Derrière Nilgir 2 – lieux, flore et faune réunionnais

La semaine dernière, je vous parlais de la façon dont j’ai intégré quelques pans de culture indienne dans l’univers de Nilgir. Aujourd’hui, je vous propose de découvrir la suite et fin de la série sur les sources d’inspiration qui ont alimenté l’univers de Nilgir, avec un focus sur l’île de la Réunion.

Une ode à l’île intense, ses paysages, sa flore et… sa faune

Pour ceux qui ont lu Les Sphères de Kumari et qui connaissent la Réunion, n’avez-vous pas eu une petite impression de déjà-vu en arrivant à la plaine de la Lune ? Ce toponyme est déjà en lui-même très transparent…

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Eh oui, ma plaine de la Lune est inspirée de la plaine des Sables, qui marque l’approche du piton de la Fournaise ! Morceau choisi :

Pour tromper son attente, Léonie se pencha vers les scories sur lesquelles elle marchait. La diversité de couleurs l’étonna. De loin, elle n’avait vu dans la plaine de la Lune qu’un vaste tapis de poussière, mais de près, c’était plutôt un nuancier délicat, oscillant entre l’anthracite et le gris clair, parfois brillant, parfois mat.

 

Moins évidente à trouver, la référence à la flore de l’île, toujours dans Les Sphères de Kumari :

Léonie continua à admirer les diverses essences d’arbres, faisant profiter ses amis de ses souvenirs. Celui-ci, avec son tronc gris sombre, se nommait bois de fer. Celui-là, avec ses fleurs en accordéon, arbre à chenilles. Il y avait aussi le bois de sable, aux branches claires, le bois de raisin dont les feuilles avaient un goût de fruit une fois infusées, le pin perroquet aux nœuds en forme de bec.

Toutes les essences citées ne sont pas endémiques à la Réunion (celles qui ne viennent pas de l’île sont les purs fruits de mon imagination). Lesquelles, d’après vous ?

 

J’ai écrit le premier jet de La Cité d’argent en 2014. La « crise requins » était alors au plus haut. Bien que ne vivant plus à la Réunion, je ne pouvais pas ne pas m’interroger sur ces attaques répétées, ce combat de l’homme contre l’océan. Je souffre avec ceux qui ont perdu des êtres chers au cours des dernières années, mais ma vilaine fibre écolo ne pouvait s’empêcher de penser qu’on n’avait entendu qu’une version des faits. Alors pourquoi ne pas essayer d’envisager le problème du point de vue du requin ?

Intégrer des squales dans mon roman m’a donné l’occasion de mener quelques recherches sur ces espèces méconnues. J’ai découvert une mine d’informations, dont j’ai parsemé le récit. Ainsi, la plupart des faits énoncés sur les requins sont vrais (sauf la télépathie… enfin pour ce que j’en sais !). Saviez-vous par exemple que les requins étaient de véritables nettoyeurs des mers ? Ils mangent les animaux malades. Leur position au sommet de la chaîne alimentaire leur permet de réguler celle-ci et d’éviter la prolifération d’espèces.

Au-delà des drames survenus avec d’autres usagers de la mer, surfeurs ou baigneurs, c’est réellement une espèce très menacée. En témoigne une pratique révoltante, que j’ai intégrée telle quelle dans La Cité d’argent :

Il connaissait le sort qui était réservé à ces poissons dans certaines parties du monde : pêchés, ils étaient amputés de leurs ailerons et remis à l’eau. Incapables de nager, ils coulaient au fond de la mer et mouraient d’inanition.

Je ne sais pas quelle est la solution pour apaiser les usages de la mer à la Réunion (même si mon petit doigt me dit que la chasse aux requins est une fausse solution). Mais je sais aujourd’hui que la question de la survie des squales mérite qu’on s’y attarde plus qu’en se focalisant sur les tragiques événements qui se sont déroulés à la Réunion ces dernières années.

 

Au-delà de la coloration d’un univers, les sources d’inspiration peuvent être un point d’entrée pour des problématiques difficiles à aborder. Il me semble que c’est aussi un rôle de la littérature (tout particulièrement jeunesse) de pousser le lecteur à réfléchir, sans pour autant lui proposer des solutions toutes faites.

Derrière Nilgir 1 – Hommage à l’Inde

J’aimerais partager avec vous quelques-unes des sources qui ont alimenté l’univers de Nilgir. J’avais prévu un article, mais je me suis montrée trop bavarde. Aussi, plutôt que de tailler dans le vif, j’ai préféré scinder l’histoire en deux et faire une petite série sur le sujet.

N’importe quel·le auteur·e vous le dira, elle·il puise dans son vécu pour nourrir ses œuvres. C’est souvent ce qui fait la spécificité d’un roman. La personnalité de son auteur·e l’imprègne, l’imbibe jusqu’à en faire un récit bien plus personnel qu’on ne le croirait au départ.

J’ai des racines indiennes et réunionnaises, aussi ces deux régions du monde sont-elles très présentes dans l’œuvre. Cette semaine, je vais vous parler des influences indiennes sur l’univers de Nilgir.

