Le Salon du livre de Verrières-le-Buisson

Une fois n’est pas coutume, je vais vous faire un compte-rendu du salon du livre auquel j’ai participé dimanche dernier, et dont c’était la première édition : le salon du livre jeunesse de Verrières-le-Buisson (91). L’occasion de vous parler des ingrédients qu’il faut réunir pour faire d’un salon une réussite.

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Premier ingrédient du succès : une belle affiche

L’ÉQUIPE ORGANISATRICE DERRIÈRE LE SALON

Cet événement est organisé pour la première fois, par l’association V2I (Verrières Informations Initiatives), qui gère de nombreux événements sur la ville, notamment une rencontre des saveurs en juin et le marché de Noël.

Voilà déjà un premier bon signe pour ce salon : l’existence d’une expérience de l’organisation d’événements, ainsi qu’un public connaissant la qualité de ces événements et donc déjà fidélisé.

LA COMMUNICATION AVANT LE SALON

La communication de V2I autour de ce salon du livre est celle qui se monte habituellement autour de ce genre d’événement : publication dans le journal de la commune, sur les réseaux sociaux…

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De jolis graphismes qui déclinent l’affiche et habillent le salon (panonceaux, badges…)

Mais cette communication a fait mouche, au vu du nombre de visiteurs. Je pense que c’est justement par la présence d’un public qui apprécie les événements organisés par V2I.

LES LIEUX

Le salon se déroulait sur deux jours, mais j’avais déjà un engagement le samedi et n’ai pu me rendre à Verrières que le dimanche.

Arrivée avec armes et bagages (comprendre : cartons de livres, illustrations, stickers et cartes de visite), je m’installe dans une salle presque déserte, et peux faire un premier tour d’horizon.

L’image contient peut-être : une personne ou plus et personnes assises
Livres, espace et lumière, tout invite à la lecture

Grande, lumineuse, les tables de dédicace en forment le point central, tandis que des coins et recoins sont aménagés le long des murs pour accueillir diverses animations.

La buvette est bien en vue, on m’invite d’ailleurs à y aller à volonté (miam !). Bien sûr, je n’en ai pas abusé, question de civilité (les gourmandises maison servent aussi à alimenter les caisses de V2I) et de ligne…^^ Mais je me suis laissée tenter par un délicieux cupcake au Kinder Bueno, un dessert mangé après l’atelier d’écriture que j’ai animé l’après-midi.

DES ANIMATIONS POUR PONCTUER LA JOURNÉE

Pour attirer les visiteurs, V2I a trouvé le bon dosage entre auteur·e·s en dédicace et animations diverses et variées, pour occuper les jeunes et les moins jeunes :

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Demandez le programme !

Toutes ces animations, éparpillées sur les contours de la salle, se sont déroulées en bonne intelligence : le coin jeux respectait les petits lecteurs confortablement assis sur leurs coussins (juste devant moi, une terrible tentation pour une dévoreuse de livres…) ; l’éveil musical gardait un niveau sonore acceptable et rythmait les discussions avec les visiteurs (sans parler de mettre l’ambiance… j’avoue, je me suis déhanchée sur le Rock’n Roll des gallinacés, même pas honte !).

UN DÉLICIEUX REPAS À MIDI, AVEC DE DÉLICIEUX CONVIVES

Je crois que ça ne vous a pas échappé, j’aime bien manger ^^ Et le bon repas se définit pour moi par de bons plats dégustés dans un moment de convivialité. La photo ci-après ne laisse pas de doute sur ces deux points…

L’image contient peut-être : 6 personnes, personnes souriantes, personnes assises, table, nourriture et plein air
Miam !

Mention spéciale à mes deux voisines de dédicace, deux auteures que je découvre et que j’espère bien croiser sur d’autres salons : Sophie Noël et Aurélie Rodriguez, dont je dévore actuellement les romans ^^ (oui, j’ai enfreint ma règle d’or et acheté plein de livres sur ce salon).

RENCONTRES EN ATELIER

Comme l’indique le programme ci-dessus, j’ai eu la joie d’animer un atelier d’écriture sur le thème « Rencontres », à destination des adolescents. Huit d’entre eux ont donc passé deux heures avec moi, et nous avons chacun travaillé à l’écriture d’une histoire sur ce thème.

Je me suis régalée ! Partager cette passion de l’écriture, les voir réfléchir à la bonne façon de mettre en mots une histoire et des images, découvrir techniques et astuces… J’espère que les petites graines ainsi semées germeront !

Quelques-uns d’entre eux ont accepté que soit publié un passage de leur écrit, voici donc un florilège pour clôturer ce long article :

Ce qu’il vit le choqua : tout le bas de l’avion était infecté de moisissures vertes et d’une poussière écoeurante. (Éloi)

Tout est noir. Nous sommes deux anges, deux anges tombés en enfer. (Arthur)

Je ferai tout pour détruire Koda et le berceau de Nemesis. (Heaven)

À cet instant, une violente envie de vomir me submerge. De profondes entailles marquent sa chair. (Éléa)

Le long silence qui suivit fut soudain troublé par un froissement d’ailes, et une corneille prit son envol dans le ciel grisâtre. (Hélène)

Cela fait deux ans que je sors avec Chloé. Elle est super craquante avec ses longs cheveux blonds et ses yeux vert noisette. (Maëlle)

Bref, vous l’aurez compris, j’ai passé une excellente journée au sein de ce salon. Mon seul regret est de ne pas avoir pris une photo de l’équipe organisatrice, trublions de la bonne humeur, femmes et hommes de l’ombre, qui travaillent en coulisse, s’épaulent, et terminent la journée comme ils·elles l’ont commencée : avec un grand sourire et un mot gentil pour chacun.

(ça se voit que j’ai envie d’emménager à Verrières-le-Buisson ?)

Encore un grand merci à vous, Emmanuelle, Bénédicte, Jacques, Michel, Jackie, Nadine, Morgane, je suis partante pour les prochaines éditions, comme vous devez vous en douter !

 

Crédit images : V2I

 

 

Ma part du gâteau

En écho à la polémique des dernières semaines sur Livre Paris, un petit retour sur la façon dont est réparti le prix de chaque livre que vous achetez, et comment les auteur·e·s en (sur)vivent.

Cette semaine, une personne m’a demandé, avec candeur :

— Mais au fait, combien tu gagnes en tant qu’auteur ?

1 euro 50 par livre (prix de vente 15 euros). Et encore, en tant qu’auteure jeunesse, j’ai un éditeur qui m’a accordé des droits d’auteur importants par rapport à ce qui se pratique dans le milieu, ça peut descendre à 70 centimes.

Grands yeux effarés de mon interlocutrice.

Eh oui, si on veut gagner sa vie en écrivant, être auteur·e de fiction, jeunesse qui plus est, dans les littératures de l’imaginaire (moins diffusées et donc moins vendues que la littérature générale), c’est compliqué.

