Parenthèses enchantées

Ces dernières semaines, j’ai pu participer à deux salons du livre en tant qu’auteure. Plutôt qu’un classique compte-rendu de mon vécu « avant-pendant-après », je voudrais vous parler des parenthèses enchantées que je vis parfois au cours de ce genre d’événements.

Parenthèses enchantées ? Quoi qu’est-ce ?

Je ne vais pas vous mentir. L’image que je me faisais de l’auteur·e en dédicace est loin, très loin de la réalité. Point de file d’attente devant son stand. Point de crampe à force de dédicacer à tout va pendant toute une journée. Point de montagne de petits cadeaux apportés par les fans en délire. Non, je n’ai pas besoin d’une brouette pour rapporter mes souvenirs glanés au cours d’un de ces événements.

Quand on est un·e auteur·e encore à découvrir, les salons, ce sont de longues périodes d’attente, des moments un peu frénétiques où vous vous efforcez de présenter votre roman de façon claire et attractive à des visiteurs qui vont découvrir un grand nombre d’autres œuvres au cours de la demi-heure suivante, beaucoup de discussions avec vos collègues de dédicace et parfois, des parenthèses enchantées, qui font le sel de ces journées.

 

Une parenthèse enchantée, ça peut être ce moment magique où le visiteur se transforme en futur lecteur. Vous lui avez pitché votre histoire, l’étincelle s’allume dans son regard : il veut savoir la suite. C’est particulièrement savoureux avec les enfants. Et le meilleur, c’est quand vous ne vous y attendez plus. Ils sont très forts pour ça. Et que je me la joue blasé ; et que j’ai l’air d’écouter d’une oreille ; et puis, quand Maman ou Papa me demande si je suis intéressé, je hoche la tête très vite d’un air gourmand…

À Monte-Cristo, cette année, j’ai connu un de ces moments uniques et délicieux. Une petite fille, accompagnée de ses parents, vient voir ce qu’il y a sur ma table. Toute frêle, elle semble trop jeune pour lire de tels pavés, (mais l’expérience m’a appris qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture (hu hu hu… même pas honte !)). Comme à mon habitude, j’explique à grands traits la situation initiale du premier tome, présente mes quatre héros puis ajoute une petite phrase sur ce qui se passe dans les deuxième et troisième tomes.

Et là, surprise : elle veut lire le deuxième tome. Non, pas après avoir lu le premier, elle veut commencer par le milieu. Le père me sourit, sa fille a l’habitude de lire dans le désordre, elle n’a pas trop le choix avec la bibliothèque de la commune qui possède des séries incomplètes… Amusée, je lui dédicace donc les Sphères de Kumari, soulagée d’avoir mis un résumé du premier tome au début. Elle repart avec son butin sous le bras (et un mail reçu une semaine après me confirme qu’elle l’a lu… et a maintenant envie de lire le premier tome 😉 ).

 

Une parenthèse enchantée peut aussi survenir au cours d’une discussion avec votre voisine de table, un fou rire partagé pour tout et rien (souvent cette météo peu clémente ou ce visiteur à peine poli). Je crois qu’il n’y a qu’en salon qu’on peut ainsi nouer des relations de quelques heures, complicité inattendue, confidences qu’on n’aurait jamais faites à cette personne si nous ne nous étions pas retrouvées l’espace d’un jour ou deux attablés côte à côte. Découverte d’un confrère, d’une consœur, qui vit son écriture d’une manière très personnelle et pourtant, si semblable à la vôtre.

 

Ce peut aussi être la petite minute de mise en lumière à laquelle vous ne vous attendiez pas. Au salon de Moret-sur-Loing, se déroule en fin de journée une remise de prix. Le Rotary, qui organise l’événement, décerne en tout huit prix (oui, ça fait beaucoup, je trouve aussi). Ma table de dédicace fait face à l’estrade, je peux observer sans risque de torticolis le défilé de confrères et consœurs récompensés. Au fur et à mesure, je note que certains sont peut-être plus habitués que d’autres à l’exercice. J’apprécie le discours saccadé, avec des larmes dans la voix, bien plus que celui d’une clarté médicale (et pour cause… nombre de lauréats sont aussi médecins), dénué d’émotion.

À la fin, l’organisateur des jurys dit quelques mots. Rappelle qu’il y a eu beaucoup de candidats, que les jurys ont eu du mal à les départager. Qu’il faut persévérer, car certains des romans présentés ont vraiment beaucoup de qualités. Par exemple, La Cité d’argent d’Anaïs La Porte. Il a dû citer deux ou trois autres œuvres après celle-là, mais je n’ai pas entendu, mon cerveau était en pause pour prolonger ce moment.

 

Ces parenthèses, je les collectionne avec soin. Une petite étiquette, une place sur l’étagère dans un coin de mon cerveau, avec un beau spot juste au-dessus. Je les retrouverai dans les moments difficiles, qui surviennent forcément tôt ou tard : quand la motivation me fuit et que mon travail a besoin d’un aiguillon.

 

Crédit photo : Chrislawton sur Unsplash

Brève de salon 08/10/17

Parfois, au cours d’une dédicace en librairie ou d’un salon, je saisis au vol des échanges, petites répliques bien senties ou phrases mémorables.

À Moret-sur-Loing, au salon du livre dédicacé, à la table voisine de la mienne…

— Bonjour, vous connaissez Rosa Bonheur [une peintre animalière du 19ème siècle] ? J’ai écrit sa biographie… Vous l’avez déjà ? Sinon, je vends du fromage. Pour deux tommes achetées, j’offre un livre !

[petite explication : en parallèle du salon, cette auteure proposait des fromages d’un petit producteur des Alpes. Malvoyant, elle s’efforce de l’aider à se faire connaître et à écouler ses produits, dont elle ramène un bon stock sur Paris dès qu’elle en a l’occasion. Un bel exemple de solidarité inter-régions !]

Crédit photo : Alexander Maasch sur Unsplash

Brève de salon 01/10/17

Parfois, au cours d’une dédicace en librairie ou d’un salon, je saisis au vol des échanges, petites répliques bien senties ou phrases mémorables.

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Par exemple, le 1er octobre 2017 au pied du château de Monte-Cristo…

Une maman demande à son enfant, nouveau lecteur en train de feuilleter un premier pavé avec gourmandise :

— Si je l’achète, tu le liras, hein ?

(avec aplomb) Non.

(décontenancée) Non ?

(avec un grand sourire) Tu me le liras.

 

Crédit photo : Pezibear sur Pixabay