Autour du livre 3 – la maison d’édition

Ce mois-ci, je voudrais vous parler de tout ce qui se passe avant que vous ne teniez un roman entre vos mains. Nous allons faire un tour de la chaîne du livre. Ou plutôt, d’une chaîne du livre, car il existe plusieurs circuits. 

Et cette semaine, nous plongeons dans les arcanes de Yucca Éditions, qui publie ma série, Les Puissances de Nilgir.

Yucca Editions - Boutique

 

L’édition en circuit court

Yucca Éditions n’est pas l’une des cinq maisons les plus connues de France. En général, ceux qui vivent loin du Tarn n’en entendent jamais parler, à moins de tomber sur l’un·e ou l’autre de ses représentant·es ou de ses auteur·es, au détour d’un salon du livre. Car c’est là que bat le cœur des petites maisons comme Yucca.

L’industrie du livre est telle qu’il est compliqué d’assurer une présence à un roman dans toutes les librairies de France, à moins de travailler avec un distributeur et un diffuseur importants (et donc coûteux).

Quand on aime les livres, quand on a envie d’en publier, il existe d’autres moyens de les faire connaître aux lecteurs, et les salons du livre en font partie. Aussi, l’équipe de Yucca est-elle régulièrement sur les routes de France pour promouvoir les pépites qui émaillent son catalogue.

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L’humain derrière la maison d’édition

Yucca, c’est une maison d’édition sur le mode associatif, créée en 2013. Le travail éditorial (y compris corrections et maquette) est géré en interne, par Stéphanie Chaulot et son équipe, dont Daniel Pagés. Daniel, mon éditeur originel qui a fait le choix de fusionner sa maison d’édition avec Yucca en 2015.

Sa ligne éditoriale se compose principalement de littérature jeunesse (romans et albums), mais quelques polars se sont glissés dans son catalogue, et la part belle reste au voyage, dans notre monde ou ailleurs. Cette maison regroupe des auteurs passionnés, dont plusieurs jeunes plumes (par exemple, le premier tome de la saga Vitaltest a été publié quand l’auteure avait 16 ans).

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Avant la conception, le choix

Qui dit maison d’édition dit sélection de manuscrits. Quelle est la trajectoire d’un manuscrit chez Yucca ? Comme chez la plupart des éditeurs, il y a plusieurs filtres sur le parcours-type, car la maison d’édition reçoit tout simplement beaucoup trop de manuscrits ne serait-ce que pour tous les étudier de manière poussée.

Tout d’abord, ils s’assurent que le manuscrit reçu rentre bien dans la ligne éditoriale de la maison – nombre de manuscrits sont adressés à des maisons qui ne publient tout simplement pas ce genre-là. Imaginez, par exemple, un manuel de tricot envoyé à un éditeur de romance…

Puis un comité de lecture, composé d’un panel de lecteurs de tous âges et tous profils, lit le manuscrit, fait un retour sous forme de fiches de lecture, donne un avis.

L’éditrice a le dernier mot. Il faut qu’elle croie dans le roman pour s’engager dans le long travail qui s’annonce, aussi bien de préparation du livre (corrections éditoriales, illustration, maquette…) que de vente.

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Respecter le rythme de vie du roman

Car qui dit vente dit promotion. Via les réseaux sociaux, avec le diffuseur et le distributeur… C’est un travail de longue haleine qui se profile, pour tous les acteurs (Yucca comme l’auteur).

Le cycle de vie d’un roman n’est pas le même dans une maison d’édition « nationale » que dans une plus locale, comme Yucca. La nationale, avec un rythme de publication élevé, ne laisse plus vraiment le temps aux romans de prendre leur essor et de bénéficier du bouche-à-oreilles. Cette surproduction a pour conséquence que nombre de livres publiés n’ont que trois mois pour convaincre les lecteurs… trois mois, pour un roman qui a mis des années à émerger ! Ce n’est pas la stratégie de Yucca qui, grâce à son rythme de vente en salons, peut penser sur le long terme. D’où, peut-être, ce choix de publier plusieurs séries au catalogue jeunesse.