J’ai trouvé sur un site du ministère de la Culture une infographie qui donne une bonne idée de la répartition du prix d’un livre entre les différents acteurs de la chaîne :

Prix d'un livre

EDIT : mon éditeur me fait remarquer que le graphique ne précise pas la part de cotisations sociales (eh oui, l’auteur aussi paie ses impôts), la TVA n’est pas non plus indiquée ; par ailleurs, la répartition sur les postes après travail éditorial (fabrication, diffusion, etc.) est probablement basée sur les chiffres des (très) grandes maisons d’édition… le gâteau est partagé un peu différemment pour les petites maisons, mais le principe reste le même ! (et comme quoi, même une source sérieuse comme un ministère n’est pas exempte d’erreurs)

C’est terrible, hein ? L’auteur·e, qui est à la base de toute la chaîne du livre, sans qui il n’existerait juste pas, est aussi le·la moins rémunéré·e. Encore une fois, les droits d’auteur·e annoncés sur cette infographie sont une moyenne, certain·e·s touchent plus (comme moi, à 10% sur le premier tirage, 12 % sur le second – les auteurs de best-seller gagnent plus, s’ils savent tirer leur épingle du jeu), d’autres moins.

Les auteur·e·s jeunesse, notamment, peuvent être rémunérés beaucoup moins (ça descend jusqu’à 4%), en raison d’une tradition qui voulait qu’on répartisse les frais entre auteur et illustrateur. Ce qui paraît logique, à défaut d’être normal… sauf quand il n’y a plus d’illustrateur à rémunérer pour la bonne raison qu’il s’agit d’un roman non illustré (hors illustration de couverture : dans ce cas précis, l’éditeur rémunère généralement l’illustrateur sous forme de forfait).

Mais alors comment un·e auteur·e peut-il·elle vivre de sa plume ?

Soit il·elle vend beaucoup (beaucoup (beaucoup)) de livres chaque année. Je ne vais pas vous mentir, à moins d’être publié chez un des grands éditeurs français, ça ne peut matériellement pas arriver : il faut être distribué un peu partout, avoir accès aux têtes de gondoles, ou aux grands prix littéraires, sans parler d’un succès public.

Les auteurs qui ne font pas des best-sellers tout en ayant des succès honnêtes ne vivent pas uniquement de leur plume, ils survivent en multipliant les activités annexes : interventions en milieu scolaire pour les auteurs jeunesse, ateliers d’écriture, conférences, etc.

Heureusement que cette possibilité existe. Sauf qu’il s’agit d’un travail à part entière, qui nécessite une préparation en amont, sans parler de la prestation en elle-même. Du temps pendant lequel l’auteur·e… n’écrit pas (ou ne corrige pas, ou n’assure pas la promotion du livre publié).

Tout travail mérite salaire, pas vrai ? Ce postulat n’est pas évident pour tout le monde, cf. la polémique sur Livre Paris. Fort heureusement, les auteur·e·s ont compris que l’union fait la force. Plusieurs organisations défendant les auteur·e·s, dont le mouvement #Payetonauteur et surtout, l’association de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, dont c’est un combat depuis plusieurs années, ont obtenu gain de cause, à savoir, tout simplement, que les auteur·e·s intervenant pour l’animation de Livre Paris soient rémunéré·e·s pour ce travail, au même titre que les équipes de logistique ou… les plantes vertes.

Chapeau à tou·te·s ceux·elles qui se sont mobilisé·e·s pour rendre cela possible et surtout, visible. Et, je l’espère, ce n’est qu’un début !

Pour plus d’informations sur ce combat et sur le problème de la rémunération des auteurs, je vous invite à consulter les liens suivants :

  • L’article d’Actualitté sur le dénouement de cette semaine (de nombreux articles un peu plus anciens sur le sujet, toujours très instructifs)
  • Le mot de Samantha Bailly, auteure jeunesse et présidente de la Charte, une association dont je vous reparlerai un peu plus tard (soit dit en passant, cette jeune femme fait un boulot de dingue pour améliorer les conditions des auteurs, je l’admire beaucoup)
  • Une interview de Françoise Nyssen, ministre de la Culture, sur le sujet
  • Le communiqué de la SNAC BD (groupement des auteurs de BD) suite au dénouement

 

Illustration : Sandrine Bonini

Infographie : Site du Ministère de la Culture

 

Non, je n’ai pas de retourneur de temps (et j’en veux bien un) !

Cette semaine, quelqu’un dans mon entourage m’a dit la phrase que nombre d’auteurs entendent un jour ou l’autre (ou plusieurs) : comment tu arrives à faire tout ça ? La réponse est simple : non, je n’arrive pas à faire « tout » ça !

 

 

En réalité, ma routine est basée sur une mécanique huilée, certains choix, des coups de chance et aussi un gros travail sur moi-même pour ne pas me mettre la pression.

En effet, je jongle tout le temps. Entre le travail-qui-me-paye-les-factures, qui prend quand même du temps et des neurones (surtout cette année, avec un concours à préparer) ; le foyer, soit un bout de chou, un mari qui ont besoin de moi (et j’ai aussi besoin d’eux), un appartement pas bien grand mais suffisamment pour nécessiter un certain entretien, des choix de vie (cuisiner (presque) tout ce que nous mangeons, grands comme petit, s’approvisionner en essayant de ne pas uniquement faire appel à la grande distribution…), un besoin de contacts (les amis et la famille dans la vie réelle, les réseaux sociaux)…

Alors comment je fais pour gérer tout ça sans oublier personne sur le bord de la route? J’organise. Je trie les trucs à faire. Je cherche toujours des gains de productivité et/ou de temps. J’essaie de déléguer (le plus dur, sans aucun doute).

Et depuis que j’ai un enfant, je ne me mets pas la pression si j’échoue et je me garde des plages horaires pour souffler. Parce que je porte pas mal de choses sur mes petites épaules, en dehors de mon rêve de vivre de ma plume, et que ça ne va pas du tout le faire si je m’effondre sous le nombre de tâches à effectuer.

Un jour, mon fromager m’a dit (on a les références qu’on peut) : « vous avez une petite mine. Vous êtes comme ma femme, vous essayez de faire tenir deux litres dans un litre« .
Deux enseignements à tirer de cette remarque très éclairante :
1) c’est vrai qu’il faut accepter qu’on n’a que 24 heures dans une journée, dont une part non négligeable est dédiée à des tâches incompressibles (repos, hygiène, alimentation, par exemple) ; une fois qu’on l’a compris, on gère mieux son temps !
2) pourquoi ce sont (presque) toujours les femmes qui veulent faire tenir deux litres dans un litre ? Les hommes n’ont-ils pas besoin de lutter contre ce penchant ? Là, on aborde un autre point, celui de la charge mentale.

