Le tiroir à histoires

Il déborde. Et ne cesse pourtant de se remplir.

Idées de concepts. Images de lieux, d’univers. Parfois, personnages déjà esquissés à grands traits.

Auparavant, il ne contenait que des histoires inachevées. Premières phrases jetées sur le papier, roman qui s’étiole au bout de quelques centaines de mots.

Désormais, il regorge de nouvelles-qui-feraient-bien-des-romans (trois ou quatre), de manuscrits à réécrire de fond en comble (un à l’heure actuelle) ou seulement à corriger (deux, les prochains sur ma liste), de romans presque prêts à écrire (un) ou à planifier dans les prochaines années (un également).

Et de temps en temps, j’ouvre mon tiroir. Je regarde tout ce petit monde s’agiter dans un joyeux désordre. Je suis comme l’enfant à Noël, devant l’avalanche de paquets défaits. Par quoi je commence ? Je les aime tous, je veux jouer avec tout ce petit monde en même temps.

J’admire ceux et celles qui arrivent à avancer de front sur plusieurs histoires. En ce qui me concerne, j’arrive seulement à alterner des projets au cours de leurs différentes phases de travail.

Par exemple, cette année : corrections du Prospecteur / premier jet de Nilgir 4 / (et j’espère) dernières corrections du Prospecteur, à nouveau. C’est déjà pas mal, mais il faudrait en faire tellement plus, pour que toutes les idées qui chantent dans ma tête prennent leur indépendance sur le papier…

 

bird's eye view of river surrounded by mountains

Crédit photo : Petar Petkovski sur Unsplash

Renaissance

La période du concours est terminée (et je l’ai eu, youpi). Petit aperçu de mon humeur quand, il y a dix jours, je suis sortie de l’oral (je ne le mets ici que maintenant parce que bon, comme toujours, plein de trucs à faire)…

music note on brown piano

L’envie d’écrire qui crépite sous les doigts.

Les projets qui se bousculent, réclament tous leur part d’attention, comme des enfants de chair, tout aussi exigeants.

D’autres envies témoignent de ma tendance à l’éparpillement, explosion contrôlée mais pas confinée. Des projets personnels (cet album-livre pour garder une trace durable de mon voyage de noces, cette soudaine attraction pour le piano que j’ai très envie de reprendre), ou à cheval entre la vie personnelle et l’écriture (pas moins de quatre MOOC attendent que je consulte les cours en ligne depuis plusieurs mois).

Des projets d’écriture aussi… Nilgir 4 est mon objectif principal, celui qui occupe 90% de mon horizon littéraire à l’heure actuelle. Et pourtant, plein d’autres me harcèlent : romans déjà écrits en mal de corrections ; idées presque entièrement construites, mais rien que dans ma tête. Pire, ces projets ébauchés, rangés dans le tiroir « pour plus tard » depuis des mois qui se transforment en années.

Derrière tout ça, une incroyable sensation, la liberté.

Peu importe au fond ce qui arrive dans la vie professionnelle, dans la vie familiale.  Chacune de mes existences suit son cours, paisible ou pas, il y a parfois des sentes qui s’entrecroisent, qui se chevauchent, qui s’oblitèrent. Mais jamais bien longtemps, et c’est ça l’important, pas vrai ?

 

Crédit photo : Lorenzo Spoleti sur Unsplash

 

Pause estivale

L’été est là (depuis quelques semaines), je vais en profiter pour mettre le blog en pause. Comme le mois de septembre promet d’être très chargé (préparation et passage de l’oral de mon concours), je reviendrai en octobre sur le blog.

On se retrouve à l’automne et à l’hiver, qui seront comme vous pouvez le voir ici, riches en dédicaces.

Je vous souhaite un bel été, riche en soleil, lectures, voyages et activités sortant de l’ordinaire !

Je vous quitte sur une photo de ma PAL (Pile À Lire) (non pas que je vais lire tout ça cet été, mais j’espère pouvoir en dévorer quelques-uns !)

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À bientôt !

Quand j’étais petite, je voulais être écrivaine…

PAS D’AUTEUR·E·S, PAS DE LIVRES. PAS D’AUTEUR·E·S, PAS D’IMAGINAIRE FRANÇAIS.