Ces petites maisons d’éditions sont bien plus nombreuses qu’on ne le pense quand on n’est pas confronté aux chaînes du livre hors « grands circuits ». Elles sont très importantes, parce qu’elles publient bien souvent des romans qui n’ont pas trouvé leur place chez les grands éditeurs car pas assez « calibrés » pour une grande distribution.

C’est un peu la différence entre le cinéma d’auteur et les blockbusters. Le film peu présent en salle parce que produit par un indépendant peut apporter autant de plaisir, sinon plus, que le film à gros budget dont l’intrigue est calibrée au millimètre, la vidéo saturée d’effets spéciaux. Le film indépendant possède un supplément d’âme, qu’a perdu le blockbuster en cherchant à tout pris à répondre à un cahier des charges.

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Ce sont souvent ces petites maisons qui permettent à de jeunes auteurs de démarrer. Ils fourbissent leur plume, se font une expérience en salons, puis prennent leur envol.

Tant que les petits éditeurs vivront, nous serons assurés d’avoir des lectures diversifiées, moins calculées pour plaire au plus grand nombre, représentatives des imaginaires variés des auteurs, dans toute leur singularité. Attention, je ne prétends pas que seule l’édition « locale » a de la valeur ou de l’importance. Mais c’est dommage de se couper de tout un pan de ce qui est publié aujourd’hui, parce qu’on « n’en parle pas à la télé ».

Conclusion : ne vous limitez pas aux grands éditeurs, qu’on trouve dans les grandes enseignes du livre. N’ayez pas peur, partez à la découverte de ces petites perles que publient les petits éditeurs. Et pour les trouver, poussez donc la porte de votre librairie de quartier, ou allez vous promener dans le salon du livre à côté de chez vous.

Ce qui m’offre une excellente transition pour le dernier article de cette série : le point de vue d’une organisatrice de salon du livre. À bientôt !

 

Crédit photo : Yucca Éditions

Autour du livre 2 – l’illustratrice

Ce mois-ci, je voudrais vous parler de tout ce qui se passe avant que vous ne teniez un roman entre vos mains. Nous allons faire un tour de la chaîne du livre. Ou plutôt, d’une chaîne du livre, car il existe plusieurs circuits. Cette semaine, le point de vue de l’illustratrice.

Ceux qui ont eu les romans entre les mains savent que toutes les illustrations de Nilgir ont été réalisées par Ophélie La Porte. Tiens tiens, serait-ce une homonyme ? Que nenni, il s’agit de ma petite sœur ! Elle a accepté de répondre à quelques questions, que je vous restitue sous forme d’interview.

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Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je m’inspire de ce qu’il y a dans la nature, de la musique, des rêves que je fais, de mon environnement. Pour les couvertures de Nilgir, je m’inspire de photos ou d’illustrations réalistes qui serviront de grandes lignes pour les arrières-plans, le choix des couleurs.

Et je ne travaille pas sans écouter de musique ! 🙂

Ah oui ? Et qu’écoutes-tu, justement ?

J’essaie d’installer des atmosphères, des ambiances différentes avec la musique. Joie, espoir, nostalgie, mystère, le cocktail d’émotions et d’adrénaline que l’on ressent quand on approche de la fin d’un album, d’un livre, d’un film… bref d’une histoire qui nous a touchés.
Rapprocher cette description d’un seul et même style de musique serait compliqué parce que plusieurs styles se mêlent, je dirais que ce que j’écoute c’est aussi bien du trip hop (Ez3kiel), des musique de compositeurs pour des films (Clint Mansell, Joe Hisaishi pour les Miyazaki), du rock indépendant/expérimental/pop (Alt- J, Woodkid) et certaines musique de Muse 😉 (Exogenesis, Isolated system)

Pour La Cité d’Argent, c’est principalement Ez3kiel (avec les albums Naphtaline Orchestra – que je te conseille ! – et LUX) et Clint Mansell (Death is the road to awe).

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Quels outils utilises-tu ?

De manière générale, quand je dessine, j’utilise crayons (porte mine pour les traits de précision, crayon 2b pour les ombres), stylo bic et/ou feutre à mine 0.2 pour l’encrage.

La colorisation se fait avec des feutres (type Promarker, pour les dégradés ou les noirs et blancs), crayons de couleur, pastels gras, Photoshop ( assemblage des dessins, colorisation, ombre)

En ce qui concerne mon travail sur Nilgir, la colorisation se fait uniquement avec Photoshop.

