Piratas – Aurélie Rodriguez

Je termine aujourd’hui la série de mes trois récents coups de cœur livresques avec un excellent roman d’aventures pirates assaisonnées de mythologies du monde entier : Piratas, d’Aurélie Rodriguez, aux Éditions Magnard.

Piratas

 

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

J’ai acheté ce roman au cours d’un salon où je me trouvais en tant qu’auteure. J’ai discuté toute la journée avec Aurélie Rodriguez et nous avons sympathisé. Son roman me faisait de l’œil, j’ai craqué… Et j’en suis bien contente !

 

DE QUOI ÇA PARLE ?

Un grand roman d’aventure qui apporte un air nouveau au genre du récit de pirates. Drôle, moderne, culotté : ébouriffant.
À bord du Corazon de Negro, les femmes ne sont pas les bienvenues. C’est ce qu’Antonio, jeune pirate espagnol, ne va pas tarder à apprendre lorsque son propre père tente d’assassiner sa petite sœur à peine née en la jetant par-dessus bord. Avec l’aide de Rodrigo, vieux loup de mer, il décide de sauver l’enfant et permettra ainsi à Esperanza de vivre cachée sur le navire.

Quinze ans plus tard, Esperanza vit toujours sur les mers en compagnie de son père et de son frère, qui garde seul le secret de son identité : pour tous les autres, l’adolescente n’est autre que « Le Borgne », un des plus jeunes pirates de l’équipage, et peut-être le plus redoutable.

Sous la coupe brutale du père d’Antonio et Esperanza, les écumeurs du Corazon de Negro sont à la recherche d’un trésor composé de trois morceaux de cartes éparpillés entre l’Inde, la couronne du Portugal et le Nouveau Monde.

Mais un jour, à la faveur d’une escale, les jeunes gens décident de s’enfuir pour composer avec le vieux Rodrigo leur propre équipage pirate à bord du Tiburon de Oro. Leur but : mettre au plus vite la main sur les trois plans et localiser le fameux trésor avant tout le monde. Accompagnés de Bout de ficelle, un petit mousse spécialiste du nœud coulant, de Lord Winchester, noble anglais à l’éthique irréprochable et de la mystérieuse Paï-Paï, il leur faudra redoubler d’énergie et de malice pour feinter l’équipage paternel, triompher des obstacles et donner au Tiburon de Oro ses lettres de noblesse.

Sans pour autant y perdre leur âme.

À lire si vous aimez : 

  • les pirates
  • l’humour
  • des voyages au coeur des grands mythes de tous horizons (je sais, je divulgâche un poil, mais j’ai vraiment été conquise par cet aspect)

Vous n’y trouverez pas : 

  • un univers réaliste
  • de personnages très complexes (même s’ils restent attachants et ne sont pas toujours ceux qu’on croit…)
  • de perroquet qui répète tout ce que dit le capitaine du navire (en vrai, ça ne m’a pas manqué 😉 )

MON AVIS

C’est le roman à lire pendant les vacances, par excellence. Bien sûr, il y a quelques aspects peu réalistes, mais on passe dessus avec plaisir, rien que pour rester dans cette histoire racontée sur un ton humoristique qui fonctionne à merveille.

On embarque dans cette aventure, on suit ses héros au caractère bien trempé, qui se chamaillent tant et plus, mais s’adorent malgré tout.

J’ai ri du début à la fin, je me suis nourrie de cet imaginaire éclectique, et je n’attends qu’une chose, c’est que l’auteure publie un autre roman (je sais, je me répète, mais c’est un coups de cœur ou pas ?).

Et d’ici à ce que ça arrive, je relirai ce roman avec grand plaisir (tiens, vais peut-être le glisser dans ma valise, en prévision de ma session plage-et-cocotiers).

 

Enfant du chaos – Éva Simonin

Deuxième fiche de lecture du mois pour un autre coup de coeur : Enfant du chaos, d’Éva Simonin, paru sous le label Naos.

Les Veilleurs, tome 1 : Enfant du chaos par Simonin

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Il semble que ce soit un premier tome (la série s’intitule « Les Veilleurs« ), mais je n’ai pas encore vu d’information sur la parution de la suite. Si les éditeurs d’Éva Simonin me lisent, ouiiiiiiiii il faut publier la suite ! (ou tout autre roman qu’elle cache dans un tiroir, d’ailleurs).

J’ai en fait découvert cette auteure il y a quelques années à travers son premier roman, Les Tisseurs du temps, paru aux éditions Atria. J’étais entièrement tombée sous le charme de cette plume aux accents à la fois élégants et vibrants de vie, de son héroïne attachante parce que si humaine, et à la fois tellement à part, dotée d’un don intrigant.

