Comment je suis devenue une auteure impitoyable…

Le parcours d’un·e auteur·e est émaillé de petites révélations, qui la·le font grandir dans sa manière d’écrire. J’en ai vécu une, l’année dernière, mais je viens enfin de faire le tour de ses implications en terminant la réécriture d’un roman.

One person standing close to the edge of a cliff alone in Sedona

Quand j’ai commencé à écrire, j’étais une auteure-doudou. Je chouchoutais mes personnages. Il ne leur arrivait rien de très grave. Les difficultés sur leur route n’étaient jamais bien compliquées à surmonter. Leur voyage se déroulait en une ligne bien droite et les éléments dont ils·elles avaient besoin pour continuer leur route arrivaient au bon moment.

Pour alimenter le récit et susciter l’envie de continuer chez les lecteurs·trices, je travaillais sur l’univers et les personnages. Et puis… j’ai reçu des bêta-lectures (pour en savoir plus sur la bêta-lecture, rendez-vous la semaine prochaine). Le verdict est tombé, à quelques semaines d’écart, sur deux romans très différents : manque de tension ; parcours un peu trop prévisible ; et parfois, horreur, des deus ex machina !

Un terme très en vogue chez les apprentis auteurs… Si le procédé du deus ex machina (comprendre l’aide inespérée qui tombe pile au bon moment) était accepté sur les scènes antiques, ça a bien changé aujourd’hui ! Ne vous est-il jamais arrivé, au cours d’une lecture, de vous sentir floué, parce que le héros est dans une situation impossible et que l’auteur l’en sort en lui envoyant du secours de manière artificielle ?

Par exemple (mauvais, j’en conviens), l’héroïne est suspendue par le bout des doigts à la falaise. Elle est sur le point de tomber, ses doigts glissent, horreur… et elle s’aperçoit qu’il y a une corniche juste sous ses pieds. Et pourquoi pas une échelle ou un funiculaire, tant qu’on y est ?

Encore pire que cette impression de facilité invraisemblable, l’ennui. On tourne les pages, les personnages sont intéressants, attachants mais… il ne se passe RIEN. Ils vivent leur petite vie, sans objectif, sans but.

Une histoire, c’est une voiture. La carrosserie (l’univers) peut être d’une belle couleur bien lustrée ; les sièges (les personnages ? ) peuvent être confortables (ok, elle est nulle ma comparaison), mais s’il n’y a pas de moteur (enjeu, tension, conflit…), on ne va pas bien loin.

Il m’a fallu du temps pour comprendre ça. Et du temps pour accepter qu’il fallait sortir mes loulous de leur zone de confort. Résultat : j’ai encore moins respecté mon plan que d’habitude, parce qu’à chaque difficulté, je trouvais que mon héros se débrouillait trop vite, trop bien. Il est sorti de l’expérience bien plus cabossé que dans la première version, il a atteint son but avec beaucoup moins de moyens que je ne l’aurais cru au départ, mais il y est arrivé ! Je suis fière de lui (et contente de moi). Moins égal plus, c’est encore plus vrai en écriture !

Bien entendu, il y a plein d’exceptions possibles à ce que je vous raconte là : par exemple, un deus ex machina peut être transformé en simple circonstance de l’histoire si on implante la petite corniche bien avant que l’héroïne ne s’y retrouve. Ou si on la change en un morceau de roche friable qui menace de s’effondrer sous son poids…

Et vous savez le pire ? En tant que lectrice, j’adore voir un personnage triompher de l’adversité. Mais pour cela, il faut bien qu’il ait souffert avant, non ? Donc, si on y réfléchit, j’aime bien le voir souffrir, tant que je garde l’espoir qu’il va s’en sortir (sinon je crie au scandale… je reste une lectrice/auteure doudou ^^ et je suis contre l’acharnement scénaristique).

Au fond, ce n’est pas si étonnant. Plus j’avance dans la vie, plus je constate que les difficultés donnent de la valeur à nos réussites. Ce ne serait donc pas par pitié que nous aimons nos héroïnes et nos héros quand ils souffrent, mais parce que nous savons à quel point est appréciée une victoire méritée…

 

À la semaine prochaine pour une explication sur la bêta-lecture !

 

Crédit photo : Greg Arment sur Unsplash