Quelles sont les composantes d’une illustration ?

Les éléments principaux sont dessinés à la main puis scannés et « photoshopés ».

En ce qui concerne Nilgir, je prends le parti de ne pas agrémenter l’arrière-plan de détails, de personnages. Une fois que les grandes lignes de l’arrière-plan sont faites, je vais y apporter les deux ou trois couleurs dominantes. Avec les effets de pinceaux, de textures prises à partir de photos, je vais jouer avec les calques que j’aurai créés.

Le décor planté, je vais incorporer les dessins faits à la main (Miranda, le Fabula, la Tour d’argent, les coraux..) qui ont été nettoyés et colorisés (sommairement) à part. Ils sont redimensionnés, incrustés grâce aux différents calques.

Je ne perds pas de vue les images qui m’ont inspirée pour retoucher l’ensemble, pour créer un tout cohérent et harmonieux.

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Comment travailles-tu avec l’auteur·e ?

J’ai la chance de connaître l’auteure qui est ma soeur 😉 et d’avoir cette proximité et intimité hihi ❤

Ce n’est pas un prétexte pour me reposer sur mes lauriers, chaque partie de ce beau projet est travaillé avec passion et intérêt pour l’univers qu’elle sait créer.

Après avoir eu le cahier des charges (non définitif et sous réserves de modifications par elle ou la maison d’édition), je vais glaner des éléments d’informations, des tutoriels ou conseils des personnes travaillant dans le milieu de l’illustration, pour pouvoir proposer les illustrations.

Je propose au moins deux versions de couleurs à l’auteure et l’éditrice, la base de l’illustration (choix de la scène) étant décidée avant ce travail.

Je sais que tu manies l’appareil photo avec autant de plaisir (et de virtuosité) que les crayons. Est-ce que ça t’aide dans le travail d’illustration ?

La photo peut aussi se traiter comme l’illustration ; je m’inspire de ce qui m’entoure, ou de mes rêves (si je veux créer une composition).
Je travaille avec un appareil numérique (et un bel argentique m’attend !), je prends quelques prises dans la nature, ou d’objets que j’aurais mis en scène. Selon l’effet voulu, je vais les retoucher sur Photoshop en y apportant des contrastes, en réglant les niveaux d’exposition voire en déformant une partie de l’image, en y incrustant un autre élément.

***

Merci beaucoup Ophélie pour ta participation, j’ai appris plein de choses grâce à ce petit échange ! (et je me note ta playlist, elle pourrait m’être utile).

La semaine prochaine, plongée dans le monde de l’édition, avec Yucca…

 

Crédit photo et illustrations : Ophélie La Porte

Autour du livre 1 – l’auteur·e

Ce mois-ci, je voudrais vous parler de tout ce qui se passe avant que vous ne teniez un roman entre vos mains. Nous allons faire un tour de la chaîne du livre. Ou plutôt, d’une chaîne du livre, car il existe plusieurs circuits. 

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On commence avec la naissance du livre, sous mes doigts qui font crépiter le clavier. J’aurai sans doute l’occasion de développer un peu plus certains thèmes de cet article, puisque c’est la ligne éditoriale de ce blog.

Silence, ça pousse…

Souvent, on a une vision un peu fantasmée, on a tendance à s’imaginer qu’une Muse divine dicte à l’Auteur chaque phrase, qu’un Éditeur bienveillant les reçoit et, pffuit, d’un coup de baguette magique, produit un roman broché ou relié en format poche, avec une couverture magnifique, prêt à être empilé en tête de gondole de votre librairie de gare préférée. Eh non, petit·e plaisantin·e, c’est plus compliqué que cela. À l’origine de l’objet-livre se trouve le texte.

Et derrière ce texte, il y a moi (ou un·e autre).

Je ne crois pas trop au mythe de l’écrivain doué d’un talent automatique, qui commence l’écriture de son roman et ne lève plus le nez avant d’avoir terminé. Il y a souvent de nombreuses étapes entre l’embryon d’idée et le mot « Fin ». Et ce dernier n’est pas toujours (voire jamais) la dernière action qu’accomplit l’auteur·e sur le texte.

