Quand j’étais petite, je voulais être écrivaine…

PAS D’AUTEUR·E·S, PAS DE LIVRES. PAS D’AUTEUR·E·S, PAS D’IMAGINAIRE FRANÇAIS.

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Depuis plusieurs mois, la révolte gronde chez les auteur·e·s français·e. En cause, un corpus de réformes de leur statut social, qui entre en résonance avec  d’autres réformes plus globales (hausse de la CSG, qui n’est pas compensée pour les auteur·e·s puisqu’ils n’ont pas droit au chômage, prélèvement à la source sur des revenus très aléatoires et annuels, non mensuels).

Je m’associe pleinement au combat des #auteursencolère, porté par nos représentants, notamment la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, dont je suis adhérente depuis l’année dernière.

Longtemps, j’ai lu les textes publiés par mes consoeurs et confrères sur leurs blogs, ou dans les médias, pour informer le grand public de cette situation, hésitant à faire de même. Je n’ai pas la même audience, je ne toucherai guère plus de monde avec cet article. Pourtant, il est important pour moi d’agir. Pas en vous réexpliquant ce que présente le site des auteurs en colère. Pas en vous donnant à nouveau les chiffres de la grande précarité de cette profession en France.

Mais en racontant ma propre histoire.

LE MÉTIER DE MES RÊVES

Comme le dit le titre, j’ai toujours voulu être écrivaine. Enfant, je pense que c’est la première profession qui me soit venue à l’esprit. Non pas pour l’image d’Épinal, si répandue aujourd’hui, de l’auteur·e de best-sellers, qui passe sa journée entre sa table de travail et le café du coin où il ou elle observe la nature humaine pour nourrir son écriture. Elle n’existait pas encore cette image, ou en tout cas, pas dans mon entourage.

Non, moi, quand j’étais petite, je voulais juste écrire. Raconter des histoires. Sculpter l’imaginaire à coup de mots, de phrases, de paragraphes, pour le faire entrer dans la réalité. Cahier, carnet, je noircissais les pages (et non, vous ne les lirez jamais, elles faisaient trop saigner les yeux alors je les ai brûlées).

Puis ma famille s’en est mêlée (raaaaah les vilains !). « On ne vit pas de l’écriture« . « Tu n’arriveras pas à t’en sortir, il vaut mieux que tu aies un métier à côté » (comme si l’écriture n’était pas un métier). Quels rabat-joie, me direz-vous. Pourquoi être raisonnable, quand on veut écrire ?

LA VRAIE VIE

Pour payer le loyer. Pour qu’écrire reste une joie, pas une pression. Pour ne pas être obligée d’accepter n’importe quelle commande, ou de travailler sept jours sur sept, à sillonner la France pour rencontrer son public, exercer des activités annexes au métier d’auteur·e. De celles qui aident nombre de mes consœurs et confrères à sortir la tête de l’eau, mais les détournent de leur cœur de métier : l’écriture.

Sauf à être l’auteur·e de best-sellers mentionné·e plus haut, vivre de sa plume est un métier précaire ET extrêmement prenant, exigeant (comme c’est le cas pour nombre de professions indépendantes).

Si je n’avais pas écouté mes proches, en supposant que j’aurais travaillé suffisamment dur et eu de la chance (une publication, c’est avant tout une rencontre qui s’est faite entre un livre et son éditeur), j’en serais sans doute là aujourd’hui. Je tire mon chapeau à ces femmes et ces hommes qui triment dans l’ombre pour nous apporter le plaisir de la lecture, la véritable cinquième dimension.

Aujourd’hui, moins que jamais, la voie de l’écriture n’est simple à suivre. Elle demande un grand sacrifice personnel. Mais est-il normal de le demander à ceux qui forment la base d’une industrie florissante ? Est-il normal qu’ils restent la variable d’ajustement (la rémunération de la moindre intervention, conférence, reste l’enjeu de nombreuses luttes) ? Qu’on leur dénie au fond le caractère professionnel de leur activité ? Sinon, comment expliquer qu’on ignore à ce point leur situation, l’impact qu’auront les réformes en cours sur leur quotidien ?

On a beaucoup parlé de la baisse de 5 euros des APL, de ce qu’ils représentent pour des personnes en situation précaire. Ici, on parle de bien plus de 5 euros.. C’est un mode de vie, un mode de création qui est en danger.

C’est pour cela que les #auteursencolère ont choisi de montrer la réalité crue d’un monde où les auteurs n’ont pas de quoi subsister : un livre aux pages blanches, que vous avez pu voir au début de cet article.

Le but de cet article n’est pas de répandre l’amertume. Juste de faire ce constat. Pas d’auteur·e·s, pas de livres.

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