La charge mentale, on en parle beaucoup ces temps-ci (je vous conseille vivement cette excellente BD si vous ne l’avez pas encore lue). Depuis que j’ai découvert le concept, que j’ai pris conscience de ce truc qui est suspendu sur ma tête en permanence, je travaille beaucoup à faire changer les choses dans mon quotidien, pour ne plus être la seule destinataire… Mais c’est un travail sur soi, sur les autres, qui prend du temps.

Je digresse ! Ce que j’essaie de dire, avec cet article, c’est que oui, je fais plein de trucs. Mais c’est sans doute aussi au prix d’autres choses, que vous faites de votre côté (regarder la télé ? buller ? voire passer deux heures dans les transports chaque jour, ce dont j’espère bien me passer encore longtemps).

En fait, pour arriver à faire ce qu’on aime, écrire par exemple, il faut se poser et décider de la manière dont on va organiser le quotidien pour que ça soit possible. Et pas l’inverse.

C’est en définissant ses priorités qu’on peut espérer donner toute la place qu’il faut à certains pans de notre vie. Parce que si on ne le fait pas, la montagne de linge, la vaisselle, ou même la nouvelle série dont tout le monde parle prendront cette place, sans vous demander votre avis, et parfois sans même que vous vous en rendiez compte.

Je vous laisse, j’ai des courses à faire ^^

 

Crédit photo : Bryce Barker sur Unsplash

 

Six choses que l’écriture a changé dans mon quotidien

L’écriture, ça vous change la vie… et pas que par la place qu’elle occupe dans un emploi du temps ! Florilège de choses que je ne faisais pas avant d’écrire, mais qui sont devenues mon quotidien…

1) Je me lève plus tôt

C’est la seule méthode qui marche pour moi, pour écrire dans la durée. Attendre la fin de la soirée, quand les tâches ménagères sont terminées, que le travail de la journée est loin derrière moi… Non, désolée, je n’ai plus de temps de cerveau disponible, je veux me prélasser dans mon canapé, regarder une série ou un film, me plonger dans un bouquin ou faire des chatouilles à Petitchat ou Grandchat, s’il y en a encore un réveillé.

2) Je regarde le nom des maisons d’édition sur les livres

Ça ne m’arrivait jamais, avant. Et même, je ne connaissais pas toujours le nom de l’auteur, quand je cherchais un livre pour une raison ou pour une autre. Alors que maintenant, TOUJOURS. Je crois qu’on appelle ça de la déformation professionnelle 😉

3) J’ai enfin un prétexte pour accumuler la papeterie

Ceci n’est PAS un message subliminal en rapport avec cette période de l’année. Je ne suis PAS DU TOUT friande de carnets, de toutes les tailles, de toutes les formes, de stylos de couleurs improbables, de crayons à la mine toute soyeuse. D’ailleurs, je n’ai rien de tout ça à la maison. Et JAMAIS ça ne m’arrive de scruter le rayon des cahiers pendant mes courses, en pensant à mon nouveau projet sur le point d’éclore.

4) On me prend pour La référence en langue française

« Dis, c’est quoi la définition d’une prétérition ? »

« Compte-rendu au pluriel, tu l’écris comment ? »

5) J’ai une pile à lire toujours plus monumentale

La pile à lire ou PAL, ça dit bien ce que ça veut dire, je crois. C’est un terme de plus en plus en vogue chez les rats de bibliothèque.

Depuis que j’écris, je me documente. Donc je lis beaucoup plus de « non-fiction ». Et je connais de plus en plus d’auteurs, certains sont des amis. Et en plus, je cherche à mieux connaître les différents éditeurs des genres dans lesquels j’écris. Ce qui fait que j’ai actuellement dans ma PAL vingt-et-uns livres, sans compter la liste de ce que j’aimerais emprunter à la bibliothèque ou m’acheter quand ce n’y est pas.

De temps en temps, j’ai l’occasion de faire baisser le niveau, les vacances qui approchent vont m’aider (youpiiiii).

6) Je choisirai bien plus de prénoms que vous (sauf si vous êtes auteur aussi)

À la louche, je dirais que j’ai dû nommer plus d’une vingtaine de personnages dans L’oeil de Tolmuk. Chaque nouveau texte, roman ou nouvelle, est l’occasion d’en rajouter, je ne dois pas être loin de la centaine au total (en comptant les écrits non publiés à ce jour).

À la semaine prochaine pour le dernier article de l’année.

 

Crédit photo : Brandi Redd sur Unsplash

La bêta-lecture, un catalyseur

Où je vous parle de ma rencontre avec un forum, une communauté d’auteur·e·s, la bêta-lecture et leur impact sur mon écriture…

Si vous lisez ce blog régulièrement, je pense que vous avez compris que les textes que j’écris ne « sortent » pas tous beaux, tous lisibles, du premier coup. Qu’il me faut plusieurs étapes d’écriture, correction, réécriture, pour tendre vers l’idée que je me faisais de l’histoire (« tendre », parce que je n’atteins jamais la perfection).

Quand j’ai repris l’écriture en 2011, j’ai commencé par travailler dans mon coin. C’était parfois difficile, parce que je passais (comme tout·e auteur·e je crois) par des phases de découragement, qui succédaient à des phases de « je suis géniale » (sauf que non). Chaque étape d’amélioration d’un manuscrit me permettait de progresser, mais c’étaient des progrès de fourmi. De plus, je n’avais pas forcément conscience des mécanismes que je manipulais, de l’horlogerie que je réglais.

En 2013, tout a changé. J’ai découvert un forum de bêta-lecture. Moi qui ne m’étais jamais approchée de ce type de plateforme, je me suis inscrite et, en quelques mois, immergée entièrement dans une communauté. Une communauté d’auteur·e·s.

Je savais bien, avant cette inscription, que nous étions nombreux à peiner sur nos écrits, à chercher à progresser sans passer par un (très) coûteux atelier d’écriture, ou par une correction professionnelle.

Mais quelle surprise quand j’ai vu que non seulement, des personnes pouvaient se « corriger » mutuellement de manière bénévole (et efficace), mais qu’en plus, on pouvait s’encourager pendant les différentes phases de travail, partager trucs et astuces, se conseiller des livres techniques, etc.

Sans parler de nouer des amitiés avec des gens qui partagent votre délire, car après tout, qui d’autre qu’un auteur pour se poser des questions du type : « S’il y avait eu de la vie intelligente sur Mars il y a trois milliards d’années et qu’elle avait voulu émigrer sur une autre planète, est-ce qu’elle aurait préféré la Terre ou Vénus ? Quelles étaient les conditions de vie à l’époque  ? » (si si, je me pose ce genre de question en ce moment).

Ils sont nombreux, ces forums où les auteurs en devenir s’entraident. Celui où je vais régulièrement prendre ma dose de motivation s’appelle CoCyclics et est spécialisé dans les littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantastique, fantasy). La bienveillance y est de rigueur (ce qui devrait aller sans dire partout sur Internet et en dehors, mais…).