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Depuis plusieurs mois, la révolte gronde chez les auteur·e·s français·e. En cause, un corpus de réformes de leur statut social, qui entre en résonance avec  d’autres réformes plus globales (hausse de la CSG, qui n’est pas compensée pour les auteur·e·s puisqu’ils n’ont pas droit au chômage, prélèvement à la source sur des revenus très aléatoires et annuels, non mensuels).

Je m’associe pleinement au combat des #auteursencolère, porté par nos représentants, notamment la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, dont je suis adhérente depuis l’année dernière.

Longtemps, j’ai lu les textes publiés par mes consoeurs et confrères sur leurs blogs, ou dans les médias, pour informer le grand public de cette situation, hésitant à faire de même. Je n’ai pas la même audience, je ne toucherai guère plus de monde avec cet article. Pourtant, il est important pour moi d’agir. Pas en vous réexpliquant ce que présente le site des auteurs en colère. Pas en vous donnant à nouveau les chiffres de la grande précarité de cette profession en France.

Mais en racontant ma propre histoire.

LE MÉTIER DE MES RÊVES

Comme le dit le titre, j’ai toujours voulu être écrivaine. Enfant, je pense que c’est la première profession qui me soit venue à l’esprit. Non pas pour l’image d’Épinal, si répandue aujourd’hui, de l’auteur·e de best-sellers, qui passe sa journée entre sa table de travail et le café du coin où il ou elle observe la nature humaine pour nourrir son écriture. Elle n’existait pas encore cette image, ou en tout cas, pas dans mon entourage.

Non, moi, quand j’étais petite, je voulais juste écrire. Raconter des histoires. Sculpter l’imaginaire à coup de mots, de phrases, de paragraphes, pour le faire entrer dans la réalité. Cahier, carnet, je noircissais les pages (et non, vous ne les lirez jamais, elles faisaient trop saigner les yeux alors je les ai brûlées).

Puis ma famille s’en est mêlée (raaaaah les vilains !). « On ne vit pas de l’écriture« . « Tu n’arriveras pas à t’en sortir, il vaut mieux que tu aies un métier à côté » (comme si l’écriture n’était pas un métier). Quels rabat-joie, me direz-vous. Pourquoi être raisonnable, quand on veut écrire ?

LA VRAIE VIE

Pour payer le loyer. Pour qu’écrire reste une joie, pas une pression. Pour ne pas être obligée d’accepter n’importe quelle commande, ou de travailler sept jours sur sept, à sillonner la France pour rencontrer son public, exercer des activités annexes au métier d’auteur·e. De celles qui aident nombre de mes consœurs et confrères à sortir la tête de l’eau, mais les détournent de leur cœur de métier : l’écriture.

Sauf à être l’auteur·e de best-sellers mentionné·e plus haut, vivre de sa plume est un métier précaire ET extrêmement prenant, exigeant (comme c’est le cas pour nombre de professions indépendantes).

Si je n’avais pas écouté mes proches, en supposant que j’aurais travaillé suffisamment dur et eu de la chance (une publication, c’est avant tout une rencontre qui s’est faite entre un livre et son éditeur), j’en serais sans doute là aujourd’hui. Je tire mon chapeau à ces femmes et ces hommes qui triment dans l’ombre pour nous apporter le plaisir de la lecture, la véritable cinquième dimension.

Aujourd’hui, moins que jamais, la voie de l’écriture n’est simple à suivre. Elle demande un grand sacrifice personnel. Mais est-il normal de le demander à ceux qui forment la base d’une industrie florissante ? Est-il normal qu’ils restent la variable d’ajustement (la rémunération de la moindre intervention, conférence, reste l’enjeu de nombreuses luttes) ? Qu’on leur dénie au fond le caractère professionnel de leur activité ? Sinon, comment expliquer qu’on ignore à ce point leur situation, l’impact qu’auront les réformes en cours sur leur quotidien ?

On a beaucoup parlé de la baisse de 5 euros des APL, de ce qu’ils représentent pour des personnes en situation précaire. Ici, on parle de bien plus de 5 euros.. C’est un mode de vie, un mode de création qui est en danger.

C’est pour cela que les #auteursencolère ont choisi de montrer la réalité crue d’un monde où les auteurs n’ont pas de quoi subsister : un livre aux pages blanches, que vous avez pu voir au début de cet article.

Le but de cet article n’est pas de répandre l’amertume. Juste de faire ce constat. Pas d’auteur·e·s, pas de livres.