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Géographie et magie

En réalité, c’est toute la saga qui est un hommage à cette culture dont je suis issue, mais dans laquelle je n’ai pas vraiment grandi.

L’Inde est déjà présente dans le seul titre de la saga. Nilgir… Ce n’est pas un nom inventé, mais un lieu bien réel. Les montagnes Nilgiris sont une chaîne de montagne dans le sud de l’Inde. Il y a maintenant quinze ans, je me trouvais au pied de ces montagnes. J’ai éprouvé en les longeant un sentiment extraordinaire. Une sensation de retour aux sources. Je ne me l’explique pas vraiment, mais la sensation m’est revenue en mémoire quand, beaucoup plus tard, je me suis attelée à la réécriture de ma saga.

Les Nilgiris font deux apparitions dans l’univers de Line et ses amis. En plus du « principal » royaume de ce monde, elles ont donné leur surnom à certaines montagnes que mes jeunes héros traversent au cours de leur périlleux voyage du premier tome. Car voyez-vous, les Nilgiris sont parfois aussi appelées les « Montagnes bleues« .

Voici un petit extrait de la traversée de cette chaîne, dans L’œil de Tolmuk :

[L]es Montagnes Bleues étaient vraiment magnifiques. C’était une enfilade de crêtes rocheuses, de petits vallons sillonnés de torrents. Et partout, les couleurs semblaient exploser, gris foncé de la pierre, vert éclatant des cimes des arbres et même, l’espace d’un instant, le bleu intense d’un lac niché dans la montagne.

 

Les références à l’Inde ne s’arrêtent pas là. Voisin et allié de Nilgir, le Periyar est nommé directement d’après un parc national du Kerala, toujours dans le sud du sous-continent indien. Au détour d’une conversation dans L’œil de Tolmuk, ce pays étrange est mentionné pour la première fois (et pas la dernière !) :

Le Periyar, situé au nord de Nilgir, était surnommé le Pays des Dunes. Ses habitants étaient des nomades vivant par monts et par vaux. Ils avaient inventé toutes sortes d’équipements pour voyager par voie de terre.

 

Je n’ai pas besoin de préciser, j’imagine, que le troisième œil tatoué sur le front d’Owen, le fameux œil de Tolmuk, est une idée piochée dans le folklore hindou. Bien que j’en aie largement détourné le sens.

 

Autre élément de la mythologie hindoue, l’apsara, nymphe céleste, est transformée dans le monde de Nilgir en île dévastée par un cataclysme, bien longtemps avant le début de l’histoire… Le troisième tome, La Cité d’argent, permet une incursion dans ce lieu oublié de tous (sauf des poissons) :

Il oublia vite ce danger incertain alors qu’il progressait au-dessus de la ville engloutie. Murs, porches et arches étincelaient. De place en place, de petites silhouettes à queue et nageoires se faufilaient.
(…) Maël pouvait presque les voir, ces gens d’une autre époque, qui vaquaient à leurs occupations par un bel après-midi : les enfants qui jouaient sur les placettes ; les adultes qui travaillaient à leur art. Et puis, en quelques minutes, le silence affolant de la mer retirée au loin ; l’ombre qui grandissait, la vague qui obscurcissait soudain le ciel…

 

À la semaine prochaine pour la suite de l’histoire, avec la Réunion à l’honneur !

Crédit photo : Green Chameleon sur Unsplash

 

Nilgir, de l’idée à la saga

Comme je vous le disais précédemment, je suis l’auteure d’une saga de fantasy jeunesse, Les Puissances de Nilgir. L’une des raisons d’être de ce blog sera d’expliquer comment viennent au monde mes histoires. Aussi je vous invite à commencer par celle-ci, la première publiée à compte d’éditeur.

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Avant de commencer, je tiens à préciser que les méthodes et techniques dont je parlerai ici n’engagent que moi. L’écriture est une activité très personnelle et il y a autant de méthodes que d’écrivains. Mais il est intéressant de savoir comment travaillent les autres, ça peut donner des idées.

Alors, Les Puissances de Nilgir

 

Germination

La genèse de cette œuvre remonte à bien longtemps, vers la fin des années 1990. C’est au départ un jeu, inventé pour mon frère et mes sœurs, qui a donné naissance à un roman. Ce dernier n’avait pas grand chose à voir avec la version parue en 2014. Mais il y avait déjà quatre héros, nommés Line, Johan, Malicia et P’tit Bout (oui, je sais, celui-là a eu de la chance qu’il y ait une séance « nouveau baptême » lors de la seconde mouture).

Ces quatre héros partaient en voyage, faisaient naufrage, arrivaient sur une île déserte, repartaient à l’assaut de l’océan, rencontraient des pirates, vivaient un tas d’autres aventures y compris à bord d’une espèce de machine volante. À la fin, ils arrivaient dans un pays magique nommé Rêvasia. Magique pourquoi ? Aucune idée.