Il comporte de multiples espaces de travail pour :

  • s’entraider pendant l’écriture, en maintenant la motivation grâce à des doses élevées de chocolat virtuel :chocolat:
  • corriger son texte grâce à des bêta-lectures, avec des sous-forums spécifiques : nouvelles, extraits de romans, synopsis, romans entiers
  • échanger sur nos aventures dans l’océan des envois éditoriaux

Les sections sont d’un accès plus ou moins restreint, en fonction de la sensibilité du sujet (n’importe qui ne peut pas par exemple accéder aux romans complets), mais aussi de l’intégration du membre dans la communauté. Car une relation de confiance est nécessaire, que dis-je, indispensable pour échanger sur son texte, objet intime et pourtant voué à être partagé, lu par d’autres (en tout cas, si on recherche la publication).

Two people in elegant shirts brainstorming over a sheet of paper near two laptops

D’accord, mais c’est quoi la bêta-lecture ? Simplement, une lecture critique et argumentée d’un texte. Il ne s’agit pas de corriger les fautes d’orthographe : on peut signaler les coquilles au passage, mais ce type de correction reste le boulot de l’auteur·e. À elle·lui de faire en sorte que son roman ou sa nouvelle soit propre. La bêta-lecture (BL pour les intimes) n’est pas non plus un simple relevé de « j’aime/j’aime pas ». C’est déjà un pas de plus dans la méthode, mais il ne sera guère utile à l’auteur·e s’il n’est pas complété par un décortiquage des sensations de lecture.

En d’autres termes, un bon bêta-lecteur saura signaler que tel passage l’a ennuyé et pourquoi. Ou qu’il a été complètement emporté par tel chapitre, parce que le rythme est intense, soutenu, les personnages émouvants (quand on a ce genre de retour, on sent qu’on touche au but 🙂 ).

Il ne s’agit pas de dire à un·e auteur·e, de manière objective et impartiale, ce que « vaut » son texte (c’est impossible), mais simplement de lui livrer son ressenti. Ce qui est super avec cette méthode, c’est que plus on bêta-lit les autres ou se fait bêta-lire, plus on prend conscience de la mécanique des textes. De ce qui fonctionne ou pas. Des raisons qui se cachent derrière certains choix d’écriture, comme quand on fait souffrir un personnage pour amener de la tension narrative et le pousser à se dépasser.

Et c’est un formidable catalyseur de progrès. Peut-être aurais-je réussi, à force de travail, à hisser mes textes à leur niveau actuel sans CoCy, mais je pense que ça m’aurait pris un temps… infini. Attention, je ne me prends pas pour une grande auteure, mais force m’est de constater que quelques années-lumières séparent mes écrits (nouvelles comme romans) d’avant 2013 et d’après.

A large number of books covering the walls of a room with an old double door

Actuellement, je travaille sur un roman qui a subi une bêta-lecture complète. Ou plutôt, qui est passé par une première phase (appelée « alpha-lecture »). Celle-ci a permis de déceler les problèmes structurels et les principaux défauts de forme de ce roman. Grâce à cette « alpha » (et merci au passage à mes « alphettes » pour leur travail de titan <3), j’ai pu identifier des problèmes récurrents dans mes écrits (le manque de tension, mais aussi quelques autres) et surtout la façon dont se matérialisaient ces problèmes. Après une longue phase de digestion de cette information, j’ai repris l’écriture en m’efforçant de corriger les principaux défauts de ce roman.

La réécriture est presque terminée et il sera bientôt temps pour le bestiau de repasser par les mains de bêta-lectrices·teurs pour une nouvelle lecture critique, qui doit cette fois s’attacher à des problèmes plus locaux (si les nouvelles fondations de l’histoire sont assez solides). Je reprendrais ensuite le roman pour une ultime correction, avec plus de recul puisque plusieurs mois se seront écoulés, mais surtout avec l’accélérateur qu’est la bêta-lecture pour m’accompagner dans l’amélioration, le polissage de mon histoire.

À bientôt pour un nouvel article…

 

Crédits photos : Patrick TomassoHelloquence et Eugenio Mazzone sur Unsplash

Autour du livre 4 – le salon du livre

Ce mois-ci, je voudrais vous parler de tout ce qui se passe avant que vous ne teniez un roman entre vos mains. Nous allons faire un tour de la chaîne du livre. Ou plutôt, d’une chaîne du livre, car il existe plusieurs circuits. 

Pour terminer cette série d’articles et boucler la chaîne, je passe la parole à Marie-Hélène Landragin, qui organise le salon du livre de Somain (59), ou plutôt « les » salons, un salon du livre « tous publics » le week-end, et un salon « petite enfance le mercredi qui précède. Tout cela, la première semaine de décembre (la semaine prochaine, donc, si vous suivez bien !).

SALON 2016

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Combien de personnes compte l’équipe organisatrice ?

La structure porteuse est la municipalité (et son CCAS pour le salon petite enfance).

Concernant l’organisation générale du salon du weekend (contacts avec les auteurs et les maisons d’édition, élaboration de la communication, mise en place du concours de nouvelles, du comité de lecture, commande des repas, de l’hôtel, contacts avec les écoles, confection du recueil de nouvelles….), c’est du ressort de Marie-Hélène LANDRAGIN (moi-même ☺), qui travaille au sein du service événementiel.

Pour l’installation de la salle, ce sont trois personnes du Centre Technique Municipal et moi-même.

Le « grand jour », j’ai, en renfort, avec moi, la dame de service de la salle, une collègue de la mairie et la bibliothécaire.

Pour l’organisation du salon petite enfance, viennent s’ajouter les structures du CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) de la Ville : Crèche municipale, Ludothèque municipale et Centre Socioculturel municipal.

Comment est financé le salon ?

C’est la municipalité qui finance intégralement le salon. De 2011 à 2015, nous avions reçu une petite subvention du Conseil Départemental, mais plus depuis.

Pour information, les auteurs ne paient pas d’emplacement sur le salon. De plus, nous offrons repas du midi et hôtel. Et l’entrée est gratuite pour le public.

Qu’est-ce qu’il y a au programme de ce salon ?

Il y a d’abord un concours de nouvelles fantastiques lancé en début d’année. Les candidats doivent écrire une nouvelle à partir d’une photo et nous l’envoyer avant le 15 septembre. Il y a trois catégories d’âge (10-14 ans, 15-17 ans et adulte). Les résultats sont ensuite annoncés lors de l’inauguration du salon du livre. Les trois premiers de chaque catégorie reçoivent un cadeau offert par la municipalité et leur nouvelle est publiée dans un recueil écrit et édité par le service événementiel de la Mairie.