Piratas – Aurélie Rodriguez

Je termine aujourd’hui la série de mes trois récents coups de cœur livresques avec un excellent roman d’aventures pirates assaisonnées de mythologies du monde entier : Piratas, d’Aurélie Rodriguez, aux Éditions Magnard.

Piratas

 

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

J’ai acheté ce roman au cours d’un salon où je me trouvais en tant qu’auteure. J’ai discuté toute la journée avec Aurélie Rodriguez et nous avons sympathisé. Son roman me faisait de l’œil, j’ai craqué… Et j’en suis bien contente !

 

DE QUOI ÇA PARLE ?

Un grand roman d’aventure qui apporte un air nouveau au genre du récit de pirates. Drôle, moderne, culotté : ébouriffant.
À bord du Corazon de Negro, les femmes ne sont pas les bienvenues. C’est ce qu’Antonio, jeune pirate espagnol, ne va pas tarder à apprendre lorsque son propre père tente d’assassiner sa petite sœur à peine née en la jetant par-dessus bord. Avec l’aide de Rodrigo, vieux loup de mer, il décide de sauver l’enfant et permettra ainsi à Esperanza de vivre cachée sur le navire.

Quinze ans plus tard, Esperanza vit toujours sur les mers en compagnie de son père et de son frère, qui garde seul le secret de son identité : pour tous les autres, l’adolescente n’est autre que « Le Borgne », un des plus jeunes pirates de l’équipage, et peut-être le plus redoutable.

Sous la coupe brutale du père d’Antonio et Esperanza, les écumeurs du Corazon de Negro sont à la recherche d’un trésor composé de trois morceaux de cartes éparpillés entre l’Inde, la couronne du Portugal et le Nouveau Monde.

Mais un jour, à la faveur d’une escale, les jeunes gens décident de s’enfuir pour composer avec le vieux Rodrigo leur propre équipage pirate à bord du Tiburon de Oro. Leur but : mettre au plus vite la main sur les trois plans et localiser le fameux trésor avant tout le monde. Accompagnés de Bout de ficelle, un petit mousse spécialiste du nœud coulant, de Lord Winchester, noble anglais à l’éthique irréprochable et de la mystérieuse Paï-Paï, il leur faudra redoubler d’énergie et de malice pour feinter l’équipage paternel, triompher des obstacles et donner au Tiburon de Oro ses lettres de noblesse.

Sans pour autant y perdre leur âme.

À lire si vous aimez : 

  • les pirates
  • l’humour
  • des voyages au coeur des grands mythes de tous horizons (je sais, je divulgâche un poil, mais j’ai vraiment été conquise par cet aspect)

Vous n’y trouverez pas : 

  • un univers réaliste
  • de personnages très complexes (même s’ils restent attachants et ne sont pas toujours ceux qu’on croit…)
  • de perroquet qui répète tout ce que dit le capitaine du navire (en vrai, ça ne m’a pas manqué 😉 )

MON AVIS

C’est le roman à lire pendant les vacances, par excellence. Bien sûr, il y a quelques aspects peu réalistes, mais on passe dessus avec plaisir, rien que pour rester dans cette histoire racontée sur un ton humoristique qui fonctionne à merveille.

On embarque dans cette aventure, on suit ses héros au caractère bien trempé, qui se chamaillent tant et plus, mais s’adorent malgré tout.

J’ai ri du début à la fin, je me suis nourrie de cet imaginaire éclectique, et je n’attends qu’une chose, c’est que l’auteure publie un autre roman (je sais, je me répète, mais c’est un coups de cœur ou pas ?).

Et d’ici à ce que ça arrive, je relirai ce roman avec grand plaisir (tiens, vais peut-être le glisser dans ma valise, en prévision de ma session plage-et-cocotiers).

 

Enfant du chaos – Éva Simonin

Deuxième fiche de lecture du mois pour un autre coup de coeur : Enfant du chaos, d’Éva Simonin, paru sous le label Naos.

Les Veilleurs, tome 1 : Enfant du chaos par Simonin

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Il semble que ce soit un premier tome (la série s’intitule « Les Veilleurs« ), mais je n’ai pas encore vu d’information sur la parution de la suite. Si les éditeurs d’Éva Simonin me lisent, ouiiiiiiiii il faut publier la suite ! (ou tout autre roman qu’elle cache dans un tiroir, d’ailleurs).