Le père de l’une des héroïnes, princesse de retour d’exil, les accueillait avec joie, car ils étaient les protecteurs mythiques du royaume. Il y avait un « méchant » nommé Banto, librement inspiré d’un certain Voldemort, en tout cas de ce qu’on savait de ce célèbre personnage à l’époque.

Ceux qui ont lu mes romans savent à quel point la version finale s’est éloignée de ce premier essai. D’une machine volante, on est passé à des ailes artificielles. De Rêvasia, on est venu à Nilgir, avec la magie des Puissances. Et ainsi de suite.

 

Croissance

Cette toute première version est restée quinze ans dans un tiroir, le temps que je passe mon bac, mes études, mon premier job. Puis en 2011, j’ai réalisé que j’avais toujours l’écriture dans la peau, je me suis remise au travail. Après un premier roman d’entraînement, je suis revenue à cette histoire.

Je me souviens comme si c’était hier de mes premières séances d’écriture, sur un cahier à spirale, dans un recoin du gîte breton où je passais la fin du mois de septembre.

Entre-temps, j’avais eu cette idée qui allait devenir le fil rouge de mon histoire : un endroit dans le monde où chacun aurait la possibilité d’expérimenter la magie. Dans cet endroit, tout le monde pourrait utiliser un pouvoir magique unique. Un pouvoir qui le transcenderait. Les Puissances étaient nées.

J’ai repris l’histoire de zéro. Conservé l’idée des quatre personnages principaux. Réfléchi à la possibilité de fabriquer une trilogie (pour une raison obscure, tout jeune auteur veut démarrer par une trilogie, voire une multilogie. (Ils le regrettent tous très vite.)).

Au bout de trois mois, j’avais une première version de mon premier tome. C’était l’automne 2011.

 

Pollinisation

Après quelques temps où j’ai laissé le roman reposer, je l’ai corrigé. Un concours du premier roman organisé par Gallimard se tenait justement à cette époque. Je me souviens que la date limite d’envoi se trouvait au 31 août 2012. J’ai cravaché pour avoir quelque chose de potable – selon moi – pour cette date et l’ai envoyé le tout dernier jour.

J’ai attendu – tout auteur en devenir passe une grande partie de son temps à apprendre la patience. N’ai pas été retenue. J’ai commencé à retravailler sur mon autre roman, celui écrit juste avant.

À l’été 2013, je suis tombée sur l’appel à textes de L’Ametlièr, petit éditeur du Tarn. Il recherchait des romans « maritimes » pour la jeunesse. Le mien pouvait à peu près convenir. Je me suis jetée à l’eau, il l’a accepté, avec des demandes de corrections à apporter, sur lesquelles nous nous sommes vite mis d’accord. En particulier, il souhaitait couper ce premier tome en deux, à un endroit stratégique (ceux qui l’ont lu ne me contrediront pas, je pense !).

Voilà au passage comment j’ai écrit une trilogie en quatre tomes !

 

Fructification

Entre-temps, je m’étais inscrite sur un forum d’écriture, CoCyclics. Basé sur le principe de la réciprocité, il permet à ses membres en devenir de bêta-lire mutuellement leurs textes, afin d’aider les auteurs à cerner les points à améliorer.

Nourrie par cette communauté bienveillante, je me suis attelée aux corrections. La première moitié de mon roman, devenue le premier tome de la saga, en est sortie transformée. Après quelques allers-retours entre mon éditeur et moi, est arrivée l’étape de la publication, en octobre 2014.

 

Dissémination

Entre-temps, j’ai retravaillé intégralement le second tome, paru début 2016 aux Éditions Yucca, avec qui L’ametlièr a fusionné en 2015. Puis en juin 2017 est sorti le troisième tome, dont le premier jet avait été écrit fin 2014 (juste après une salve de corrections sur le second tome). Il me reste aujourd’hui à écrire le quatrième et dernier tome de ma saga.

Comme vous pouvez le constater, au total cette histoire aura mis près de vingt ans à sortir dans sa totalité. Elle a énormément évolué au cours de son existence, ce qui est normal car je suis bien loin de l’adolescente qui a imaginé ces héros. Pourtant, je ne le regrette absolument pas : ce temps m’était nécessaire.

 

Et vous amis auteurs, combien de temps a mis votre premier projet pour éclore ?

 

Crédit photo : StockSnap sur Pixabay

Les Puissances de Nilgir

De quoi ça parle ?

De l’océan au désert, de la ville souterraine à la montagne enneigée, Les Puissances de Nilgir racontent les aventures de quatre adolescents, Line, Léonie, Maël et Owen, lancés sur les routes d’un monde où les magies sont multiples. La plus merveilleuse est sans doute celle de Nilgir : tous peuvent y développer une Puissance. Pouvoir qui prend les formes les plus variées, de la télépathie à la multiplication des pains, il est l’objet de toutes les convoitises…

Trois tomes sont parus à ce jour (un quatrième est en préparation avec une sortie prévue en 2018) :

  • L’œil de Tolmuk
  • Les Sphères de Kumari
  • La Cité d’argent

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