Lorsqu’un auteur s’inscrit au salon, il peut concourir aux prix littéraires de la ville en envoyant un de ses livres. Un comité se réunit une première fois en juin pour découvrir les livres, puis entame leurs lectures juste après. Enfin, ils se réunissent une seconde fois début novembre pour élire les premiers prix en catégories enfance, jeunesse et adulte, ainsi que le coup de cœur Fantastique du jury.

Dans le cadre du salon, nous demandons également aux auteurs s’ils veulent bien intervenir gracieusement dans les écoles de la ville. En général, une vingtaine d’entre eux s’inscrivent dans la démarche. Sont alors concernés les quatre écoles primaires de la ville, les deux collèges et le lycée publics. Les interventions en milieu scolaire se font en général dans la semaine qui précède le salon.

D’autres animations ont lieu pendant le salon petite enfance. Elles sont mises en place par nos structures partenaires (Crèche municipale, Ludothèque municipale et Centre Socioculturel municipal et Amicale Laïque des Ecoles Publiques de Somain). Au programme : lectures de contes, de kamashibaï, activités manuelles autour du livre, jeux d’éveil… et souvent la présence d’un(e) conteur(se) professionnel(le). Pendant le « grand » salon, chaque personne qui achète un livre se voit remettre un ticket de tombola. Et pendant les 2 jours, nous tirons au sort plusieurs tickets et les participants gagnent un livre. Le samedi, les auteurs et les organisateurs se costument pour le plaisir des plus petits et des plus grands

SALON 2016 - les organisateurs

Une partie de l’équipe organisatrice avec au centre à droite, Marie-Hélène
(tiens, on doit être samedi ^^ )

Quels sont les partenaires du salon ?

La librairie somainoise « La P’tite Récré » est présente pendant tout le salon.

La bibliothèque Jules Mousseron qui se situe sur le territoire de Somain appartient, pour le moment au Comité d’Etablissement SNCF. Elle est en-cours de rachat par la Municipalité. Depuis le début du salon, la bibliothécaire est présente pendant le salon du weekend. Après le rachat, nous envisageons de développer le salon avec des activités au sein de la bibliothèque.

Plusieurs maisons d’éditions s’inscrivent régulièrement au salon et sont des habituées de l’événement. Chaque année, nous en inscrivons des nouvelles.

Tous les écoles, collèges et lycée publics de la ville sont partenaires de l’événement. Chaque année, l’école primaire Barbusse de Somain présente même un stand le samedi.

Tu dois mener ton année tambour battant pour que tout soit prêt à temps le jour J ! Tu peux nous donner une idée de ton calendrier ?

De février à mai : inscriptions des auteurs et des maisons d’édition

En juin : choix des auteurs par le comité ; élaboration de la communication

Fin juin : première réunion du comité de lecture

Juillet/août : élaboration du catalogue papier puis impression ; inscriptions des auteurs et de leurs biographie et bibliographie sur le site internet du salon

Début septembre : lancement de la communication (envois d’affiches, de flyers, pages Facebook de la ville, annonce sur le site internet de la ville, annonce dans le journal communal « La Vie Somainoise »

Septembre à décembre : préparation technique du salon (plan, réservations hôtels, repas,…) ; relations à établir entre les auteurs et les établissements scolaires

Fin octobre : réunions avec le jury pour le concours de nouvelles, puis avec le comité de lecture pour les prix littéraires.

Début novembre : frappe, mise en page et impression du recueil de nouvelles ; choix et commande des cadeaux aux auteurs primés et aux lauréats du concours de nouvelles ; élaboration de diplômes pour les gagnants et tous les participants du concours.

Semaine du salon : derniers préparatifs et installation du salon.

Comment sont choisis les exposants ?

Les auteurs et maisons d’édition s’inscrivent auprès du service événementiel de la Mairie entre février et mai. Les demandes sont ensuite soumises à un comité.

Les auteurs ou maisons d’édition qui souhaitent revenir l’année suivante doivent proposer une ou des nouveautés.

Il n’y a pas de frais d’inscription.

Comment est assurée la promotion du salon ?

Il y a quelques années, faute de site internet officiel de la ville, nous avons créé un site internet dédié au salon. Vous pouvez y retrouver la liste des auteurs et leur biographie, les maisons d’édition avec un lien sur leur site, les affiches et photos des années précédentes… Ce site est mis à jour à partir de juillet/août.

Nous réalisons également des affiches, des flyers et un catalogue des auteurs que nous imprimons nous-même.

La page Facebook « Mairie de Somain – Programme culturel officiel » et celle de M. le Maire annoncent également l’événement.

Une conférence de presse a lieu mi-novembre. Nous travaillons avec la presse locale et régionale. L’événement est également annoncé sur Chérie FM pendant une quinzaine de jours.

Cette année, nous avons mis également une annonce dans le magazine SORTIR Hauts de France (qui vise 400 000 lecteurs par semaine, 90 000 exemplaires, 750 points de dépôts), ainsi que sur leur site internet (500 000 visiteurs par mois). Sa diffusion se déploie sur Lille les 90 communes de la communauté d’agglomération  ainsi que sur toutes les grandes agglomérations Valenciennes et sa communauté d’agglomération, Douai, Béthune, Saint-Amand-les-Eaux, Lens, Liévin, Arras, le Bassin Minier.

SALON 2016 pour la petite enfance

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Eh bien, voilà qui va encore doper la fréquentation de ce salon, qui n’a pas à rougir de son nombre de visiteurs, comme j’ai pu le constater ces trois dernières années. Je ne pourrai pas participer à l’édition 2017, mais je souhaite à mes collègues et aux organisateurs un très bon salon. Et pour finir, un immense merci à Marie-Hélène qui a pris le temps de répondre à mes questions indiscrètes au milieu des derniers préparatifs.

 

La semaine prochaine, je reprendrai le fil plus routinier des articles consacrés à l’écriture en général, en vous expliquant comment je suis devenue une auteure impitoyable… 😉

 

Crédit photos : Salon du livre de Somain

Retrouvez le reste de la série :
Autour du livre 1 – l’auteur·e
Autour du livre 2 – l’illustratrice
Autour du livre 3 – la maison d’édition

Autour du livre 3 – la maison d’édition

Ce mois-ci, je voudrais vous parler de tout ce qui se passe avant que vous ne teniez un roman entre vos mains. Nous allons faire un tour de la chaîne du livre. Ou plutôt, d’une chaîne du livre, car il existe plusieurs circuits. 

Et cette semaine, nous plongeons dans les arcanes de Yucca Éditions, qui publie ma série, Les Puissances de Nilgir.

Yucca Editions - Boutique

 

L’édition en circuit court

Yucca Éditions n’est pas l’une des cinq maisons les plus connues de France. En général, ceux qui vivent loin du Tarn n’en entendent jamais parler, à moins de tomber sur l’un·e ou l’autre de ses représentant·es ou de ses auteur·es, au détour d’un salon du livre. Car c’est là que bat le cœur des petites maisons comme Yucca.