J’ai en fait découvert cette auteure il y a quelques années à travers son premier roman, Les Tisseurs du temps, paru aux éditions Atria. J’étais entièrement tombée sous le charme de cette plume aux accents à la fois élégants et vibrants de vie, de son héroïne attachante parce que si humaine, et à la fois tellement à part, dotée d’un don intrigant.

Bref, je n’attendais qu’une chose, qu’Éva Simonin publie un autre roman.

 

DE QUOI ÇA PARLE ?

Depuis la mort du dieu de l’Équilibre, le chaos ne cesse d’augmenter. À Okkia, il engendre des spectres, êtres monstrueux qui se nourrissent des humains. Les pompiers régulent la menace de leur mieux, mais ils arrivent trop tard pour sauver la famille d’Anielle. Unique rescapée, la jeune femme décide de rejoindre leurs rangs pour lutter à son tour contre incendies, tempêtes surnaturelles et créatures dangereuses.

[je coupe ici la présentation trouvée sur le site de l’éditeur, je trouve qu’elle divulgâche pas mal le roman.]

À lire si vous aimez : 

  • les personnages contrastés, pas manichéens
  • les univers dotés d’une mythologie et d’une magie originaux, complexes, tout en restant accessibles
  • les intrigues de cour élaborées

Vous n’y trouverez pas :

  • de fantômes en draps blancs agitant des chaînes
  • de magiciens avec baguettes magiques

MON AVIS

Difficile, donc, de vous parler de ce roman sans le divulgâcher. Disons simplement que l’héroïne, Anielle, va vous intriguer, vous émouvoir, vous emporter dans sa quête, vous faire vibrer au rythme de sa découverte du monde qui l’entoure, mais aussi de sa propre personne et de ses capacités.

Chapeau bas également à l’univers brodé en arrière-plan, singulier tout en restant compréhensible sans avoir besoin de recourir à des annexes ou des notes de bas de page.

Bref, je n’attends qu’une chose, la suite de la série (ou n’importe quel autre roman d’Éva Simonin). (Je vous l’ai déjà dit ?)

 

Les Loups chantants – Aurélie Wellenstein

L’autre jour, je vous ai parlé de trois coups de cœur pour lesquels je projetais de rédiger une fiche de lecture séparée. Voici le premier : Les Loups chantants d’Aurélie Wellenstein, parus chez Scrineo.

 

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

J’ai entendu parler de ce roman pour la première fois dans le cadre des bêta-lectures de CoCyclics, vous savez, ce forum d’auteurs qui permet de travailler ses écrits avec des personnes de confiance.

Je n’ai pas participé à la bêta-lecture, même si j’avais très envie de découvrir ce roman, mais j’ai suivi de loin les échanges à son sujet. J’avais hâte de pouvoir le lire, mais je n’ai pu le faire que deux ans après sa sortie !

DE QUOI ÇA PARLE ?

Yuri appartient à un clan d’éleveurs de rennes. Il vit dans un village entouré par un perpétuel blizzard. Il y a un an, son amour, Asya, a disparu dans la tempête, attirée par les hurlements hypnotiques des loups chantants. Bien que tout le monde la croie morte, le garçon espère qu’elle est toujours en vie, quelque part, de l’autre côté du blizzard.

Un jour, la sœur de Yuri, Kira, contracte un mal étrange ; son corps se couvre de glace. Pour le chaman du clan, la jeune fille est maudite par le dieu de l’hiver ; elle est bannie, et condamnée à s’enfoncer seule dans le blizzard. Mais une amie, Anastasia, rejette farouchement ce verdict surnaturel. Selon elle, il s’agit d’une maladie soignable à la capitale, par la chirurgie.

Déterminés à tout tenter pour sauver Kira, Yuri et Anastasia prennent leurs traîneaux à chiens pour emmener la jeune malade à la capitale. Mais aussitôt partis à travers le blizzard, les loups les prennent en chasse.