L’écriture, c’est un peu comme la préparation du pain : on mélange, on pétrit, on laisse reposer, les levures poussent, on malae à nouveau et ainsi de suite, jusqu’à être satisfait du résultat.

Toutes ces étapes sont nécessaires : si on ne prend pas bien le temps de travailler son texte, on peut le laisser truffé de défauts, et je ne parle pas seulement d’orthographe ou de grammaire. Et si on ne le laisse pas reposer, on n’arrive pas à prendre le recul suffisant pour en voir les incohérences. Ce travail de pétrissage est différent suivant chaque auteur (parfois chaque roman).

 

Le saut de l’ange

Et après ? Après… une fois qu’on y a mis tout son cœur, toute son âme, vient le moment de le laisser voler de ses propres ailes. Si on l’a écrit dans le but qu’il soit lu par d’autres que le cercle des proches s’entend.

De nos jours, plusieurs choix d’édition s’offrent à celui·celle qui écrit. Il y a la voie « classique » d’édition à compte d’éditeur. En d’autres termes, on trouve un éditeur qui veuille bien publier le roman et qui prend l’ensemble des frais à sa charge, y compris de correction, de diffusion, de promotion, etc.

Attention : il existe dans le milieu de l’édition une catégorie bien particulière d’entreprises (il ne s’agit pas pour moi de maisons d’édition, malgré ce qu’elles affichent), qui pratiquent ce qu’on appelle l’édition à compte d’auteur. Cela consiste en une prestation, où l’auteur candide se voit demander une « participation » à divers frais (très variables, selon les entreprises), tout en cédant ses droits, sans avoir derrière la diffusion que peut assurer un éditeur traditionnel. Aussi, soyez très vigilants sur les contrats que l’on vous propose. Tout particulièrement si la maison qui vous accepte met en avant la recherche de nouveaux talents et répond positivement dans un temps très court…

 

Internet aidant, de plus en plus d’auteurs font également le choix désormais de s’auto-éditer. Ils gèrent alors la production et la vente du livre de A à Z. Pour l’auteur, c’est un investissement  de temps bien plus conséquent que celui de l’édition classique. De plus, l’auteur auto-édité doit mobiliser de multiples compétences (n’est pas illustrateur qui veut, par exemple).

Toutefois, les auteurs qui se lancent sous-traitent souvent une partie du travail. Mais encore une fois, c’est un choix très (très très) chronophage et énergivore. À ce sujet, de nombreux auteurs qui ont fait ce choix en parlent sur leur site ou leur blog.

Pour en savoir plus, vous pouvez par exemple consulter le blog de Nathalie Bagadey, auteure auto-éditée très bien organisée et généreuse en retours d’expérience (sans parler de sa plume délicieuse 😉 ).

 

En ce qui me concerne, une fois les Puissances de Nilgir terminées (pour ce qui est du premier tome en tout cas), j’ai cherché un éditeur « classique ». L’Ametlièr (désormais Yucca) avait lancé un appel à textes sur son site, j’ai donc proposé mon manuscrit. La suite, c’est de l’histoire ancienne…

 

La semaine prochaine, Ophélie, l’illustratrice des Puissances de Nilgir, interviendra sur le blog pour parler de son travail sur la saga.

 

Crédit photo : Csabi Elter sur Unsplash

Parenthèses enchantées

Ces dernières semaines, j’ai pu participer à deux salons du livre en tant qu’auteure. Plutôt qu’un classique compte-rendu de mon vécu « avant-pendant-après », je voudrais vous parler des parenthèses enchantées que je vis parfois au cours de ce genre d’événements.

Parenthèses enchantées ? Quoi qu’est-ce ?

Je ne vais pas vous mentir. L’image que je me faisais de l’auteur·e en dédicace est loin, très loin de la réalité. Point de file d’attente devant son stand. Point de crampe à force de dédicacer à tout va pendant toute une journée. Point de montagne de petits cadeaux apportés par les fans en délire. Non, je n’ai pas besoin d’une brouette pour rapporter mes souvenirs glanés au cours d’un de ces événements.