Bref, je n’attendais qu’une chose, qu’Éva Simonin publie un autre roman.

 

DE QUOI ÇA PARLE ?

Depuis la mort du dieu de l’Équilibre, le chaos ne cesse d’augmenter. À Okkia, il engendre des spectres, êtres monstrueux qui se nourrissent des humains. Les pompiers régulent la menace de leur mieux, mais ils arrivent trop tard pour sauver la famille d’Anielle. Unique rescapée, la jeune femme décide de rejoindre leurs rangs pour lutter à son tour contre incendies, tempêtes surnaturelles et créatures dangereuses.

[je coupe ici la présentation trouvée sur le site de l’éditeur, je trouve qu’elle divulgâche pas mal le roman.]

À lire si vous aimez : 

  • les personnages contrastés, pas manichéens
  • les univers dotés d’une mythologie et d’une magie originaux, complexes, tout en restant accessibles
  • les intrigues de cour élaborées

Vous n’y trouverez pas :

  • de fantômes en draps blancs agitant des chaînes
  • de magiciens avec baguettes magiques

MON AVIS

Difficile, donc, de vous parler de ce roman sans le divulgâcher. Disons simplement que l’héroïne, Anielle, va vous intriguer, vous émouvoir, vous emporter dans sa quête, vous faire vibrer au rythme de sa découverte du monde qui l’entoure, mais aussi de sa propre personne et de ses capacités.

Chapeau bas également à l’univers brodé en arrière-plan, singulier tout en restant compréhensible sans avoir besoin de recourir à des annexes ou des notes de bas de page.

Bref, je n’attends qu’une chose, la suite de la série (ou n’importe quel autre roman d’Éva Simonin). (Je vous l’ai déjà dit ?)

 

Les Loups chantants – Aurélie Wellenstein

L’autre jour, je vous ai parlé de trois coups de cœur pour lesquels je projetais de rédiger une fiche de lecture séparée. Voici le premier : Les Loups chantants d’Aurélie Wellenstein, parus chez Scrineo.

 

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

J’ai entendu parler de ce roman pour la première fois dans le cadre des bêta-lectures de CoCyclics, vous savez, ce forum d’auteurs qui permet de travailler ses écrits avec des personnes de confiance.

Je n’ai pas participé à la bêta-lecture, même si j’avais très envie de découvrir ce roman, mais j’ai suivi de loin les échanges à son sujet. J’avais hâte de pouvoir le lire, mais je n’ai pu le faire que deux ans après sa sortie !

DE QUOI ÇA PARLE ?

Yuri appartient à un clan d’éleveurs de rennes. Il vit dans un village entouré par un perpétuel blizzard. Il y a un an, son amour, Asya, a disparu dans la tempête, attirée par les hurlements hypnotiques des loups chantants. Bien que tout le monde la croie morte, le garçon espère qu’elle est toujours en vie, quelque part, de l’autre côté du blizzard.

Un jour, la sœur de Yuri, Kira, contracte un mal étrange ; son corps se couvre de glace. Pour le chaman du clan, la jeune fille est maudite par le dieu de l’hiver ; elle est bannie, et condamnée à s’enfoncer seule dans le blizzard. Mais une amie, Anastasia, rejette farouchement ce verdict surnaturel. Selon elle, il s’agit d’une maladie soignable à la capitale, par la chirurgie.

Déterminés à tout tenter pour sauver Kira, Yuri et Anastasia prennent leurs traîneaux à chiens pour emmener la jeune malade à la capitale. Mais aussitôt partis à travers le blizzard, les loups les prennent en chasse.

 

À lire si vous aimez :

  • les romans au rythme haletant
  • les créatures de fantasy originales, inspirées d’un folklore différent (issu de l’est de l’Europe, pour changer)
  • une immersion totale dans un milieu hostile
  • les personnages déchirés par de forts enjeux

Vous n’y trouverez pas :

  • de violence gratuite
  • de développements très complexes chez les antagonistes

MON AVIS

Au départ, j’ai été un peu surprise de voir quelques éléments « modernes » se raccrocher à cet univers. C’est d’ailleurs ce qui fonctionne moins bien à mon goût dans ce roman, cette tentative de rationaliser les événements, de se rapprocher d’un monde guidé, comme le nôtre, par la technologie.