 

À lire si vous aimez :

  • les romans au rythme haletant
  • les créatures de fantasy originales, inspirées d’un folklore différent (issu de l’est de l’Europe, pour changer)
  • une immersion totale dans un milieu hostile
  • les personnages déchirés par de forts enjeux

Vous n’y trouverez pas :

  • de violence gratuite
  • de développements très complexes chez les antagonistes

MON AVIS

Au départ, j’ai été un peu surprise de voir quelques éléments « modernes » se raccrocher à cet univers. C’est d’ailleurs ce qui fonctionne moins bien à mon goût dans ce roman, cette tentative de rationaliser les événements, de se rapprocher d’un monde guidé, comme le nôtre, par la technologie.

Heureusement, l’histoire dépasse vite cet aspect pour nous entraîner dans une course à corps perdu dans la neige, à travers les steppes. On fuit avec les trois personnages principaux ces terrifiants loups chantants, on tremble de voir Yuri, le jeune héros, subir la fascination qu’exerce sur lui l’une des louves. Tout ça en grelottant de froid, en ressentant les craquelures de ses lèvres gercées, la faim qui le tenaille…

J’ai pris une claque en lisant ce roman, je l’ai refermé en me disant : quand je serai grande, j’aimerais savoir écrire comme ça. Aurélie a une prose à la fois fluide et riche, très immersive, qui fait appel aux cinq sens. Elle écrit les scènes sans filtre, aborde les sujets les plus durs sans concession. Ses personnages souffrent, et nous avec eux, mais jamais de manière gratuite. Enfin, elle a le don de poser une ambiance, ou de donner un rythme haletant à une histoire. J’ai eu du mal à lâcher le bouquin pendant les jours (peu nombreux) que j’ai mis à le lire.

Je n’ai qu’une hâte, de lire un nouveau roman d’Aurélie ! Et j’ai de la chance, elle a pris plein d’avance sur moi depuis la sortie des Loups, il y en a trois ou quatre que je n’ai pas encore lus…

À très vite pour une autre chronique !

 

Bilan du PIF

Avec l’arrivée du mois de juin, s’achève le Printemps de l’Imaginaire Francophone ou PIF. Avant de reprendre les chroniques individuelles de certaines de mes découvertes, voici un bilan général de mes lectures.

Contrairement à ce que pourraient laisser croire les apparences, je n’ai pas disparu de la surface du globe pour m’exiler sur une planète lointaine. J’ai préféré me concentrer sur certaines activités au mois de mai (l’écriture du quatrième tome des Puissances de Nilgir et la préparation de mon concours), ce qui fait que je n’ai pas pu poser un orteil sur le blog. J’espère retrouver le rythme ce mois-ci, même si je vais devoir commencer par une grosse mise à jour en lectures.

Je vous le rappelle, je m’étais lancée au mois de mars dans le PIF, Printemps de l’Imaginaire Francophone. D’une part, pour tester les « défis de lecture » sur un temps restreint, d’autre part pour profiter du blog pour promouvoir un peu l’imaginaire français.

Avec mon concours et les autres activités qui m’occupent habituellement, mon rythme de lecture a été assez faible ces derniers temps. Raisonnablement, j’avais donc misé sur un petit défi de 6 livres à lire au printemps. J’ai… largement réussi. En fait, j’ai même pulvérisé ce chiffre.

J’en ai profité pour vider ma PAL (Pile à Lire), qui contenait beaucoup beaucoup de choses, en mettant sur le dessus des romans écrits par des auteures francophones (je voulais cocher un des défis du PIF en particulier). Mais j’ai tellement vite lu que j’ai pu continuer au-delà des lectures de romans écrits par des femmes. Au passage, certains romans me sont tombés des mains.

Petit bilan, des lectures préférées aux mal aimées.

 

COUPS DE CŒUR, CHRONIQUES À VENIR

Le but du PIF étant de faire connaître les auteurs francophones, je réserve un article complet à chacun des ouvrages qui suivent, car je les ai a-do-rés et je veux absolument vous en dire plus. Il s’agit des Loups chantants d’Aurélie Wellenstein (Scrineo), d’Enfant du chaos d’Éva Simonin (Naos) et de Piratas d’Aurélie Rodriguez (Magnard).

