire (moins diffusées et donc moins vendues que la littérature générale), c’est compliqué.

J’ai trouvé sur un site du ministère de la Culture une infographie qui donne une bonne idée de la répartition du prix d’un livre entre les différents acteurs de la chaîne :

Prix d'un livre

EDIT : mon éditeur me fait remarquer que le graphique ne précise pas la part de cotisations sociales (eh oui, l’auteur aussi paie ses impôts), la TVA n’est pas non plus indiquée ; par ailleurs, la répartition sur les postes après travail éditorial (fabrication, diffusion, etc.) est probablement basée sur les chiffres des (très) grandes maisons d’édition… le gâteau est partagé un peu différemment pour les petites maisons, mais le principe reste le même ! (et comme quoi, même une source sérieuse comme un ministère n’est pas exempte d’erreurs)

C’est terrible, hein ? L’auteur·e, qui est à la base de toute la chaîne du livre, sans qui il n’existerait juste pas, est aussi le·la moins rémunéré·e. Encore une fois, les droits d’auteur·e annoncés sur cette infographie sont une moyenne, certain·e·s touchent plus (comme moi, à 10% sur le premier tirage, 12 % sur le second – les auteurs de best-seller gagnent plus, s’ils savent tirer leur épingle du jeu), d’autres moins.

Les auteur·e·s jeunesse, notamment, peuvent être rémunérés beaucoup moins (ça descend jusqu’à 4%), en raison d’une tradition qui voulait qu’on répartisse les frais entre auteur et illustrateur. Ce qui paraît logique, à défaut d’être normal… sauf quand il n’y a plus d’illustrateur à rémunérer pour la bonne raison qu’il s’agit d’un roman non illustré (hors illustration de couverture : dans ce cas précis, l’éditeur rémunère généralement l’illustrateur sous forme de forfait).

Mais alors comment un·e auteur·e peut-il·elle vivre de sa plume ?

Soit il·elle vend beaucoup (beaucoup (beaucoup)) de livres chaque année. Je ne vais pas vous mentir, à moins d’être publié chez un des grands éditeurs français, ça ne peut matériellement pas arriver : il faut être distribué un peu partout, avoir accès aux têtes de gondoles, ou aux grands prix littéraires, sans parler d’un succès public.

Les auteurs qui ne font pas des best-sellers tout en ayant des succès honnêtes ne vivent pas uniquement de leur plume, ils survivent en multipliant les activités annexes : interventions en milieu scolaire pour les auteurs jeunesse, ateliers d’écriture, conférences, etc.

Heureusement que cette possibilité existe. Sauf qu’il s’agit d’un travail à part entière, qui nécessite une préparation en amont, sans parler de la prestation en elle-même. Du temps pendant lequel l’auteur·e… n’écrit pas (ou ne corrige pas, ou n’assure pas la promotion du livre publié).

Tout travail mérite salaire, pas vrai ? Ce postulat n’est pas évident pour tout le monde, cf. la polémique sur Livre Paris. Fort heureusement, les auteur·e·s ont compris que l’union fait la force. Plusieurs organisations défendant les auteur·e·s, dont le mouvement #Payetonauteur et surtout, l’association de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, dont c’est un combat depuis plusieurs années, ont obtenu gain de cause, à savoir, tout simplement, que les auteur·e·s intervenant pour l’animation de Livre Paris soient rémunéré·e·s pour ce travail, au même titre que les équipes de logistique ou… les plantes vertes.

Chapeau à tou·te·s ceux·elles qui se sont mobilisé·e·s pour rendre cela possible et surtout, visible. Et, je l’espère, ce n’est qu’un début !

Pour plus d’informations sur ce combat et sur le problème de la rémunération des auteurs, je vous invite à consulter les liens suivants :

  • L’article d’Actualitté sur le dénouement de cette semaine (de nombreux articles un peu plus anciens sur le sujet, toujours très instructifs)
  • Le mot de Samantha Bailly, auteure jeunesse et présidente de la Charte, une association dont je vous reparlerai un peu plus tard (soit dit en passant, cette jeune femme fait un boulot de dingue pour améliorer les conditions des auteurs, je l’admire beaucoup)
  • Une interview de Françoise Nyssen, ministre de la Culture, sur le sujet
  • Le communiqué de la SNAC BD (groupement des auteurs de BD) suite au dénouement

 

Illustration : Sandrine Bonini

Infographie : Site du Ministère de la Culture