Heureusement, l’histoire dépasse vite cet aspect pour nous entraîner dans une course à corps perdu dans la neige, à travers les steppes. On fuit avec les trois personnages principaux ces terrifiants loups chantants, on tremble de voir Yuri, le jeune héros, subir la fascination qu’exerce sur lui l’une des louves. Tout ça en grelottant de froid, en ressentant les craquelures de ses lèvres gercées, la faim qui le tenaille…

J’ai pris une claque en lisant ce roman, je l’ai refermé en me disant : quand je serai grande, j’aimerais savoir écrire comme ça. Aurélie a une prose à la fois fluide et riche, très immersive, qui fait appel aux cinq sens. Elle écrit les scènes sans filtre, aborde les sujets les plus durs sans concession. Ses personnages souffrent, et nous avec eux, mais jamais de manière gratuite. Enfin, elle a le don de poser une ambiance, ou de donner un rythme haletant à une histoire. J’ai eu du mal à lâcher le bouquin pendant les jours (peu nombreux) que j’ai mis à le lire.

Je n’ai qu’une hâte, de lire un nouveau roman d’Aurélie ! Et j’ai de la chance, elle a pris plein d’avance sur moi depuis la sortie des Loups, il y en a trois ou quatre que je n’ai pas encore lus…

À très vite pour une autre chronique !

 

Empathie, identification, les ingrédients de la relation personnage-lecteur·trice

Homme, femme. Jeune, vieux. Combatif, terrifié. Amoureux, plein de rancœur. Dans un roman (ou une nouvelle), les personnages font vivre l’histoire. Si l’alchimie entre eux et la lectrice prend, elle vit au rythme des aventures de ces protagonistes.

 

Mais comment naît cette alchimie ? Qu’est-ce qui fait qu’on va s’attacher aux pas de l’héroïne ? Compatir de ses misères ? S’enthousiasmer de ses victoires ?

CE PERSONNAGE, C’EST MOI TOUT CRACHÉ !

L’identification est le mécanisme le plus évident. On s’intéresse à ceux qui nous ressemblent.

Qui nous ressemblent… physiquement ? Dans ce cas, les aventures d’un garçon à lunettes, cicatrice et cheveux en bataille (au hasard) ne m’intéresseront guère. Viser l’identification du personnage au lecteur, c’est prendre un risque pour l’auteur. Tous ceux qui auront le livre entre les mains ne peuvent pas partager forcément les caractéristiques du héros. Ne serait-ce que par la grande diversité de notre société. Garçon, fille, ou autre. Blond, brune, bleu. Vieux, jeune (et encore, là, c’est dans la tête). Grand ou petit, gros ou mince. Nous sommes tous différents et souvent, ce n’est pas notre physique qui nous rapproche les uns des autres.

Quand je lis, comme ça m’arrive en ce moment, l’histoire d’une jeune mère, je suis forcément touchée (surtout qu’on lui enlève le bébé à la naissance, dans une scène quasiment insoutenable… merci Sophie Moulay de m’arracher le cœur au passage). Ce personnage est une jeune fille de la noblesse médiévale, blonde aux yeux bleus, la tête farcie d’histoires sur l’amour courtois, avec néanmoins un intérêt naissant pour les intrigues de cour et la politique. Je ne suis pas (du tout) dans cette situation, j’ai un physique opposé. Mais la naissance de mon Petit Chat est encore fraîche dans ma mémoire, et je me révulse intérieurement à l’idée qu’on aurait pu me l’enlever à ce moment-là.

Plus qu’à leur physique, à leur situation dans la vie, on s’identifie aux personnages par les situations qu’ils vivent, leur quotidien. Pas forcément la grande quête qui va les mener d’embûche en embuscade, mais plutôt par les pique-niques partagés avec leurs compagnons de route, les cauchemars et les coups de soleil sur la nuque (ça se voit que je fais référence au Seigneur des anneaux ?).

L’identification est donc un des moyens d’attacher la lectrice au personnage. Mais ce moyen présente des limites. Il faut lui parler de ce qu’elle connaît, de situations qu’elle peut avoir vécu, ce qui pose deux problèmes :

  • nous n’expérimentons pas tous les mêmes choses (l’exemple de la maternité marchera sur une femme qui est mère, ce qui est loin d’être le cas de tous les lecteurs potentiels d’un livre)
  • on se cantonne forcément à des scènes du quotidien, parce qu’il y a peu de chances que les lecteurs soient des chevaliers chevronnés ou des astronautes en partance pour Mars

Heureusement, il existe un autre mécanisme, bien plus puissant que l’identification, pour attacher un lecteur à une héroïne.