Couverture du livre : Les Loups chantants  Couverture du livre : Les Veilleurs, tome 1 : Enfant du Chaos  Couverture du livre : Piratas

LECTURES SYMPATHIQUES

J’ai apprécié les titres qui suivent, sans toutefois éprouver l’enthousiasme débordant des trois précédents romans :

La Tour de Cécile Duquenne (auto-édition)
Une jeune femme se réveille dans un endroit inconnu, hostile, et réalise qu’elle n’a qu’une échappatoire : la fuite vers le haut ; ses souvenirs d’abord clairsemés lui reviennent par vagues, lui faisant comprendre que la raison de sa présence ici se trouve dans son passé trouble. Une lecture haletante, avec des personnages intéressants, mais trop peu fouillés à mon goût et, en toute franchise, je n’ai pas aimé la fin, que j’ai trouvé téléphonée.

Couverture du livre : La Tour

Les Élémentaires de Nadia Coste (Castelmore)
Dans un univers médiévo-moderne assez loufoque, les gens sont doués de magie en lien avec les 4 éléments (air-terre-eau-feu). Cassandra est mage de feu, mais n’a jamais réussi à contrôler son don, ce qui pose problème au quotidien. Pour guérir, elle s’embarque dans un voyage au long cours, accompagnée notamment d’un aventurier dont l’élément est l’eau. J’ai trouvé ce roman assez chouette à lire, drôle, avec des personnages assez attachants. Ce n’est pas un coup de cœur non plus (je ne suis pas une grande fan de romans à l’humour décalé en fait, et il y avait parfois des ficelles scénaristiques un peu grosses), mais en lisant la fin, j’ai trouvé pas mal de portes ouvertes pour une suite. Si elle paraît un jour, je pense que je la lirai.

Destinations, l’anthologie des Imaginales 2017 (éditions Mnémos)
Pour ce dernier titre, j’ai commencé par ne lire que les nouvelles d’auteures ^^ Et finalement, j’ai lu la totalité. J’ai découvert au passage de très belles plumes, ce qui me donne envie de creuser et voir ce que ça donne sur des romans (Charlotte Bousquet, G.D. Arthur).

Couverture du livre : Anthologie des Imaginales 2017 : Destinations

LES LECTURES « SANS PLUS »

J’ai lu en me forçant (dommage, hein ?) deux romans, et en ai carrément abandonné deux autres :

Aussi libres qu’un rêve de Manon Fargetton (Castelmore) – une dystopie avec un univers et des personnages trop peu fouillés ou caricaturaux à mon goût

Couverture du livre : Aussi libres qu'un rêve

Les Océans stellaires de Loïc Henry (Scrineo) – malgré le titre accrocheur, je n’ai pas réussi à apprécier ce roman en dehors de quelques descriptions sous-marines : je trouve que l’auteur ne donne pas assez de clés pour comprendre l’univers, que les personnages (notamment au niveau des dialogues) sont assez mal écrits, je n’ai pas réussi à vraiment entrer dans l’histoire, et surtout, je trouve assez scandaleux de parler de sujets sensibles (clonage) sans vraiment intégrer une réflexion dessus.

Couverture du livre : Les Océans Stellaires

J’ai abandonné Bordermarge d’Emmanuelle Nuncq (Castelmore), je n’arrivais pas vraiment à rentrer dedans, et comme je m’étais un peu fait violence pour terminer Aussi libres qu’un rêve, j’ai préféré ne pas insister.

Et surtout, Le Flibustier du froid de Ludovic Rosmorduc (Le Riez) m’est tombé des mains. Je suis passée outre quelques maladresses d’écriture et clichés, mais le traitement des femmes, dans un roman français écrit dans les années 2010, m’a scandalisée : ce n’est pas possible à mon sens de créer une armurière (donc en théorie une bad-ass en puissance) qui ne pense qu’à cuisiner de bons petits plats pour que le bellâtre de service daigne lui accorder un regard.

DÉFIS REMPORTÉS

Avec cette liste, en plus des quatre précédents romans que je vous ai présentés individuellement, j’ai lu au printemps douze ouvrages, romans ou recueils de nouvelles, de l’imaginaire francophone (oui, je ne vous parle pas ici de mes lectures en dehors de cette catégorie ^^ ). Soit le double de ce que j’avais prévu (je sais, j’ai beaucoup trop lu, pas assez blogué, désolée).

Au passage, ma PAL est revenue à des proportions décentes, ça fait du bien !

