Ma part du gâteau

En écho à la polémique des dernières semaines sur Livre Paris, un petit retour sur la façon dont est réparti le prix de chaque livre que vous achetez, et comment les auteur·e·s en (sur)vivent.

Cette semaine, une personne m’a demandé, avec candeur :

— Mais au fait, combien tu gagnes en tant qu’auteur ?

1 euro 50 par livre (prix de vente 15 euros). Et encore, en tant qu’auteure jeunesse, j’ai un éditeur qui m’a accordé des droits d’auteur importants par rapport à ce qui se pratique dans le milieu, ça peut descendre à 70 centimes.

Grands yeux effarés de mon interlocutrice.

Eh oui, si on veut gagner sa vie en écrivant, être auteur·e de fiction, jeunesse qui plus est, dans les littératures de l’imaginaire (moins diffusées et donc moins vendues que la littérature générale), c’est compliqué.

J’ai trouvé sur un site du ministère de la Culture une infographie qui donne une bonne idée de la répartition du prix d’un livre entre les différents acteurs de la chaîne :

Prix d'un livre

EDIT : mon éditeur me fait remarquer que le graphique ne précise pas la part de cotisations sociales (eh oui, l’auteur aussi paie ses impôts), la TVA n’est pas non plus indiquée ; par ailleurs, la répartition sur les postes après travail éditorial (fabrication, diffusion, etc.) est probablement basée sur les chiffres des (très) grandes maisons d’édition… le gâteau est partagé un peu différemment pour les petites maisons, mais le principe reste le même ! (et comme quoi, même une source sérieuse comme un ministère n’est pas exempte d’erreurs)

C’est terrible, hein ? L’auteur·e, qui est à la base de toute la chaîne du livre, sans qui il n’existerait juste pas, est aussi le·la moins rémunéré·e. Encore une fois, les droits d’auteur·e annoncés sur cette infographie sont une moyenne, certain·e·s touchent plus (comme moi, à 10% sur le premier tirage, 12 % sur le second – les auteurs de best-seller gagnent plus, s’ils savent tirer leur épingle du jeu), d’autres moins.

Les auteur·e·s jeunesse, notamment, peuvent être rémunérés beaucoup moins (ça descend jusqu’à 4%), en raison d’une tradition qui voulait qu’on répartisse les frais entre auteur et illustrateur. Ce qui paraît logique, à défaut d’être normal… sauf quand il n’y a plus d’illustrateur à rémunérer pour la bonne raison qu’il s’agit d’un roman non illustré (hors illustration de couverture : dans ce cas précis, l’éditeur rémunère généralement l’illustrateur sous forme de forfait).

Mais alors comment un·e auteur·e peut-il·elle vivre de sa plume ?

Soit il·elle vend beaucoup (beaucoup (beaucoup)) de livres chaque année. Je ne vais pas vous mentir, à moins d’être publié chez un des grands éditeurs français, ça ne peut matériellement pas arriver : il faut être distribué un peu partout, avoir accès aux têtes de gondoles, ou aux grands prix littéraires, sans parler d’un succès public.

Les auteurs qui ne font pas des best-sellers tout en ayant des succès honnêtes ne vivent pas uniquement de leur plume, ils survivent en multipliant les activités annexes : interventions en milieu scolaire pour les auteurs jeunesse, ateliers d’écriture, conférences, etc.

Heureusement que cette possibilité existe. Sauf qu’il s’agit d’un travail à part entière, qui nécessite une préparation en amont, sans parler de la prestation en elle-même. Du temps pendant lequel l’auteur·e… n’écrit pas (ou ne corrige pas, ou n’assure pas la promotion du livre publié).

Tout travail mérite salaire, pas vrai ? Ce postulat n’est pas évident pour tout le monde, cf. la polémique sur Livre Paris. Fort heureusement, les auteur·e·s ont compris que l’union fait la force. Plusieurs organisations défendant les auteur·e·s, dont le mouvement #Payetonauteur et surtout, l’association de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, dont c’est un combat depuis plusieurs années, ont obtenu gain de cause, à savoir, tout simplement, que les auteur·e·s intervenant pour l’animation de Livre Paris soient rémunéré·e·s pour ce travail, au même titre que les équipes de logistique ou… les plantes vertes.

Chapeau à tou·te·s ceux·elles qui se sont mobilisé·e·s pour rendre cela possible et surtout, visible. Et, je l’espère, ce n’est qu’un début !

Pour plus d’informations sur ce combat et sur le problème de la rémunération des auteurs, je vous invite à consulter les liens suivants :

  • L’article d’Actualitté sur le dénouement de cette semaine (de nombreux articles un peu plus anciens sur le sujet, toujours très instructifs)
  • Le mot de Samantha Bailly, auteure jeunesse et présidente de la Charte, une association dont je vous reparlerai un peu plus tard (soit dit en passant, cette jeune femme fait un boulot de dingue pour améliorer les conditions des auteurs, je l’admire beaucoup)
  • Une interview de Françoise Nyssen, ministre de la Culture, sur le sujet
  • Le communiqué de la SNAC BD (groupement des auteurs de BD) suite au dénouement

 

Illustration : Sandrine Bonini

Infographie : Site du Ministère de la Culture

 

2 réflexions sur “Ma part du gâteau

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