TU GALÈRES, DONC JE TE SUIS

L’empathie. C’est la clé pour attacher la lectrice à ce héros qui ne lui ressemble aucunement. Et comment on la déclenche ? En mettant le héros en difficulté, bien sûr ! Pas forcément en le faisant souffrir, attention.

Pour reprendre un exemple tout à fait au hasard, de garçon brun à lunettes, cicatrice et cheveux en bataille, il peut lui arriver au cours de ses aventures de souffrir. Beaucoup. Des bobos au corps, des bobos à l’âme. Bras cassé, cœur brisé, décès d’un proche. Tout ça nous le rend attendrissant, bien entendu. Mais ce qui nous accrochera pour de bon à ses aventures, c’est de le voir lutter… contre ce destin qui s’obstine à lui envoyer des marrons à la figure, contre cet ennemi. Et encore mieux, contre lui-même.

La notion du conflit est à mon avis cruciale pour générer l’empathie. Si le héros ne rencontre pas de difficultés, s’il est toujours en accord avec les autres ou avec ses propres valeurs, c’est un peu facile, non ? On le regardera triompher des difficultés avec un rien d’ennui. On ne s’attachera pas. On ne voudra pas vraiment qu’il gagne à la fin.

Et c’est comme ça qu’on – lectrice, lecteur – parvient à la fin du roman sans même s’en être rendu compte. Parce qu’on veut savoir s’il s’en sort, ce brun à lunette. On veut savoir si cette mère déchirée retrouvera son enfant. Au fond, c’est une envie bien humaine. Vérifier qu’à la fin de l’histoire, tout s’arrange (ou pas).

 

Crédit photo : Annie Spratt sur Unsplash

 

Les Aériens – Marie-Catherine Daniel

Deuxième retour de lecture pour cette semaine, avec un roman jeunesse qui décoiffe !

L’HISTOIRE DERRIÈRE L’HISTOIRE

Ce joli roman en a fait, du chemin, avant d’arriver dans ma bibliothèque… Publié par les éditions Sarbacane en fin d’année dernière, mon exemplaire faisait partie d’un lot qui est parti loin au sud, retrouver son auteure à l’occasion d’une séance de dédicaces… Séance à laquelle j’avais envoyé ma Maman, pour me ramener mon cadeau de Noël dédicacé.

Car Marie-Catherine Daniel, une de mes auteures préférées, vit encore à la Réunion pour quelques semaines avant de changer radicalement de localisation.

DE QUOI ÇA PARLE ?

Dure rentrée de 5e, pour Alexandre : tous ses amis l’ont abandonné car Romain, son grand frère, est responsable de la mort d’un lycéen dans un accident de moto. Théo et sa bande sont prêts à tout pour faire payer Romain – y compris s’en prendre à Alexandre, qu’ils harcèlent chaque jour. Heureusement, il y a Sarah, la nouvelle au collège. Elle n’aime pas les injustices et aide les deux frères. C’est justement en se réfugiant chez elle, un matin, qu’ils font la connaissance d’un être étrange : Courantd’Air.

Courantd’Air est un Aérien : un nuage de particules, invisible tant qu’il ne se charge pas de poussière. Il explique aux trois amis qu’il s’est fait piéger dans le lave-linge de Sarah alors qu’il fuyait un autre Aérien, le terrifiant Blizzard, qui vient d’arriver dans la région avec sa bande d’envahisseurs.

Leur but ? Détruire la ville !

 À lire si vous aimez :

  • les ados pas clichés et attachants
  • les créatures fantastiques peu courantes
  • les antagonistes avec de bons côtés

Vous n’y trouverez pas : 

  • de bataille dantesque
  • de personnage tout blanc ou tout noir

MON AVIS

Je suis une grande fan de cette auteure, j’ai donc été happée avec grand plaisir dans ce petit roman, et retrouvé sa plume qui sait faire parler vrai à ses personnages. Sarah, Alexandre, Romain, Théo. Et même Courantd’Air, tous ont leur voix, leur personnalité.

Et Marie-Catherine Daniel ne craint pas d’aborder des thématiques difficiles, comme le harcèlement scolaire ou le handicap (invisible), pour mieux amener le (jeune ou moins jeune) lecteur à y réfléchir.

PRINTEMPS DE L’IMAGINAIRE FRANCOPHONE

Cette lecture me permet de valider un nouvel objectif du PIF :

4. Lire un livre en rapport avec le vent ou l’air

Et voilà… La prochaine fiche de lecture portera sur un coup de coeur absolu… Les Loups chantants, d’Aurélie Wellenstein.