J’ai coché les 9 défis suivants du PIF (sur 15 au total) :

  • Lire un livre en rapport avec le vent ou l’air (dans le titre ou le contenu) [parce que l’air est l’élément du printemps]
  • Ne lire que des romans et des nouvelles
  • Lire un recueil de nouvelles
  • Lire un livre auto-édité
  • Lire un livre d’une petite maison d’édition
  • Lire un récit avec une héroïne
  • Lire une suite de série
  • Terminer une série
  • Lire une relique de votre PAL

Et failli en cocher un dixième, en ne lisant presque que des auteures !

On arrive au terme de ce long bilan. Je vais reprendre un rythme plus lent en lectures, mais je ferai peut-être un nouveau bilan à la fin de l’été, période propice au bouquinage 🙂

À très vite !

Empathie, identification, les ingrédients de la relation personnage-lecteur·trice

Homme, femme. Jeune, vieux. Combatif, terrifié. Amoureux, plein de rancœur. Dans un roman (ou une nouvelle), les personnages font vivre l’histoire. Si l’alchimie entre eux et la lectrice prend, elle vit au rythme des aventures de ces protagonistes.

 

Mais comment naît cette alchimie ? Qu’est-ce qui fait qu’on va s’attacher aux pas de l’héroïne ? Compatir de ses misères ? S’enthousiasmer de ses victoires ?

CE PERSONNAGE, C’EST MOI TOUT CRACHÉ !

L’identification est le mécanisme le plus évident. On s’intéresse à ceux qui nous ressemblent.

Qui nous ressemblent… physiquement ? Dans ce cas, les aventures d’un garçon à lunettes, cicatrice et cheveux en bataille (au hasard) ne m’intéresseront guère. Viser l’identification du personnage au lecteur, c’est prendre un risque pour l’auteur. Tous ceux qui auront le livre entre les mains ne peuvent pas partager forcément les caractéristiques du héros. Ne serait-ce que par la grande diversité de notre société. Garçon, fille, ou autre. Blond, brune, bleu. Vieux, jeune (et encore, là, c’est dans la tête). Grand ou petit, gros ou mince. Nous sommes tous différents et souvent, ce n’est pas notre physique qui nous rapproche les uns des autres.

Quand je lis, comme ça m’arrive en ce moment, l’histoire d’une jeune mère, je suis forcément touchée (surtout qu’on lui enlève le bébé à la naissance, dans une scène quasiment insoutenable… merci Sophie Moulay de m’arracher le cœur au passage). Ce personnage est une jeune fille de la noblesse médiévale, blonde aux yeux bleus, la tête farcie d’histoires sur l’amour courtois, avec néanmoins un intérêt naissant pour les intrigues de cour et la politique. Je ne suis pas (du tout) dans cette situation, j’ai un physique opposé. Mais la naissance de mon Petit Chat est encore fraîche dans ma mémoire, et je me révulse intérieurement à l’idée qu’on aurait pu me l’enlever à ce moment-là.

Plus qu’à leur physique, à leur situation dans la vie, on s’identifie aux personnages par les situations qu’ils vivent, leur quotidien. Pas forcément la grande quête qui va les mener d’embûche en embuscade, mais plutôt par les pique-niques partagés avec leurs compagnons de route, les cauchemars et les coups de soleil sur la nuque (ça se voit que je fais référence au Seigneur des anneaux ?).

L’identification est donc un des moyens d’attacher la lectrice au personnage. Mais ce moyen présente des limites. Il faut lui parler de ce qu’elle connaît, de situations qu’elle peut avoir vécu, ce qui pose deux problèmes :

  • nous n’expérimentons pas tous les mêmes choses (l’exemple de la maternité marchera sur une femme qui est mère, ce qui est loin d’être le cas de tous les lecteurs potentiels d’un livre)
  • on se cantonne forcément à des scènes du quotidien, parce qu’il y a peu de chances que les lecteurs soient des chevaliers chevronnés ou des astronautes en partance pour Mars

Heureusement, il existe un autre mécanisme, bien plus puissant que l’identification, pour attacher un lecteur à une héroïne.

TU GALÈRES, DONC JE TE SUIS

L’empathie. C’est la clé pour attacher la lectrice à ce héros qui ne lui ressemble aucunement. Et comment on la déclenche ? En mettant le héros en difficulté, bien sûr ! Pas forcément en le faisant souffrir, attention.