L’industrie du livre est telle qu’il est compliqué d’assurer une présence à un roman dans toutes les librairies de France, à moins de travailler avec un distributeur et un diffuseur importants (et donc coûteux).

Quand on aime les livres, quand on a envie d’en publier, il existe d’autres moyens de les faire connaître aux lecteurs, et les salons du livre en font partie. Aussi, l’équipe de Yucca est-elle régulièrement sur les routes de France pour promouvoir les pépites qui émaillent son catalogue.

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L’humain derrière la maison d’édition

Yucca, c’est une maison d’édition sur le mode associatif, créée en 2013. Le travail éditorial (y compris corrections et maquette) est géré en interne, par Stéphanie Chaulot et son équipe, dont Daniel Pagés. Daniel, mon éditeur originel qui a fait le choix de fusionner sa maison d’édition avec Yucca en 2015.

Sa ligne éditoriale se compose principalement de littérature jeunesse (romans et albums), mais quelques polars se sont glissés dans son catalogue, et la part belle reste au voyage, dans notre monde ou ailleurs. Cette maison regroupe des auteurs passionnés, dont plusieurs jeunes plumes (par exemple, le premier tome de la saga Vitaltest a été publié quand l’auteure avait 16 ans).

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Avant la conception, le choix

Qui dit maison d’édition dit sélection de manuscrits. Quelle est la trajectoire d’un manuscrit chez Yucca ? Comme chez la plupart des éditeurs, il y a plusieurs filtres sur le parcours-type, car la maison d’édition reçoit tout simplement beaucoup trop de manuscrits ne serait-ce que pour tous les étudier de manière poussée.

Tout d’abord, ils s’assurent que le manuscrit reçu rentre bien dans la ligne éditoriale de la maison – nombre de manuscrits sont adressés à des maisons qui ne publient tout simplement pas ce genre-là. Imaginez, par exemple, un manuel de tricot envoyé à un éditeur de romance…

Puis un comité de lecture, composé d’un panel de lecteurs de tous âges et tous profils, lit le manuscrit, fait un retour sous forme de fiches de lecture, donne un avis.

L’éditrice a le dernier mot. Il faut qu’elle croie dans le roman pour s’engager dans le long travail qui s’annonce, aussi bien de préparation du livre (corrections éditoriales, illustration, maquette…) que de vente.

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Respecter le rythme de vie du roman

Car qui dit vente dit promotion. Via les réseaux sociaux, avec le diffuseur et le distributeur… C’est un travail de longue haleine qui se profile, pour tous les acteurs (Yucca comme l’auteur).

Le cycle de vie d’un roman n’est pas le même dans une maison d’édition « nationale » que dans une plus locale, comme Yucca. La nationale, avec un rythme de publication élevé, ne laisse plus vraiment le temps aux romans de prendre leur essor et de bénéficier du bouche-à-oreilles. Cette surproduction a pour conséquence que nombre de livres publiés n’ont que trois mois pour convaincre les lecteurs… trois mois, pour un roman qui a mis des années à émerger ! Ce n’est pas la stratégie de Yucca qui, grâce à son rythme de vente en salons, peut penser sur le long terme. D’où, peut-être, ce choix de publier plusieurs séries au catalogue jeunesse.

Ces petites maisons d’éditions sont bien plus nombreuses qu’on ne le pense quand on n’est pas confronté aux chaînes du livre hors « grands circuits ». Elles sont très importantes, parce qu’elles publient bien souvent des romans qui n’ont pas trouvé leur place chez les grands éditeurs car pas assez « calibrés » pour une grande distribution.

C’est un peu la différence entre le cinéma d’auteur et les blockbusters. Le film peu présent en salle parce que produit par un indépendant peut apporter autant de plaisir, sinon plus, que le film à gros budget dont l’intrigue est calibrée au millimètre, la vidéo saturée d’effets spéciaux. Le film indépendant possède un supplément d’âme, qu’a perdu le blockbuster en cherchant à tout pris à répondre à un cahier des charges.

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Ce sont souvent ces petites maisons qui permettent à de jeunes auteurs de démarrer. Ils fourbissent leur plume, se font une expérience en salons, puis prennent leur envol.

Tant que les petits éditeurs vivront, nous serons assurés d’avoir des lectures diversifiées, moins calculées pour plaire au plus grand nombre, représentatives des imaginaires variés des auteurs, dans toute leur singularité. Attention, je ne prétends pas que seule l’édition « locale » a de la valeur ou de l’importance. Mais c’est dommage de se couper de tout un pan de ce qui est publié aujourd’hui, parce qu’on « n’en parle pas à la télé ».

Conclusion : ne vous limitez pas aux grands éditeurs, qu’on trouve dans les grandes enseignes du livre. N’ayez pas peur, partez à la découverte de ces petites perles que publient les petits éditeurs. Et pour les trouver, poussez donc la porte de votre librairie de quartier, ou allez vous promener dans le salon du livre à côté de chez vous.

Ce qui m’offre une excellente transition pour le dernier article de cette série : le point de vue d’une organisatrice de salon du livre. À bientôt !

 

Crédit photo : Yucca Éditions

Retrouvez le reste de la série :
Autour du livre 1 – l’auteur·e
Autour du livre 2 – l’illustratrice

Autour du livre 4 – le salon du livre

Autour du livre 2 – l’illustratrice

Ce mois-ci, je voudrais vous parler de tout ce qui se passe avant que vous ne teniez un roman entre vos mains. Nous allons faire un tour de la chaîne du livre. Ou plutôt, d’une chaîne du livre, car il existe plusieurs circuits. Cette semaine, le point de vue de l’illustratrice.

Ceux qui ont eu les romans entre les mains savent que toutes les illustrations de Nilgir ont été réalisées par Ophélie La Porte. Tiens tiens, serait-ce une homonyme ? Que nenni, il s’agit de ma petite sœur ! Elle a accepté de répondre à quelques questions, que je vous restitue sous forme d’interview.

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Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je m’inspire de ce qu’il y a dans la nature, de la musique, des rêves que je fais, de mon environnement. Pour les couvertures de Nilgir, je m’inspire de photos ou d’illustrations réalistes qui serviront de grandes lignes pour les arrières-plans, le choix des couleurs.

Et je ne travaille pas sans écouter de musique ! 🙂

Ah oui ? Et qu’écoutes-tu, justement ?