Quand on est un·e auteur·e encore à découvrir, les salons, ce sont de longues périodes d’attente, des moments un peu frénétiques où vous vous efforcez de présenter votre roman de façon claire et attractive à des visiteurs qui vont découvrir un grand nombre d’autres œuvres au cours de la demi-heure suivante, beaucoup de discussions avec vos collègues de dédicace et parfois, des parenthèses enchantées, qui font le sel de ces journées.

 

Une parenthèse enchantée, ça peut être ce moment magique où le visiteur se transforme en futur lecteur. Vous lui avez pitché votre histoire, l’étincelle s’allume dans son regard : il veut savoir la suite. C’est particulièrement savoureux avec les enfants. Et le meilleur, c’est quand vous ne vous y attendez plus. Ils sont très forts pour ça. Et que je me la joue blasé ; et que j’ai l’air d’écouter d’une oreille ; et puis, quand Maman ou Papa me demande si je suis intéressé, je hoche la tête très vite d’un air gourmand…

À Monte-Cristo, cette année, j’ai connu un de ces moments uniques et délicieux. Une petite fille, accompagnée de ses parents, vient voir ce qu’il y a sur ma table. Toute frêle, elle semble trop jeune pour lire de tels pavés, (mais l’expérience m’a appris qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture (hu hu hu… même pas honte !)). Comme à mon habitude, j’explique à grands traits la situation initiale du premier tome, présente mes quatre héros puis ajoute une petite phrase sur ce qui se passe dans les deuxième et troisième tomes.

Et là, surprise : elle veut lire le deuxième tome. Non, pas après avoir lu le premier, elle veut commencer par le milieu. Le père me sourit, sa fille a l’habitude de lire dans le désordre, elle n’a pas trop le choix avec la bibliothèque de la commune qui possède des séries incomplètes… Amusée, je lui dédicace donc les Sphères de Kumari, soulagée d’avoir mis un résumé du premier tome au début. Elle repart avec son butin sous le bras (et un mail reçu une semaine après me confirme qu’elle l’a lu… et a maintenant envie de lire le premier tome 😉 ).

 

Une parenthèse enchantée peut aussi survenir au cours d’une discussion avec votre voisine de table, un fou rire partagé pour tout et rien (souvent cette météo peu clémente ou ce visiteur à peine poli). Je crois qu’il n’y a qu’en salon qu’on peut ainsi nouer des relations de quelques heures, complicité inattendue, confidences qu’on n’aurait jamais faites à cette personne si nous ne nous étions pas retrouvées l’espace d’un jour ou deux attablés côte à côte. Découverte d’un confrère, d’une consœur, qui vit son écriture d’une manière très personnelle et pourtant, si semblable à la vôtre.

 

Ce peut aussi être la petite minute de mise en lumière à laquelle vous ne vous attendiez pas. Au salon de Moret-sur-Loing, se déroule en fin de journée une remise de prix. Le Rotary, qui organise l’événement, décerne en tout huit prix (oui, ça fait beaucoup, je trouve aussi). Ma table de dédicace fait face à l’estrade, je peux observer sans risque de torticolis le défilé de confrères et consœurs récompensés. Au fur et à mesure, je note que certains sont peut-être plus habitués que d’autres à l’exercice. J’apprécie le discours saccadé, avec des larmes dans la voix, bien plus que celui d’une clarté médicale (et pour cause… nombre de lauréats sont aussi médecins), dénué d’émotion.

À la fin, l’organisateur des jurys dit quelques mots. Rappelle qu’il y a eu beaucoup de candidats, que les jurys ont eu du mal à les départager. Qu’il faut persévérer, car certains des romans présentés ont vraiment beaucoup de qualités. Par exemple, La Cité d’argent d’Anaïs La Porte. Il a dû citer deux ou trois autres œuvres après celle-là, mais je n’ai pas entendu, mon cerveau était en pause pour prolonger ce moment.

 

Ces parenthèses, je les collectionne avec soin. Une petite étiquette, une place sur l’étagère dans un coin de mon cerveau, avec un beau spot juste au-dessus. Je les retrouverai dans les moments difficiles, qui surviennent forcément tôt ou tard : quand la motivation me fuit et que mon travail a besoin d’un aiguillon.

 

Crédit photo : Chrislawton sur Unsplash