Pour reprendre un exemple tout à fait au hasard, de garçon brun à lunettes, cicatrice et cheveux en bataille, il peut lui arriver au cours de ses aventures de souffrir. Beaucoup. Des bobos au corps, des bobos à l’âme. Bras cassé, cœur brisé, décès d’un proche. Tout ça nous le rend attendrissant, bien entendu. Mais ce qui nous accrochera pour de bon à ses aventures, c’est de le voir lutter… contre ce destin qui s’obstine à lui envoyer des marrons à la figure, contre cet ennemi. Et encore mieux, contre lui-même.

La notion du conflit est à mon avis cruciale pour générer l’empathie. Si le héros ne rencontre pas de difficultés, s’il est toujours en accord avec les autres ou avec ses propres valeurs, c’est un peu facile, non ? On le regardera triompher des difficultés avec un rien d’ennui. On ne s’attachera pas. On ne voudra pas vraiment qu’il gagne à la fin.

Et c’est comme ça qu’on – lectrice, lecteur – parvient à la fin du roman sans même s’en être rendu compte. Parce qu’on veut savoir s’il s’en sort, ce brun à lunette. On veut savoir si cette mère déchirée retrouvera son enfant. Au fond, c’est une envie bien humaine. Vérifier qu’à la fin de l’histoire, tout s’arrange (ou pas).

 

Crédit photo : Annie Spratt sur Unsplash

 

Les Baleines célestes – Élodie Serrano

À l’heure où je publie cet article, le roman dont je vais vous parler n’est pas encore publié… J’ai profité d’une prévente le jour de Noël dernier pour mettre la main sur ce texte en avant-première !

Alerte, une couverture magnifique s’est échappée !

Dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone (ou PIF), j’espérais lire au moins trois livres en trois mois, avec mon quotidien un peu surchargé cette année, mais j’ai déjà dépassé mon quota et suis en passe de le doubler ! Je vais donc publier mes retours de lecture de manière plus rapprochée, pour ne pas transformer ce blog en blog de lecture d’ici au mois de juin 🙂

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Comme je vous le disais, les Baleines célestes ne sortiront vraiment qu’en fin de cette année, en novembre 2018 pour être précise. Pourtant, le roman a déjà sa fiche sur le site de la maison d’édition, Plume blanche. Il semble que la stratégie commerciale de cette maison, ainsi que son planning de parution préparé très en amont, passe par une mise en vente bien longtemps après que le roman soit fin prêt. (Je ne saisis pas trop l’avantage à procéder ainsi, personnellement, si quelqu’un a une idée, je veux bien qu’il·elle la partage en commentaire).

Tout ça pour dire que les Baleines célestes sont parties en fin d’année dernière vers quelques blogueurs chanceux pour bénéficier d’une chronique bien avant leur sortie.

DE QUOI ÇA PARLE ?

Alors que le navire spatial du Capitaine Alexandra Levisky frôle les frontières de l’univers, personne ne s’attend à ce que la maladresse d’un membre de l’équipage libère une des légendaires Baleines célestes.
Seulement, la gigantesque fuyarde se dirige droit vers le cœur historique de la galaxie, au risque de détruire plusieurs mondes sur son passage…

À lire si vous aimez :

  • les cétacés non conventionnels
  • l’humour
  • les personnages féminins qui n’ont pas les deux pieds dans le même sabot

Vous n’y trouverez pas :

  • une SF cherchant à expliquer la façon dont elle contourne les lois de la physique
  • de véritable « méchant »

MON AVIS

J’ai passé un chouette moment de lecture à bord de l’Éloïse, le vaisseau qui emmène Alexia et son équipage à travers la galaxie, à la poursuite de cette coquine de baleine échappée de sa réserve naturelle.

J’ai juste eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire au démarrage, en raison de son ton très humoristique (qui fait penser à du Terry Pratchett) et de son aspect « light SF » (je ne m’attendais pas à ce type d’histoire et j’aime bien habituellement qu’on m’explique comment on contourne la vitesse limitée de la lumière, pour les communications et voyages très longues distances, par exemple).

Une fois ce cap un peu difficile dépassé, je me suis bien amusée. Je recommande à tous ceux qui veulent se vider la tête avec une aventure rythmée et des personnages bien campés.

PRINTEMPS DE L’IMAGINAIRE FRANCOPHONE

Cette lecture me permet de valider un nouvel objectif du PIF :
9. Lire un livre d’une petite maison d’édition

Et j’enchaîne avec une nouvelle lecture : Les Aériens, de Marie-Catherine Daniel !