J’essaie d’installer des atmosphères, des ambiances différentes avec la musique. Joie, espoir, nostalgie, mystère, le cocktail d’émotions et d’adrénaline que l’on ressent quand on approche de la fin d’un album, d’un livre, d’un film… bref d’une histoire qui nous a touchés.
Rapprocher cette description d’un seul et même style de musique serait compliqué parce que plusieurs styles se mêlent, je dirais que ce que j’écoute c’est aussi bien du trip hop (Ez3kiel), des musique de compositeurs pour des films (Clint Mansell, Joe Hisaishi pour les Miyazaki), du rock indépendant/expérimental/pop (Alt- J, Woodkid) et certaines musique de Muse 😉 (Exogenesis, Isolated system)

Pour La Cité d’Argent, c’est principalement Ez3kiel (avec les albums Naphtaline Orchestra – que je te conseille ! – et LUX) et Clint Mansell (Death is the road to awe).

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Quels outils utilises-tu ?

De manière générale, quand je dessine, j’utilise crayons (porte mine pour les traits de précision, crayon 2b pour les ombres), stylo bic et/ou feutre à mine 0.2 pour l’encrage.

La colorisation se fait avec des feutres (type Promarker, pour les dégradés ou les noirs et blancs), crayons de couleur, pastels gras, Photoshop ( assemblage des dessins, colorisation, ombre)

En ce qui concerne mon travail sur Nilgir, la colorisation se fait uniquement avec Photoshop.

Quelles sont les composantes d’une illustration ?

Les éléments principaux sont dessinés à la main puis scannés et « photoshopés ».

En ce qui concerne Nilgir, je prends le parti de ne pas agrémenter l’arrière-plan de détails, de personnages. Une fois que les grandes lignes de l’arrière-plan sont faites, je vais y apporter les deux ou trois couleurs dominantes. Avec les effets de pinceaux, de textures prises à partir de photos, je vais jouer avec les calques que j’aurai créés.

Le décor planté, je vais incorporer les dessins faits à la main (Miranda, le Fabula, la Tour d’argent, les coraux..) qui ont été nettoyés et colorisés (sommairement) à part. Ils sont redimensionnés, incrustés grâce aux différents calques.

Je ne perds pas de vue les images qui m’ont inspirée pour retoucher l’ensemble, pour créer un tout cohérent et harmonieux.

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Comment travailles-tu avec l’auteur·e ?

J’ai la chance de connaître l’auteure qui est ma soeur 😉 et d’avoir cette proximité et intimité hihi ❤

Ce n’est pas un prétexte pour me reposer sur mes lauriers, chaque partie de ce beau projet est travaillé avec passion et intérêt pour l’univers qu’elle sait créer.

Après avoir eu le cahier des charges (non définitif et sous réserves de modifications par elle ou la maison d’édition), je vais glaner des éléments d’informations, des tutoriels ou conseils des personnes travaillant dans le milieu de l’illustration, pour pouvoir proposer les illustrations.

Je propose au moins deux versions de couleurs à l’auteure et l’éditrice, la base de l’illustration (choix de la scène) étant décidée avant ce travail.

Je sais que tu manies l’appareil photo avec autant de plaisir (et de virtuosité) que les crayons. Est-ce que ça t’aide dans le travail d’illustration ?

La photo peut aussi se traiter comme l’illustration ; je m’inspire de ce qui m’entoure, ou de mes rêves (si je veux créer une composition).
Je travaille avec un appareil numérique (et un bel argentique m’attend !), je prends quelques prises dans la nature, ou d’objets que j’aurais mis en scène. Selon l’effet voulu, je vais les retoucher sur Photoshop en y apportant des contrastes, en réglant les niveaux d’exposition voire en déformant une partie de l’image, en y incrustant un autre élément.

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Merci beaucoup Ophélie pour ta participation, j’ai appris plein de choses grâce à ce petit échange ! (et je me note ta playlist, elle pourrait m’être utile).

La semaine prochaine, plongée dans le monde de l’édition, avec Yucca…

 

Crédit photo et illustrations : Ophélie La Porte

Retrouvez le reste de la série :
Autour du livre 1 – l’auteur·e
Autour du livre 3 – la maison d’édition
Autour du livre 4 – le salon du livre

Autour du livre 1 – l’auteur·e

Ce mois-ci, je voudrais vous parler de tout ce qui se passe avant que vous ne teniez un roman entre vos mains. Nous allons faire un tour de la chaîne du livre. Ou plutôt, d’une chaîne du livre, car il existe plusieurs circuits. 

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On commence avec la naissance du livre, sous mes doigts qui font crépiter le clavier. J’aurai sans doute l’occasion de développer un peu plus certains thèmes de cet article, puisque c’est la ligne éditoriale de ce blog.

Silence, ça pousse…

Souvent, on a une vision un peu fantasmée, on a tendance à s’imaginer qu’une Muse divine dicte à l’Auteur chaque phrase, qu’un Éditeur bienveillant les reçoit et, pffuit, d’un coup de baguette magique, produit un roman broché ou relié en format poche, avec une couverture magnifique, prêt à être empilé en tête de gondole de votre librairie de gare préférée. Eh non, petit·e plaisantin·e, c’est plus compliqué que cela. À l’origine de l’objet-livre se trouve le texte.

Et derrière ce texte, il y a moi (ou un·e autre).

Je ne crois pas trop au mythe de l’écrivain doué d’un talent automatique, qui commence l’écriture de son roman et ne lève plus le nez avant d’avoir terminé. Il y a souvent de nombreuses étapes entre l’embryon d’idée et le mot « Fin ». Et ce dernier n’est pas toujours (voire jamais) la dernière action qu’accomplit l’auteur·e sur le texte.

L’écriture, c’est un peu comme la préparation du pain : on mélange, on pétrit, on laisse reposer, les levures poussent, on malae à nouveau et ainsi de suite, jusqu’à être satisfait du résultat.

Toutes ces étapes sont nécessaires : si on ne prend pas bien le temps de travailler son texte, on peut le laisser truffé de défauts, et je ne parle pas seulement d’orthographe ou de grammaire. Et si on ne le laisse pas reposer, on n’arrive pas à prendre le recul suffisant pour en voir les incohérences. Ce travail de pétrissage est différent suivant chaque auteur (parfois chaque roman).

 

Le saut de l’ange

Et après ? Après… une fois qu’on y a mis tout son cœur, toute son âme, vient le moment de le laisser voler de ses propres ailes. Si on l’a écrit dans le but qu’il soit lu par d’autres que le cercle des proches s’entend.

De nos jours, plusieurs choix d’édition s’offrent à celui·celle qui écrit. Il y a la voie « classique » d’édition à compte d’éditeur. En d’autres termes, on trouve un éditeur qui veuille bien publier le roman et qui prend l’ensemble des frais à sa charge, y compris de correction, de diffusion, de promotion, etc.

Attention : il existe dans le milieu de l’édition une catégorie bien particulière d’entreprises (il ne s’agit pas pour moi de maisons d’édition, malgré ce qu’elles affichent), qui pratiquent ce qu’on appelle l’édition à compte d’auteur. Cela consiste en une prestation, où l’auteur candide se voit demander une « participation » à divers frais (très variables, selon les entreprises), tout en cédant ses droits, sans avoir derrière la diffusion que peut assurer un éditeur traditionnel. Aussi, soyez très vigilants sur les contrats que l’on vous propose. Tout particulièrement si la maison qui vous accepte met en avant la recherche de nouveaux talents et répond positivement dans un temps très court…

 

Internet aidant, de plus en plus d’auteurs font également le choix désormais de s’auto-éditer. Ils gèrent alors la production et la vente du livre de A à Z. Pour l’auteur, c’est un investissement  de temps bien plus conséquent que celui de l’édition classique. De plus, l’auteur auto-édité doit mobiliser de multiples compétences (n’est pas illustrateur qui veut, par exemple).

Toutefois, les auteurs qui se lancent sous-traitent souvent une partie du travail. Mais encore une fois, c’est un choix très (très très) chronophage et énergivore. À ce sujet, de nombreux auteurs qui ont fait ce choix en parlent sur leur site ou leur blog.

Pour en savoir plus, vous pouvez par exemple consulter le blog de Nathalie Bagadey, auteure auto-éditée très bien organisée et généreuse en retours d’expérience (sans parler de sa plume délicieuse 😉 ).

 

En ce qui me concerne, une fois les Puissances de Nilgir terminées (pour ce qui est du premier tome en tout cas), j’ai cherché un éditeur « classique ». L’Ametlièr (désormais Yucca) avait lancé un appel à textes sur son site, j’ai donc proposé mon manuscrit. La suite, c’est de l’histoire ancienne…

 

La semaine prochaine, Ophélie, l’illustratrice des Puissances de Nilgir, interviendra sur le blog pour parler de son travail sur la saga.

 

Crédit photo : Csabi Elter sur Unsplash

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Autour du livre 2 – l’illustratrice
Autour du livre 3 – la maison d’édition
Autour du livre 4 – le salon du livre

Parenthèses enchantées

Ces dernières semaines, j’ai pu participer à deux salons du livre en tant qu’auteure. Plutôt qu’un classique compte-rendu de mon vécu « avant-pendant-après », je voudrais vous parler des parenthèses enchantées que je vis parfois au cours de ce genre d’événements.

Parenthèses enchantées ? Quoi qu’est-ce ?

Je ne vais pas vous mentir. L’image que je me faisais de l’auteur·e en dédicace est loin, très loin de la réalité. Point de file d’attente devant son stand. Point de crampe à force de dédicacer à tout va pendant toute une journée. Point de montagne de petits cadeaux apportés par les fans en délire. Non, je n’ai pas besoin d’une brouette pour rapporter mes souvenirs glanés au cours d’un de ces événements.

Quand on est un·e auteur·e encore à découvrir, les salons, ce sont de longues périodes d’attente, des moments un peu frénétiques où vous vous efforcez de présenter votre roman de façon claire et attractive à des visiteurs qui vont découvrir un grand nombre d’autres œuvres au cours de la demi-heure suivante, beaucoup de discussions avec vos collègues de dédicace et parfois, des parenthèses enchantées, qui font le sel de ces journées.

 

Une parenthèse enchantée, ça peut être ce moment magique où le visiteur se transforme en futur lecteur. Vous lui avez pitché votre histoire, l’étincelle s’allume dans son regard : il veut savoir la suite. C’est particulièrement savoureux avec les enfants. Et le meilleur, c’est quand vous ne vous y attendez plus. Ils sont très forts pour ça. Et que je me la joue blasé ; et que j’ai l’air d’écouter d’une oreille ; et puis, quand Maman ou Papa me demande si je suis intéressé, je hoche la tête très vite d’un air gourmand…

À Monte-Cristo, cette année, j’ai connu un de ces moments uniques et délicieux. Une petite fille, accompagnée de ses parents, vient voir ce qu’il y a sur ma table. Toute frêle, elle semble trop jeune pour lire de tels pavés, (mais l’expérience m’a appris qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture (hu hu hu… même pas honte !)). Comme à mon habitude, j’explique à grands traits la situation initiale du premier tome, présente mes quatre héros puis ajoute une petite phrase sur ce qui se passe dans les deuxième et troisième tomes.

Et là, surprise : elle veut lire le deuxième tome. Non, pas après avoir lu le premier, elle veut commencer par le milieu. Le père me sourit, sa fille a l’habitude de lire dans le désordre, elle n’a pas trop le choix avec la bibliothèque de la commune qui possède des séries incomplètes… Amusée, je lui dédicace donc les Sphères de Kumari, soulagée d’avoir mis un résumé du premier tome au début. Elle repart avec son butin sous le bras (et un mail reçu une semaine après me confirme qu’elle l’a lu… et a maintenant envie de lire le premier tome 😉 ).

 

Une parenthèse enchantée peut aussi survenir au cours d’une discussion avec votre voisine de table, un fou rire partagé pour tout et rien (souvent cette météo peu clémente ou ce visiteur à peine poli). Je crois qu’il n’y a qu’en salon qu’on peut ainsi nouer des relations de quelques heures, complicité inattendue, confidences qu’on n’aurait jamais faites à cette personne si nous ne nous étions pas retrouvées l’espace d’un jour ou deux attablés côte à côte. Découverte d’un confrère, d’une consœur, qui vit son écriture d’une manière très personnelle et pourtant, si semblable à la vôtre.

 

Ce peut aussi être la petite minute de mise en lumière à laquelle vous ne vous attendiez pas. Au salon de Moret-sur-Loing, se déroule en fin de journée une remise de prix. Le Rotary, qui organise l’événement, décerne en tout huit prix (oui, ça fait beaucoup, je trouve aussi). Ma table de dédicace fait face à l’estrade, je peux observer sans risque de torticolis le défilé de confrères et consœurs récompensés. Au fur et à mesure, je note que certains sont peut-être plus habitués que d’autres à l’exercice. J’apprécie le discours saccadé, avec des larmes dans la voix, bien plus que celui d’une clarté médicale (et pour cause… nombre de lauréats sont aussi médecins), dénué d’émotion.

À la fin, l’organisateur des jurys dit quelques mots. Rappelle qu’il y a eu beaucoup de candidats, que les jurys ont eu du mal à les départager. Qu’il faut persévérer, car certains des romans présentés ont vraiment beaucoup de qualités. Par exemple, La Cité d’argent d’Anaïs La Porte. Il a dû citer deux ou trois autres œuvres après celle-là, mais je n’ai pas entendu, mon cerveau était en pause pour prolonger ce moment.

 

Ces parenthèses, je les collectionne avec soin. Une petite étiquette, une place sur l’étagère dans un coin de mon cerveau, avec un beau spot juste au-dessus. Je les retrouverai dans les moments difficiles, qui surviennent forcément tôt ou tard : quand la motivation me fuit et que mon travail a besoin d’un aiguillon.

 

Crédit photo : Chrislawton sur Unsplash